A l'aube du 25 mai, qui devait être la dernière pour le Dyck, l’artillerie se tait enfin. Quelques heures d'accalmie dans la matinée permettent aux marins de se reposer. Depuis des jours et des jours, ils mènent une vie agitée et les nerfs sont tendus à l’extrême ; peu de sommeil, une veille constante et attentive, toujours avec l’indispensable ceinture de sauvetage qui gène les mouvements. Il est 11 h 15. Le temps est merveilleux...

« Ils sont là ! »  hurle l'homme de quart. »

Ils, ce sont, pour l’'instant, cinq petits points noirs qui apparaissent dans ses jumelles vers l'est et grossissent pour passer très haut en direction du nord.

Bourgault ne peut pas reconnaître leur nationalité

« Second maître radio ! envoyez en code ce message à Marine-Dunkerque:

Cinq avions inconnus — Route au nord-ouest. - D'accord capitaine : Cinq avions inconnus — Route au nord-est.

Signalez : Avions ennemis — Route à l'ouest..…

Signalez : Bateau-feu Dyck attaqué par des avions ennemis. »


 

Les Junkers ont piqué. Ils lâchent leurs projectiles et balaient le pont de rafales de mitrailleuses Une bombe entre dans la cuisine par la porte, crevant le pont ...

Dès le début de l’attaque, les hommes se sont réfugiés dans le poste de T.S.F., à l'abri des balles et des éclats. Faisant preuve d'un admirable sang-froid, le chef mécanicien Babelaere et les chauffeurs, Godin et Naessen, se précipitent dans la salle des machines où des voies d'eau se sont déclarées ; malgré une gîte dangereuse, ils en ferment la porte étanche, puis remontent sur le pont sous la mitraille, ils ferment également celle du poste d’équipage. Les bombardiers, qui s’étaient éloignés après leurs coups, ont viré et reviennent à hauteur de la mâture et renouvellent leur attaque Les moteurs du bâtiment sont en avarie

les postes de radiotéléphonie de tribord et de bâbord ainsi que la grande antenne sont mis en hors-service. Imperturbable, le second maître Poher, utilisant le poste l'antenne de secours, envoie à plusieurs reprises le message de détresse tragique

« SOS... Bateau-feu Dyck coule. »

Le Dyck gîte de plus en plus sur tribord ; il s'enfonce doucement dans l'eau, tandis que les aviateurs s'acharnent toujours sur lui, la mitrailleuse cherchant à atteindre les marins qui se tiennent sur le pont. Par miracle, personne n'est blessé.

« Coupez les saisines de l’embarcation tribord !...

Mettez l’embarcation à la mer

Déhalez à la coupée... »

Les ordres, brefs, se succèdent. II s'agit de faire vite car le navire peut chavirer d’une minute à l'autre. Les matelots sautent dans la baleinière. Babelaere et Poher ont tenu à envoyer un ultime S.0 .S. et ne quittent le bord que sur ordre de leur chef. Ce dernier tient encore à se rendre compte si son bâtiment peut être sauvé

Mais les pompes ne fonctionnent plus et l'eau monte rapidement dans le compartiment des moteurs : la situation est sans issue.

« Capitaine dépêchez-vous. Le bateau va chavirer

—Voilà ! Voilà ! »

Bourgault réapparaît. Péniblement, à cause de la forte inclinaison et du pont rendu glissant, il gagne la coupée et prend place à son tour dans le canot.

 

A ce moment même, les avions attaquent à la bombe deux dragueurs de mines de Calais, à un demi-mille dans l'ouest. L'un des navires est atteint en plein, juste à coté du timonier, par un projectile qui éclate dans le fond du bateau ; complètement crevé, celui-ci coule comme une pierre en quelques secondes.

 

Et les témoins de ce nouveau drame rapide restent ébahis en voyant le mitrailleur du bord continuer à tirer sur les assaillants jusqu’à ce que le pont soit submergé. Par une chance inouïe, l’équipage est sain et sauf, recueilli par une chaloupe du second dragueur, le JOSEPH MARIE.

 

Les rescapés du Dyck qui, eux aussi, se sont tirés indemnes de leur tragique et inoubliable aventure, sont transbordés sur ce chalutier que les Junks délaissèrent, satisfaits sans doute de leurs deux réussites sans gloire... Peu après se couchant subitement sur tribord, le beau bateau-feu disparaît de la surface des flots dans un remous d’écume, enchaîné jusque dans la mort à ce poste qui était sien. Ainsi périt le Dyck, sans jamais avoir vu son malheureux port d'attache auquel il avait lié son destin.


 

Source

Les bateaux-feux Histoire et vie des marins de l’immobile , Musée portuaire de Dunkerque Editions SOMOGY’

 

 


journée  25 mai 1940

*Sauvetage du Dyck et d'un drageur de mines

2 équipages  sauvés*

Cette page relate des sauvetages de personnes réalisées dans le cadre de la bataille de Dunkerque.
Ces sauvetages appartiennent à l'histoire du dunkerquois mais restent en dehors du champ de l'étude ils ne sont pas comptabilisés comme tels..

Extrait du livre édité par le musée portuaire sur les bateaux-feux

Bateau-Feu Dyck