Désespoir juvénile et mortel

 

 

Dunkerque  5 janvier 1926

Hier soir,  vers 17h,  la jeune Lucie Brunel âgée de 12 ans et dont les parents tiennent une laiterie rue Jean Bart se rendait comme à l'habitude chez son oncle monsieur Carpentier pour  lui porter son lait

La fillette ayant un visage sombre et particulièrement triste, l’oncle  lui demanda le motif de ce chagrin visible. Lucie répondit :

Ca ne va pas !!

et  se renferma  dans son mutisme obstiné.

Cependant, monsieur Carpentier ayant insisté pour que l'enfant s'expliquât, celle-ci éclata subitement  en sanglots et quitta  le magasin en disant :  « Je  vais me noyer ». Comme effectivement, elle se dirigeait vers le canal de Mardyck, une cliente, madame Marcant qui se trouvait à ce moment à l'épicerie se précipita vers l'enfant qu'elle ramena chez son oncle.

Lucie Brunel ne voulut toujours pas répondre aux questions que  multipliait monsieur Carpentier et resta blottie dans un coin. Ne pouvant rien en tirer, l'épicier  reprit ses occupations. Soudain, il s'aperçut que sa nièce avait disparu. Inquiet, il courut à la laiterie des parents où monsieur Georges Deschryver,  beau-père de l'enfant, déclara n'avoir pas revu la fillette depuis qu'elle était partie livrer le lait.

En compagnie  du cousin de la petite Lucie, le jeune Désiré  Brunel inspecta alors le bord du canal de Mardyck, mais en vain. Monsieur Carpentier eut alors l'idée d'aller chercher ses chiens. Quand il revint, il entendit à 50 mètres de lui, la chute d'un corps dans l'eau.

Il se précipita à cet endroit et malgré l'obscurité qui régnait à ce moment, il vit sa malheureuse nièce qui va se débattait dans l'eau perfide. Ne sachant pas nager, monsieur Carpentier appela au secours. Son appel fut entendu par le sieur Aimé Lejeune,  docker qui habitait un bateau,  la Marie-Jeanne amarrée sur la rive de Saint Pol.

Aussitôt, celui-ci sauta dans une barque et à force de rame, fut à l'endroit désigné par monsieur Carpentier. Hélas, la malheureuse enfant avait déjà coulé au fond et ce ne fut qu'après 1/4 d'heure de recherche qu'on put  ramener sur la berge  son corps sans vie. Le docteur Lefèvre, de Petite-Synthe, qui avait été appelé en urgence fit de longues et patientes traction Britney, mais tous les soins furent inutiles.

La mort avait fait son œuvre. Le beau-père de la pauvre fillette ne put donner. aucun renseignement utile sur les motifs exacts pour déterminer  pareille résolution  chez une enfant de cet âge. Il a simplement pu dire que la fille de sa femme acceptait très mal les remontrances et que bien souvent, quand elle avait été admonestée, elle disait : 

« Un  jour, je vais partir pour ne plus revenir..... ».

Source, le nord maritime.6 janvier 1926