1911 le janvier noir de Gravelines

 

Chez les marins.  Un village qui souffre de la faim.
C'est celui de Grand-Fort-Philippe, près de Gravelines.

 

 

                                                                Maison d un pêcheur péri en mer :
                                                                sur le seuil, la veuve et les orphelins.

 

 

 

 

Enfin, nous étions à Grand-Fort-Philippe ! On nous avait bien dit que ce village était assez éloigné de Dunkerque ; mais nous ne pensions pas trouver le temps si long. Il est vrai que le train et l'omnibus qui venaient de nous y conduire roulaient à une lenteur désespérante. Et puis le paysage monotone que nous avions vu défiler devant nos yeux n'était pas positivement de nature à nous distraire.  Les champs succédaient aux champs et, de temps à' autre, surgissait une petite maison basse, sur laquelle achevait de fondre la neige de la veille. Parfois aussi, on apercevait une rangée d'arbres affreusement mutilés, auxquels toutes les branches avaient été sciées au ras du tronc.

 

Le cœur serré, nous pensions à ce qu'on nous avait dit avant notre départ : « Allez à Grand-Fort-Philippe et vous frémirez devant la misère qui y règne. Il y a là 4.000  êtres sans pain. Surtout, surtout, ne demandez pas aux pêcheurs s'ils sont malheureux et ne vous apitoyez pas sur leur sort. Ils n'aiment pas qu'on les plaigne et vous regarderaient de travers. Car ils sont étranges, ces gens de mer ; ils cachent leur pauvreté comme une faute. Et Dieu sait cependant s'ils manquent de courage et ne font pas tout pour en sortir ! »

C'était vrai, plus vrai qu'en ne pourrait l'imaginer au premier abord.

Dans les rues silencieuses, des femmes circulaient les joues pâles et les yeux rougis...

Sur le port, des pêcheurs, serrant leurs lèvres rageuses, attendaient un vent favorable pour partir. Quand nous les abordions, ils prenaient cependant un air affable et tranquille.

Et là-bas, dans les maisons, les enfants attablés mangeaient avidement un morceau de pain sec trempé dans du thé, ou quelquefois, des pelures de pommes de terre bouillies. Qu'on n’aille pas crier à l'exagération, la chose est malheureusement trop exacte !

M. Merlin, le maire de la commune, à la porte duquel nous étions allés frapper, eut, à nos questions, une courte hésitation puis, soudain, triomphant de cette fausse honte qui ferme les lèvres des habitants du village, il nous parla à cœur ouvert.

Du pain !  réclame le maire de Grand-Fort-Philippe   Eh bien ! Oui, monsieur, s'exclama-t-il, oui, les habitants de Grand-Fort-Philippe crient de faim. Si cette situation lamentable est ignorée, c'est le pêcheur lui-même qui le veut, ou plutôt, c'est son caractère Vous ne comprendrez peut-être pas cela vous autres « terriens » ; mais, le marin est taillé pour lutter et non pour se plaindre. Il tâchera toujours et malgré tout de triompher sans souffler mot.

 

 - J'ai vu, jeudi, après l'épouvantable sinistre dont tout le pays porte le deuil, et qui coûte la vie à cinq pêcheurs et à un mousse, — ce qui fait plus de vingt orphelins, — j'ai vu, dis-je, des hommes se disposer à partir quand même.

- Que voulez-vous ?  Ils disent simplement, quand on leur parle des dangers qu'ils courent et de leurs frères disparus : C'est notre métier !                                       
Pourtant, ne les croyez pas sans pitié et incapables de s'émouvoir. Au contraire ! D'ailleurs, ici surtout, ils vivent comme en une grande famille.                                
Oui, continue notre interlocuteur, qui, à ce moment, a un regard de fierté émue, quand un des « nôtres » disparaît, tous le pleurent.                                                             
Tous aussi sont un peu parents, car ils naissent à Grand-Fort-Philippe et y meurent, à moins que la mer ne les prenne. D'ailleurs, c'est grâce à cette solidarité admirable qu'ils ont pu,  jusqu'ici, supporter les assauts terribles de la misère.  Il n'y a aucun riche dans le village et le moins pauvre partage avec le plus pauvre.                     
Mais mon inquiétude grandit de jour en jour : auront-ils toujours quelque chose à se partager ?...

