1907 La variole noire à Dunkerque

 

 

 

 

 

6 février A l’origine de l épidémie Le MIRA, de la Compagnie des Vapeurs des chargeurs français, venant d'Oran, après escale à Rouen, arrivait à Dunkerque. Un des matelots, Davreudt, âgé de 19 ans, était atteint de la variole noire. Il fut transporté à l'hôpital où il mourut peu de temps après. Selon le rapport du professeur Chantemesse qui sera présenté à la chambre le 8 mars les mesures d’isolement de ce matelot n’ont pas été réalisées dans des conditions optimales pour éviter la propagation de la maladie et de créer un foyer épidémiologique à Dunkerque.

2 mars De nombreux cas de variole noire se sont déclarés à Dunkerque. Il y a déjà trois morts. Le bastion militaire situé sur le front de mer est aménagé par crainte d'une épidémie. Quelques jours plus tard, un infirmier, un marin anglais, un veilleur, plusieurs ouvriers du port et deux religieuses de l'Enfant Jésus, Mathilde Dilly, âgée de 42 ans, et Marie Grébert, âgée de 31 ans, y furent conduits. Les deux religieuses sont mortes la nuit dernière de la variole noire. Leurs obsèques ont eu lieu hier après midi. En outre, on signale un cas qui s'est produit, hier matin, cité Jean Bart contiguë à la caserne du 110e de ligne. Toutes les mesures sont prises pour enrayer le fléau : on vaccine les soldats, les agents de police, les marins, les employés des administrations publiques, etc. De plus, l'entrée de l’hôpital est rigoureusement interdite aux familles. Cette épidémie de variole noire, communément appelée petite vérole, volante, est d'autant plus à redouter que le germe a été contracté en Algérie, où le virus a une force extraordinaire.

4 Mars. La femme Valentine Broteux, qui avait été transportée, hier, à midi, au bastion 25, est morte dans la nuit. Le cadavre de cette malheureuse a été inhumé, ce matin, à la première heure. On a trouvé plusieurs des marins de l'Etat qui fréquentaient son débit, ainsi qu'une femme Le Cornu sa nièce, Marthe Richard, une cabaretière de Malo les Bains, Marie Claérout, et un modeleur, qui avaient été en contact direct avec elle. Tous ont été vaccinés et désinfectés et restent en observation. Les marins de la défense mobile ont été vaccinés cette nuit. L'état des varioleux en traitement au bastion 25 est plutôt satisfaisant, sauf pour le jeune Porteman, toujours considéré comme perdu. Les médecins de Dunkerque et des environs ont tenu ce matin, une réunion à l'Hôtel de Ville et examinent les mesures à prendre.

5 Mars Le jeune Porteman , 13 ans décède le 5 mars à 5 h 00. Un nouveau cas de variole a été constaté, rue du Jeu de Paume, dans une maison située à vingt mètres de la caserne Guilleminot. Le malade, nommé Henri Bertot, ouvrier du port, âgé de cinquante six ans, a été transporté à quatre heures au lazaret. Quelques heures plus tard, on a transporté au bastion 25 la fille de cet ouvrier, Mlle Henriette Fanny Bertot, âgée de vingt et un ans, atteinte de la variole. Cette jeune fille, qui était en traitement à l'hôpital pour un eczéma de la face, avait été vaccinée ces jours derniers et, grâce à cette précaution, son état est moins grave que celui des autres varioleux. D'autre part, le sergent Clovis Guittfi qui, comme nous l'avions annoncé, avait rendu visite à Valentine Broteux avec sa sœur, s'est fait vacciner à Dunkerque ainsi que sa sœur avant leur départ de la ville. Tous deux sont arrivés à Lille aujourd'hui, où leurs vêtements ont été passés à l'étuve, puis ils ont été conduits à l'hôpital où ils resteront pendant quelque temps en observation. Le logement de leurs parents va être désinfecté.

La population est vaccinée à la Bourse, à la mairie et à l’hôtel des pompiers.

Un nouveau cas est signalé cité Jean Bart. Le bilan est de 13 malades et de 6 morts. 4000 personnes se sont fait vacciner à l’hôtel de ville. Les manœuvres navales ont ordre de ne pas avancer au delà de Calais. L’accès à Dunkerque est interdit aux garnisons voisines.

8 mars Un nouveau cas de variole noire a été constaté cet après midi. Cette fois, c'est à bord d'une bélandre, le FIRMAMENT de Douai, amarrée à l'île Jeanty, que la terrible maladie a fait son apparition. Le docteur Hughes fut appelé par le batelier Buy pour donner des soins à sa femme, âgée de vingt sept ans, mère de plusieurs enfants, reconnue atteinte de variole et transportée dans un fourgon municipal au bastion 25. Le mari de cette femme faisait partie des réservistes renvoyés dans leur foyer, en raison de l'épidémie, après huit jours de service à la caserne Guillemot.

