1930

Interview Charles Gossin

Les braves de Dunkerque

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Si l'on parle de braves, le nom de Gossin s'évoque de lui-même. Charles Gossin, ancien pilote, titulaire d’innombrables croix, médailles et diplômes, sans parler des cadeaux officiels du ministre de la Marine, de la Société Centrale de Sauvetage et des gouvernements étrangers, a un palmarès trop long pour être reproduit ici ; chaque article de sa fiche est une citation à l'ordre de l'humanité. 

Charles Gossin m'a reçu dans son salon dont la plus belle parure est son buste où s'alignent trente médailles sous l'ancre de pilote qui voisine avec la croix de la Légion d'honneur.

Il avait bien voulu retarder pour moi sa promenade quotidienne au parc de Malo-les-Bains, car celui qui n’a connu autrefois que les surprises de la navigation et les agressions sournoises de la mer, se plaît aujourd'hui parmi les pelouses tendres et les parterres fleuris d'un jardin public, d'une exquise ornementation d'ailleurs.

Le vénéré nonagénaire et ses 91 ans n'ont en rien altéré la sonorité d'une voix qui devait dominer le tumulte des flots, éprouve sans doute une douce satisfaction à goûter à une existence aussi agréablement reposante ; il a, en outre, ce plaisir de retrouver, sous l'uniforme de gardien de ce square, un autre sauveteur, comme lui  décoré de la Légion d'Honneur : Emile Rees.

Tous deux, pendant que les enfants gambadent, insouciants et volages, s'entretiennent de tout sauf de leur passé glorieux,, mais communient malgré eux dans le souvenir du plus généreux et du plus naturel altruisme

A quoi servirait ici une sèche énumération des hauts faits dont Charles Gossin a été simplement le héros ? Il faudrait relater quinze naufrages dont chaque récit serait une tragédie profondément angoissante.


Comme Arsène Bossu, Gossin préfère souligner la valeur de ceux qu'il a admirés et qui sont après tout ses égaux, s'il ne les domine pas de toute sa gloire personnelle.

La mort de Tixier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et Il nous raconte le grand drame du CATHARINA-CHRISTINA où périt son ami François Tixier.

C'était le 30 septembre 1871. Le brick norvégien CATHARINA-CHRISTINA , chargé de bois, surpris par une violente tempête du nord-ouest, avait manqué le chenal et était allé s'échouer à l'est du port, non loin de la jetée. La mer était démontée et il n'était pas possible à une embarcation de s'approcher du bateau en détresse.

Gossin, alors pilote, n'ayant pu, avec son canot, aborder le brick, court au remorqueur et se munit du fusil lance-amarre ; un officier de port décharge l'arme pendant qu'il tient la boule de ficelle qui, se déroulant, porte le plomb à bord du voilier. Le fil ramène bientôt un garant de hunier, qui, à son tour, apporte une amarre. Un va-et-vient est installé et, devant une foule de plusieurs milliers de personnes, Hivin, Gossin et quelques autres sauveteurs halent jusqu'à la terre ferme chacun des hommes de l'équipage. Tixier, avant que ce système de recours fût établi, avait cherché, comme Gossin et Hivin à atteindre le voilier. Il s'était jeté à la mer et était arrivé jusqu'au bord du navire. il était possible, à ce moment, de lui jeter un filin et de le sauver à son tour. Les marins norvégiens, sans doute affolés, ne s’occupèrent pas de lui et Tixier périt assommé par les pièces de bois de la cargaison, désarrimée par la tempête.

Hivin, à la suite de ce dramatique sauvetage, fut décoré. Gossin reçut une médaille d'argent. Quant à Tixier, on lui a élevé un monument sur la digue de mer, face à l'endroit où il a été victime de son dévouement. Les promeneurs qui se rendent à la jetée est passent devant cette stèle ornée de chaînes et d'ancres au sommet de laquelle Tixier regarde la mer, cette mer qui l'a enfin vaincu.

Emile Rees

Ayant raconté cette histoire avec un luxe de gestes qui en rendait l'évocation poignante, Gossin parla de son ami Emile Rees qui, après avoir été un vaillant marin, devint inspecteur des bains sur la plage de Malo-les-Bains et a revêtu, aujourd'hui, l'uniforme de placide gardien de square, que ne dépare pas, du reste, son ruban rouge.

La première récompense d'Emile Rees lui a été remise à Paris, par Napoléon III, à la suite du sauvetage de dix-huit hommes composant l'équipage d'un voilier paimpolais, au large des côtes d'Islande. Notre concitoyen se  trouvait alors  à bord d'une goélette de Dunkerque et c'est avec trois de ses camarades qu'il partit à bord d'une barque au secourt de l'équipage en danger.

Il faudrait aussi raconter comment Rees participa au sauvetage du STABAT MATER qui, échoué sur un banc de la rade de Dunkerque, avait réclamé du secours en mettant son pavillon en berne, et comment, devant l'affolement du capitaine, il prit lui-même le commandement du bateau pour l'amener à Anvers où l'attendaient félicitations et récompenses.

Mais Rees ne veut plus se rappeler aucun détail ; les ans ont altéré sa mémoire, s'excuse-t-il. A la vérité. Il vit dans ses souvenirs et ne veut pas sortir de sage modestie.

Source

Le grand Echo du Nord de la France  23 juillet 1937

 

 

 

 

 

 

 

Sources

Le grand Echo du Nord de la France du 8 février 1911

Emile Rees