Devoir de mémoire du dunkerquois

 

Une des raisons d'être de ce site se trouve dans ces discours qui accompagnent la cérémonie de 1950 organisée par le Comité Flamand de France (CFF). En parlant des sauveteurs,  Monseigneur Louis Détrez dira:

 

Ils ont des droits sur nous. Ils ont droit à ce qu’on ne stérilise pas leur bravoure..

En 1910, une plaque est apposée sur la tour du Leughenaer afin de rendre hommage aux 14 sauveteurs dunkerquois décorés de la Légion d'honneur,
cette plaque fut inaugurée le 14 juillet 1910, à l'initiative de la ville de Dunkerque.
Détruites pendant la seconde guerre mondiale, les plaques rendant hommage aux corsaires et aux sauveteurs dunkerquois ont été refaites par la volonté du CCF.

Notons ici que le sauvetage qui, à mon sens, fait prendre conscience de la nécessité d'avoir des moyens de sauvetage disponibles sur le dunkerquois  est celui du Queeen Elisabeth où un certain Guillaume Gaspard Malo dernier corsaire dunkerquois sera un  des seuls à intervenir. De là à en conclure que nos  sauveteurs sont les corsaires des temps modernes se battant contre la félonie de la mer....

 

Par ailleurs les Bommelaere, Gossin, Ficquet et sans doute bien d'autres sauveteurs sont également decendants de corsaires (de Jean Bart pour  les Bommelaere) . Ces plaques furent dévoilées au public le 2 juillet 1950. 

 

Votre site s'inscrit dans la continuité de ce mouvement en ce qui concerne les sauveteurs.

 

 

Dunkerque, 2 juillet 1950

Les terribles bombardements subis par l’héroïque patrie de Jean Bart ont réduit en poussière, non seulement nombre d’immeubles, mais encore le Mémorial, jadis apposé sur la vieille tour du Leughenaer en l’honneur des Sauveteurs de la mer. Le C. F. F. a pris l’initiative de remplacer ce monument du souvenir, celle aussi de réparer un oubli de nos pères en érigeant un Mémorial aux Corsaires Dunkerquois.

Sous un soleil resplendissant et dans une atmosphère silencieusement rafraîchie par le vent du large, en dépit d’un regrettable retard causé près d’Ypres par une panne d’autocar, on distingue à la tête de notre caravane et de la délégation « Foyers de culture », M. Hermant, doyen de la Faculté des Lettres de l’Université de Lille et président des « Foyers de culture ». Celen, professeur à l’Athénée royale d’Anvers, est accueilli à la Chambre de Commerce, par ses membres et par son distingué Président, M. P. Dubuisson, MM. Le Gorgeu et Grenet, ingénieurs en chef l’un du port, l’autre des Chantiers de France, Me Léon Moreel, Maynard, directeur des Douanes, Blanche administrateur de l’Inscription maritime, Ziegler, constructeur, Jean Morel, architecte, Bequart, secrétaire de l’Alliance française, les docteurs Bastien et Rommel, Brunet, patron du canot de sauvetage…

M. Dubuisson :

La Chambre de Commerce est heureuse de vous recevoir ; elle l’est d’autant plus que l’un des premiers fondateurs du Comité flamand fut un Dunkerquois, Alexandre Bonvarlet. Notre ville, au reste, demeure le fief du souvenir et des traditions flamandes.

Cette après-midi, M. Le Gorgeu vous plongera dans le passé de notre histoire en faisant l’historique de notre port, il vous dira les efforts qui furent réalisés pour son développement, principalement depuis Louis XIV et Vauban, date à laquelle remonte la fondation de notre Chambre de Commerce. Me Moreel vous dira aussi quel fut le rôle, dans le succès de nos armes, de notre commerce et, dans notre histoire nationale, des corsaires qui étaient presque tous Flamands de cœur et de langue, et dont le destin maritime était étroitement lié à notre sol natal.

En réponse à cette chaleureuse allocution de bienvenue, Mgr Détrez exprime sa gratitude et celle de ses collègues:

Héritiers de vos anciennes Chambres de Rhétorique, ne sommes-nous pas, dit-il, un peu chez nous dans votre Chambre de Commerce ? Si vos Corsaires ont porté haut le renom de la France et si vos Sauveteurs ont risqué leur vie pour garder celle des autres, nous nous efforçons, nous, dans le domaine intellectuel, de glorifier les illustrations du passé de notre terroir. Ne sommes-nous pas en quelque sorte les sauveteurs des traditions, du folklore, des richesses spirituelles de notre petite et de notre grande patrie ?

Le président salue Dunkerque et l’héroïsme de ses habitants sous les rafales meurtrières :

Ainsi que l’a fait d’ailleurs votre ville aux heures tragiques de son histoire, nous avons adopté la fière devise : « Je maintiendrai ». Nous croyons, en effet, aux forces vives, à la grandeur de notre passé ; nous nous tournerons avec plus de confiance encore vers l’avenir pour le rendre plus pacifique, plus prospère et meilleur.