 

Le commerçant fait crédit, c'est vrai. Toutefois, quand il ne le peut plus, il est bien forcé de dire à son « frère » : « Tâche de trouver crédit ailleurs ; moi je ne peux plus, je t'assure que je ne peux plus. »             Et toujours, le créancier rougit d'être obligé de parler ainsi.  Ah ! c'est triste, bien triste ! Voici trois ans que cela dure et rien ne fait prévoir aucune amélioration. Songez, monsieur, songez que certains pêcheurs n'ont pu apporter chez eux, malgré tous leurs efforts, que 300 francs depuis le mois de janvier de l'année dernière !       

 

Et cette année, le poisson ne « donne » pas. Par surcroît, la tempête empêche, la plupart du temps, de sortir, lorsqu'elle ne supprime pas pour toujours ceux en qui repose l'espoir des familles affamées.      

                                                                   
Si, comme aux marins bretons, on votait quelques secours pour nous soulager dans les années mauvaises ...                                                                                           

Mais, pas ça ! Nous ne désirons cependant que du pain. Rien d'autre. Du pain !   Voilà ce qui nous manque .

C'est sur ce cri douloureux, invraisemblable à notre époque, que nous avons quitté le maire de ce pays qui endure stoïquement l'affreux supplice de la faim.

Un Dimanche de deuil à Grand-Fort-Philippe

Le village oublie qu'il a faim ; il pleure les sinistrés de jeudi. Un douloureux pèlerinage : l'administrateur de l'Inscription maritime rend visite aux familles des naufragés.

 

Dimanche matin, Grand-Fort-Philippe s'est réveillé plus désolé que la veille. Les pêcheurs rentrés au port n'ont plus, pour calmer leur douleur, que le refuge du travail. Dans le cœur de tous, la dernière blessure s'est rouverte et, devant les yeux embrumés de larmes, s'est dressée, terrible, la vision du drame de jeudi.

 

Sur le port, des groupes se sont formés, qui se désignent l'endroit où disparurent les quatre hommes et le jeune mousse.

LA TEMPÊTE DE JEUDI. RÉCIT D'UN TÉMOIN

Jamais, s'exclame auprès de nous un témoin de la catastrophe, jamais je n'ai vu une mer aussi terrible que celle de ce matin-là. Et pourtant, ajoute-t-il en zézayant un peu, comme tous les habitants du pays,  je puis me vanter d'avoir passé de terribles quarts d'heure... *

Mais ce jour-là, ce fut d'autant plus terrible qu'on s'y attendait moins. La mer, en effet, à neuf heures et demie, avait à peine quelques rides. Il faisait un temps admirable et, déjà, nous escomptions une bonne pêche. On allait, peut-être, pouvoir enfin se rattraper un peu.

Le bateau, le « Bienheureux-Gérard , était parti et je me disposais à embarquer moi-même, quand tout changea brutalement.  En cinq minutes, pas plus, la tempête éclatait. Quelques instants après, la mer furieuse avait englouti un canot monté par quatre hommes !....Aux grondements furieux de la mer démontée, toute la population accourut affolée sur le port. Les femmes levaient des bras désespérés et celles dont les hommes avaient pris la mer appelaient leurs maris, comme si un miracle eût pu les leur rendre aussitôt.

Soudain, la foule poussa un grand cri et tendit des mains crispées vers un nouveau canot. Des vagues immenses jouaient avec lui comme avec une coque de noix. Un mousse de quinze ans, les yeux éperdus, s'efforçait en vain d'accoster. Ses mains, trop faibles, lâchèrent un aviron et la frêle embarcation chavira. Le petit, dans un effort suprême, faillit atteindre un cache-nez qu'on lui tendait, puis on n'aperçut plus que le béret de l'enfant pendant quelques secondes. Il disparut bientôt devant les témoins terrifiés !...

LE DÉVOUEMENT DES SAUVETEURS

Pendant ce temps, le canot de sauvetage, sous les ordres du sous-patron Alfred Brunet, bondissait au secours des autres canots en perdition. Héroïque, l'équipage fit des efforts inouïs et manqua vingt fois de se perdre. Il réussit enfin à sauver seize hommes.

