-LA SAGA de  Thomas Salomont-

Sauveteur
D'Islande à Dynamo

Les textes de cette page sont  la retranscription, la plus fidèle possible, du récit oral de Thomas Salomont sur sa campagne en Islande,

Ce témoignage audio a été enregistré en 1961 par Marcel Gorisse instituteur et mari de sa petite-fille Jacqueline. Il avait eu la riche idée de faire interviewer Thomas par les enfants de l'école des Glacis.

Vous trouverez dans ces textes des expressions issues du vocabulaire des islandais et retranscreis au mieux. Merci de me signaler les éventuelles erreurs.

-La saga de Thomas Chapitre 2-

Sa campagne islandaise Février  1903

Le départ pour l'Islande

 

Janvier 1903

 

Thomas agé de 13 ans fait partie de l'équipage

de la goélette "LA PECHEUSE".

Comme ses futurs compagnons réunis avec les familles dans un estaminet,  il fait le "Fayus*" pendant lequel il s'amuse jusqu'au petit matin.

 

Février 1903

 

Après la bénédiction donnée par le clergé,  les 111 goélettes islandaises au départ de Dunkerque comme LA PECHEUSE mettent le  cap au Nord!!­

Les familles sont massées sur les quais pour un au revoir qui pour certains sera un adieu !!

* foye huis Maison du banquet

 

Navigation

 

Tributaire de la force du vent, le navire mettait 10 à 20 jours pour atteindre les côtes islandaises et autant pour en revenir.

 

Les goélettes étaient des bateaux lourds et puissants, elles étaient

conçues pour résister aux assauts de la mer.

 

Leur vitesse ne  dépassait pas les 8 noeuds.

 

Longue  de 27 à 30 mètres, avec un maître-bau (largeur maximale) de 6 à 7 mètres et un tirant d’eau imposé par la spécificité des fonds marins du dunkerquois  aux environs de 3,50 mètres.*

 

On partait en février pour rentrer en septembre.   

 

                    * source le Chasse Marèe                                                                             

et pour SCHNICKER? *

 

On avait de la bière dans des barriques.


Elle n'était pas bonne (3°) mais en 4 mois, il n'y en avait plus dit Thomas

 

On avait des barriques d'eau.

Quand on les ouvrait, il y avait une mousse blanche au-dessus.

 

On  remuait l'eau pour en faire partir la mousse et  la mauvaise odeur.

 

* Boire en dunkerquois

 

 

7 mai 1900

Premier embarquement sur le bateau de pêche LA BELLINA

puis embarquement sur  L'ACTIF.

 

Il s'amarine sur ces petits  bateaux de pêche qui vont  chercher de la raie au large de l'Angleterre, armés par des marins ne pouvant plus aller à Islande et secondés par les mousses. Ceux-ci  pouvaient être, pour les plus jeunes, agés de 8 ans.

STERMIN !!! *

 

Jamais de viande, pas de conserve, pas d' animaux à bord.

 

Pour la cusine, on n'avait ni beurre ni graisse. On prenait un morceau de foie de morue pour cuire.

 

Un homme de  l’équipage était désigné toutes les semaines pour servir de cuisinier.

On embarquait des pommes de terre pour 3 ou 4 mois.

 

On n'avait pas le droit de manger la morue. On se contentait du cakestake**

 

La cuisson se faisait dans une grosse marmite en cuivre placée dans le poste équipage avant avec le feu .

 

Les pommes de terres, placées dans un baquet rempli d'eau de mer, étaient lavées par un marin qui était entré en bottes dans le bac pour les remuer.­

Elles étaient  ensuite mises dans le chaudron avec les têtes de morue par dessus.­

"Ce n'était pas rigolo" nous dit Thomas.

 

* A table dans le jargon des Islandais
** Joue de morue en dunkerquois    

                                                                                     

 

La vie à bord

 

On apportait nos paillasses et notre couverture, l'équipage était

logé dans le poste avant.*­

Le capitaine, son second et les deux lieutenants étaient logés à l’arrière et disposaient d’un peu plus de confort qu’une simple paillasse.

 

Comme l’équipage était divisé entre bâbordais et tribordais ceux qui n’étaient pas pris par la navigation pouvaient se reposer et profiter de la banette chaude.

On était éclairé par une chandelle ou des lampes à huile alimentée en huile de foie de morue.

Mais si le mot Glazu était crié, tout le monde se retrouvait sur le pont pour pêcher.

Dans ces contrées où le soleil ne se couche quasiment jamais, les marins d’Islande pouvaient ainsi pêcher pendant 12 à 15 heures d’affilée.

 

* En qualité de mousse, Thomas dort à l'arrière près des officiers afin de les servir, préparer le café, entretenir le feu et préparer les hamecons.


 

Glazu !!!

 

On commençait à pêcher en arrivant au large d’Islande.

 

On pêchait encargué en travers au vent et toujours du bord d’où venait le vent et en  suivant le poisson qui se déplaçait du sud vers le nord, attiré par le croisement des courants d’eau chaud et froid.

 

Les lignes de 90 mètres (1 à 3 par pêcheur)   traînaient le long du bord.

 

Au bout de la ligne, un vergandier  (barre de fer ) où on mettait une pelle  avec des hameçons.