Après un réconfortant déjeuner servi à Malo-les-Bains, salle Sainte-Ursule, nous voici, acclamés par un peuple dense et sympathique sur le quai du Leughenaer : la vénérable tour est pavoisée.

D’un côté se tiennent, avec leurs drapeaux, les Sauveteurs du Nord, la poitrine constellée de décorations : de l’autre, les familles des disparus en mer et les « Jeunes Corsaires », les bras chargés de fleurs.

En présence de M. P. Hauw, premier adjoint qui nous apporte l’hommage de la Municipalité, M. Béquart, secrétaire de l’Alliance française et ordonnateur de la cérémonie, donne la parole à M. le bâtonnier Léon Moreel.

Celui-ci, face au micro, avec la noble distinction d’un style châtié, évoque la sublime épopée de la guerre de course, belle comme une chanson de geste. Il cite les noms de ces « Voleurs de gloire », et empoigne l’assistance par le récit magnifique de leurs exploits.

Combien de marins !, dit-il, combien de capitaines sont partis d’ici même, pour des combats héroïques !… C’était au large, devant nous ; le monument que vous leur avez élevé rappelle la flamme avec laquelle ils ont porté très haut la réputation de la France et de leur cité.

La minute alors est poignante : le voile tricolore est retiré de la plaque consacrée aux Corsaires et chacun peut y lire, sous les armes de Dunkerque gravées par le jeune sculpteur Yves Lacroix, cet hommage lapidaire :

C’est du pied de ces remparts bourguignons de 1405 que de nombreux Corsaires cinglèrent vers des combats héroïques où ils portèrent très haut le renom de la France et de leur cité natale.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’heure a maintenant sonné, pour notre président, d’exalter la mémoire des Sauveteurs.

Mgr Détrez

Dunkerque possède une histoire plus belle que toutes les légendes, et la plus glorieuse page de cette histoire n’a-t-elle pas été écrite par ces héros de la mer ?

Pour honorer la mémoire des disparus dont la vague fut le linceul, d’aucuns sèment sur les flots des brassées de fleurs ; nous avons, nous, voulu renouveler cette plaque, inaugurée le 14 juillet 1910, retracer les 18 noms immortels de ceux qui entendirent les appels de détresse des naufragés et se portèrent à leur secours au péril de leur vie, atteignant ainsi les plus hauts sommets du courage et du dévouement… Que ne suis-je cinéaste pour créer le film qui populariserait cette contagion !

 

François Tixier, frappé d’une vergue lors d’un sauvetage en pleine mer ;

Mathieu Bommelaer affrontant seul le sauvetage d’un navire russe et ramenant ses 14 passagers alors qu’il s’effondre lui-même en crachant le sang ;

Gaspard Neuts, et combien d’autres ! Il égrène les noms des modernes, héros :

Auguste Brunet, Louis Bossu, Joseph Bouteille, hier exaltés par la ville de Paris au cours d’une grande cérémonie officielle dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne.

 

Misère et grandeur de l’homme !  Quelle énergie soulève cette noblesse du don volontaire et total ! Combien elle accroît notre patrimoine d’honneur, tout ce qui constitue les valeurs françaises et, par elles, la vraie civilisation ! 0 ma Flandre, où surgissent les familles nombreuses comme les blés y poussent dru, quelle moisson de gloire et de sacrifice tu as fait lever pour que vive aussi la France, pour que vive l’humanité !

 

Ils ont des droits sur nous. Ils ont droit à ce qu’on ne stérilise pas leur bravoure.

 

Naufragés que nous sommes nous-mêmes sur ce coin de poussière qu’est le monde, l’exemple de leur vaillance nous est une profitable leçon : il nous engage à nous créer, chacun dans notre sphère, une âme à la taille, à l’effigie de la leur. Non, nous n’aurons pas assez fait quand nous aurons élevé ou conservé ces deux monuments de pierre : ils ne peuvent remplacer nos holocaustes personnels. Une vague de plaisir et d’égoïsme a passé sur la nation, où elle a vu comme une compensation à ses deuils, à ses douleurs. Ces monuments ne sont, après tout, qu’un symbole, le symbole de l’édifice vivant qu’'il nous reste à construire en donnant raison au geste sublime de nos Sauveteurs et de nos Corsaires par l’emploi que nous ferons de nos propres vies.

 

La plaque est alors découverte : les familles en deuil y viennent déposer des fleurs, tandis que rutile aux regards de tous, en lettres gravées dans la pierre, cet éloquent palmarès :

Sources:

Bulletin Comité Flamand 1950 Journée des corsaires et des sauveteurs

BNF Gallica Grand Echo du Nord de la France du 16/07/1910

 

** Selon la mairie un projet de réhabilation des lieux de mémoire devrait corriger ces erreurs

 

 

Cette plaque comporte 5 erreurs de patronymes

 

Pierre WEINS et non pas Wens

  

Pierre et Auguste FICQUET et non pas Picquet

 

Gaston  ETCHEVERRY et non pas Etchevery  

 

Pierre DELUGNY et non pas Deligny  **