 

 Non moins brave était l'attitude du pêcheur Wallecome à bord du « 550 ». Il n'eut qu'un but durant la tempête, sauver des compagnons menacés. Dans un sublime désintéressement, il resta à la mer pour aller au secours des canots en détresse. Il parvint à ramener huit hommes et alla s'échouer à la côte au risque de perdre son bâtiment.

 

Ah ! la gueuse, acheva celui qui venait de décrire cette scène tragique. Et dire que tous ici l'aiment quand même ! Ainsi, elle ne les nourrit pas ; ils l’aiment ! Elle est perfide, elle prend sans pitié leurs frères et leurs enfants. Elle sépare à jamais le fiancé de sa promise : ils l'aiment toujours et malgré tout ! 

 

Comme nous nous expliquions à ce moment les paroles entendues hier :  Les  gens de mer ne ressemblent pas aux  autres.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 
 
 
 
DANS LES FAMILLES DES NAUFRAGES

M. A. Gosselin, administrateur de l’inscription maritime, accompagné de M. Lenoir, syndic des gens de mer,

a accompli dimanche matin une pénible mission. 

 

Chargé par M. Boué de Lapeyrère, ministre de la marine, de présenter les condoléances du gouvernement

et de promettre des secours aux familles des disparus, il se rendît dans la demeure des naufragés.

 

Partout,  ce sont de pauvres et misérables habitations sans étage, dont l'intérieur respire la gêne.

Ici, chez Charles Verove. 41 ans, la veuve mère de 5 enfants est effondrée sur une chaise,

auprès d'un feu qui dort. Elle sanglote désespérément, sourde aux paroles de consolation

qu'on lui adresse. Elle pleure  et jette par instant, dans un hoquet déchirant: 

Qué malheur ! Mon Dieu ! Que malheur ! 

 

Dans un coin, la mère du disparu n'a pas une larme. Elle en a tant versé déjà !

Sur une petite table, de chaque côté d'un christ, des bougies brûlent lentement.

Et c est dans les autres maisons, aux volets clos par la Mort, le même et émouvant tableau.

 

Là-bas, la compagne de Charles Lemerre, 29 ans, le plus jeune des disparus, s'évanouit à l'arrivée des visiteurs. Sur le lit où on la transporte, elle ouvre ses yeux brûlés de fièvre et d'une voix où tremblent des sanglots, réclame obstinément son mari. Découragée, elle gémit, prenant les personnes présentes à témoin de la férocité du sort : "C’est-y cruel ! Dites c'est-y cruel !"

 

Dans tout le village, sur le seuil des portes, dans les rues circulent des êtres éplorés.

Et, comme nous le disions au début de cet article. Le pays était, dimanche, d'un aspect plus pitoyable encore que la veille. Et nous comprenions que M. Merlin, le maire de cette intéressante commune avait devancé le désir de ses administrés en interdisant pour la journée dominicale toute fête et toute distraction...

Chez les marins Courageux et sans Pain !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vous connaissez maintenant de quelle trempe est le caractère des habitants de Grand-Fort-Philippe, nous dit, ce matin, le moins pauvre du village ; vous commencez à apprécier toutes les difficultés qu'ils rencontrent dans leur lutte pour la vie, et le courage qu'ils déploient pour en triompher. Mais vous n'avez qu'entrevu leur misère et je veux, si poignant que soit le spectacle, vous la montrer de près.   

 

    Où irions-nous ? continuait en s'interrogeant notre interlocuteur ; nous n'avons certainement que l'embarras du choix. Tenez, entrons ici. 

 

Notre compagnon nous désignait une masure où, dans une étroite et unique pièce, s'entassait tout un peuple. Ils étaient treize, dont trois autres,  qui commençaient à comprendre, et qui, pour tromper leur faim « jouaient » dans la ruelle. A notre vue,  l'avant-dernier, âgé de deux ans à peine, eut un geste d'effroi et, se blottissant contre sa mère, pleura : « J'ai peur ! j'ai peur ! »   

 

Il craignait, eût-on dit, quelque malheur plus grand que celui qui, depuis des mois et des mois, accablait la maison. Au fond, dans l'ombre, le père, les coudes aux genoux, le menton sur les mains, semblait fixer la fatalité menaçante.   Pas une plainte ! Tous regardaient avec indifférence l'étranger qui venait chez eux.