On croit, bien qu'il le nie, que c'est en fréquentant la maison de la femme Broteux située prés de la caserne Guilleminot, que Buy a contracté le germe de la variole et qu'il l'a rapporté à bord de son bateau. Dans le cas contraire, il existerait en dehors de l'hôpital, et de l'estaminet de la Femme Broteux un autre foyer de variole, ce serait, non plus comme le disait le professeur Chantemesse, de la contagion, mais de l'épidémie. La bélandre FIRMAMENT a été mise au large et a été désinfectée, ainsi que la bélandre ETOILE qui est toute proche et qui est montée par les parents de Buy. L'hôpital ne recevant ni malades ni blessés, le consul anglais, l'honorable R. Walsh, a offert à l'administration de l’hôpital, qui a accepté, une salle au « Sailhors home », avec huit lits garnis, où seront traités les marins blessés de toute nationalité.... On parle d'un cas de variole à Bergues, à dix kilomètres de Dunkerque.

7 mars Chambre des députés M. Berry a questionné le président du conseil, hier, à la Chambre, sur l'origine de l'épidémie de variole noire à Dunkerque et sur les mesures propres à en empêcher la propagation. L'incident a été clos après la lecture d'un rapport officiel du docteur Chantemesse et des paroles rassurantes de M. Clemenceau. M. Clemenceau, président du conseil, déclare qu'il ne peut fournir de meilleure réponse à la question de M. Berry que la communication du rapport du docteur Chantemesse, envoyé en mission à Dunkerque, pour se rendre compte de l'importance de l'épidémie et des mesures à prendre afin de la circonscrire et de l'arrêter. Il résulte de ce rapport très détaillé que l'hôpital de Dunkerque manquait absolument de l'organisation et même du matériel nécessaire pour faire face aux exigences d'une situation telle que celle qui a été créé à Dunkerque par la manifestation d'une maladie épidémique. Comme le bruit des conversations couvrait par instant sa voix, M. Clemenceau dit qu'il ne demande pas mieux d'arrêter là sa lecture, mais que cependant la question est assez importante pour qu'on écoute la lecture du rapport du docteur Chantemesse qui contient des leçons utiles pour les communes, pour les départements et pour tout le monde. (Marques générales d'approbation). Il faudrait, dit M. Clemenceau, compléter la loi de 1828 sur la police sanitaire des navires pour qu'à l'avenir un bâtiment ne puisse partir et aborder dans les conditions où l'a fait le navire de commerce qui a importé la variole noire d'Alger à Dunkerque.

Quant aux mesures pour empêcher la  contagion de s'étendre au delà de cette dernière ville, celles qui ont été prises d'urgence seront, espère M. Clemenceau, de nature à rassurer entièrement M. Berry

8 mars La variole noire prend un caractère épidémique.

11 mars La variole noire fait son apparition en Bretagne. Six morts à Saint Brieuc. Epidémie en décroissance à Lille. Un nouveau cas à Dunkerque. Les mesures prises pour étouffer dans son foyer l'épidémie de variole semblent inefficaces. La terrible maladie s'est révélée avec une soudaineté foudroyante sur des points éloignés de son centre d'incubation. Ce n'est plus seulement toute la région du nord qui est menacée. La Bretagne paraît contaminée. Des cas mortels se sont produits à Saint Brieuc. C'est un soldat du 48e d'infanterie qui a été frappe le premier. Il est mort à l'hôpital trois jours après son admission. Le concierge de l'hôpital et deux marins ont été atteints ensuite et ont également succombé. Deux religieuses qui, sur le refus des infirmières laïques, s'offrirent pour ensevelir les corps, ont été frappées à leur tour et sont mortes peu après. Ces accidents mortels ont fait naître une très vive émotion dans la ville et la région. On signale de Lille la décroissance de l’épidémie.

A Dunkerque, on signale une nouvelle entrée, hier soir au bastion 25, celle du marin Louis Peulan, âgé de 30 ans, de la Compagnie Brestoise. Entré en traitement à l'hôpital pour la fièvre paludéenne, il a une variole confidente.

25 mars Des cas de variole signalés à Grenoble.

18 juillet Des cas à Toulouse et à Dijon.

4 septembre Des décès sont signalés sur Paris.

5 novembre Décès à Brest du matelot Yves Guelou embarqué sur le steamer VILLE DE CARTHAGE qui est en quarantaine à Dunkerque.

 

Sources

Le Petit Journal 1907

Ouest Eclair 1907

L’Humanité 1907
En savoir plus https://fr.wikipedia.org/wiki/Variole

 

 

 

Le choléra était déjà présent en 1866 et 1832. Lors de cette dernière épidémie la marchande d'indienne de Dunkerque Mme Bayart se fit remarquer au point d'obtenir la Légion d'Honneur.  Elle fit aussi partie de la Société Humaine de Dunkerque 

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