 

Au début on n'avait pas de poisson, on appâtait avec du frau**

 

Le long de la lisse du garde-corps, on trouvait 25 à 27 mecques ***,  (25 ou 27 ) suivant le nombre de membres d’équipage.

 

On affalait le plomb avec sa ligne et une fois dans l’eau, on "colmait"  - jouer à sa ligne pour appâter aussi bien le poisson en surface entre deux eaux ou dans les fonds.

 

Dès que la première morue était pêchée, on  l'ouvrait pour récupérer la pilogue **** que l’on ouvrait. C’est ce qui nous servait d'amorce pour les pêches suivantes.

 

Le mousse, trop  faible, pour monter les grosses morues était en principe à côté du second du bord ou du capitaine qui l'aidait à remonter les trop grosses pièces.

 

* Ordre impératif  "Tout le monde sur le pont pour pêcher"

** Morceau de linge coupé en biais

*** Petit bout de bois ouvert pour laisser passer les lignes

****  estomac de la morue

Préparation de la morue

 

On faisait hohop c’est à dire qu'on coupait la tête de la morue.

 

Les fleckeurs tranchaient la morue

 

Les espoeleurs la lavaient dans une grande cuve.

 

Ensuite elle était mise dans les tonnes*** avec du sel.

 

Ces tonnes étaient amarrées sur le pont en laissant un passage entre chaque rang pour pouvoir passer et pêcher.

 

Une fois les tonnes complétées et la morue bien tassée, les kantchs étaient descendus  dans la cale.

 

L’huile de foie de morue : Une fois la morue tranchée, on prenait le foie que l’on mettait dans une barrique. Une fois pleine, la barrique était fermée   et cela devenait de l'huile de foie de morue.

 

* Barrique destinée à recevoir la morue salée

Cap au E-S-E

 

Pendant le retour les mousses pêchaient des beutt*

 


Certaines pièces de   80 kilos  avaient des crimpockokes**

 

Ces poissons séchés étaient très appréciés par les marchandes de poissons quand on revenait au port,  que ce soit  le Wamche (avant du poisson) ou le Nekastake (la partie arrière du poisson).

 

* Beutt,  poisson plat, croisé de la limande et du carelet en dunkerquois

** Coquillage qui parasite le  dos des gros poissons

Et les Doris ???

Il n y avait pas de Doris en Islande.

Les terre-neuvas de Saint Malo pêchaient différement. Le navire mouillait en un point et les doris avec deux hommes allaient mouiller leur lignes au loin.

Souvent les doris se perdaient dans la brume

Carte trajet Islande par T salomont

Rémunération :

 

Avant  de partir, les marins touchaient une avance  basée sur la valeur du last*

 

Chaque capitaine  qui composait son équipage donnait entre 13 et 15 francs du last.

Si la pêche n'avait pas donné les résultats escomptés par l'armateur,

celui-ci pouvait réclamer le prix de la nourriture aux matelots.

 

Ainsi, après une campagne d’Islande, le futur beau-père de Thomas

a dû rendre 19 sous à l'armateur après 6 mois de pêche !!!

 

Thomas estime avoir ramené une tonne de morues.

 

 

* équivaut à 14 tonnes de morues de 130 kilos

 

 

Départ vers Islande
Goelettede Dunkerque
Poste équipage Islande
Islandais de Dunkerque

Ravitailllement

 

Au bout de trois mois, on entrait dans les baies d’Islande pour faire de l'eau douce dans les cours d'eau qui descendaient des montagnes et cela nous suffisait pour les trois mois restants.

­Dans les baies, on  profitait pour biniquer* avec les Islandais : pour avoir des mitaines, 2 biscuits  ou 4 biscuits pour un gilet.­

On profitait de ce moment pour remonter les kantchs** sur le pont afin de  relaver la morue.

 

* Troquer

** Barrique destinée à recevoir la morue salée

Goelette au large d'Islande
Village Islandais
Pecheur Islande Illustration Edmond Ruhaux - Pierre Loti
Technique de pêche en Islande
publicite huile de foie de morue
Mousse islandais

Cette photo ne représente pas Thomas

Sources

Documents personnels de la famille Salomont- Gorisse

 

 

Retour et nouveau départ

 

Thomas, qui estime avoir péché une tonne à lui seul, à juste le temps de voir sa famille.

 

Trois jours plus tard, il embarque  sur la VILLE DE BOULOGNE de la Compagnie des Bateaux à Vapeur du Nord  (CBVN) où en qualité de mousse, il jouera le maître d'hôtel pour les passagers.

 

Mais cela est une autre histoire qui devrait nous amener aux antipodes de l'Islande à savoir le redouté Cap-Horn

 

A suivre ....

 

 

attente des isalndais

Envie d'en savoir plus 

sur la vie des mousses en Islande 

 

Lisez ce récit historique

 

Auteur Eric carru

 

Editions Pole Nord 

 

Disponible 

librairie rue Emmery

Dunkerque

 

Ptit Capitaine par Eric Carru

13 février 1903  Naissance de Georges Simenon

1er mai : voyage à Paris du roi Édouard VII du Royaume-Uni pour renouer avec la France après l’affaire de Fachoda, afin de jeter les bases de l'Entente cordiale.

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sur la vie des mousses 

 

 

 

Auteur Michel Giard

 

Editions Corlet

 

Mousses