Plus loin, cependant, moins farouches, d'autres familles, « pour l'aide que cela pouvait apporter », (ce sont leurs propres paroles), consentaient à se laisser « dessiner », c'est-à-dire photographier.

 

Les causes de la misère  : Il n’y a plus de bateaux et la population augmente.

—  Quelles sont, demandons-nous à notre guide, après la vue de cette incroyable détresse, quelles sont donc les causes exactes de cette lamentable situation ?

— Il y en a plusieurs, nous répond-il, et je vais vous indiquer les principales.

 

 Il y a la tempête et je n'ai pas besoin d'insister. La semaine dernière, elle a  désemparé  six familles. Combien d'autres l'ont été auparavant ! Il faut, pour s'en convaincre, entendre, chaque dimanche, lire la liste interminable des morts. Après chaque nom, viennent frapper, comme un glas, les trois funèbres syllabes : NAU -FRA-GE

 

 Il y a ensuite, et c'est une des causes qui découragent le pays, le manque de bateaux. Deux chiffres suffiront pour vous édifier sur ce point.                                                          

A  Grand-Fort-Philippe, il y a, cette année, vingt bâtiments en moins que l'année dernière. Quelques habitants émigrent. Mais si peu, car la population, — et cette affirmation semble invraisemblable, — aime son pays malheureux et y reste.     D'autre part, les engagements sur des bateaux de Dunkerque sont impossibles. Tout est pris et, depuis dix ans environ, le nombre des goélettes de petite pèche a beaucoup diminué.                                                                                                                                        

D'un autre côté, la population augmente continuellement. Je vous ai montré des ménages dont les enfants se suivent à un an de distance à peine. Il en est ainsi dans presque toutes les familles où, chaque année amène, avec un nouveau-né, une charge nouvelle. Il convient d'avouer qu'avec les privations endurées, la mort enlève une grande partie de ces enfants. Faudrait-il donc s'en réjouir ?... 

 

- Je crois plutôt que l'on doit applaudir ceux qui sauvent une vie. C'est le moment de rappeler l'héroïsme d'Alfred Brunet et de Georges Wallecome, les sauveteurs dont vous avez parlé hier.

 

Des phrases sont inutiles, et ceux qu'elles viseraient seraient les premiers à s'en offenser. Signaler leur conduite, voilà qui suffit. Toutefois, termine notre interlocuteur d'une voix émue, je veux insister sur le cas de Brunet, que tous admirent ici et me contenterai de vous dire :                                                                                     

Depuis 1871, il fait partie de l'équipage du canot de sauvetage « Sainte-Sophie », dont il devint sous-patron en 1889. Titulaire de très nombreuses médailles, il a, dans sa vie, sauvé soixante-dix personnes au moins.

-

C'est tout !  Cela est assez éloquent !

- Je n'écoute que mon admiration et, en rappelant les états de service de ce héros, j'oublie d'achever les explications que j'avais commencées à vous donner tout à l'heure.                                                                                                                         

 

Eh bien ! Après la rareté du poisson qui, selon l'expression du pays, n'est pas « dru », je ne vois qu'une raison dernière, la moindre, à cet état de choses : le poisson se tient depuis quelques années beaucoup plus au large.  Est-ce, comme le disent les pêcheurs, à cause des engins nouveaux qui l'effraient ?... Je ne sais. Mais nos marins ne sont outillés que pour aller à trois ou quatre kilomètres de la jetée..

 

Et le remède ? Questionnons-nous.

— Des bateaux, nous répond-on ; pour être plus précis, de quoi acheter des bateaux tout d'abord..., et, ensuite, il faut bien lâcher le mot : la charité, parbleu !....

Nous sommes parti de Grand-Fort-Philippe sur ce cri de pitié qui, c'est le cas de le dire, fut arraché d'un cœur compatissant

 

A LA SUITE DE NOS ARTICLES, LE DEPARTEMENT DU NORD ATTRIBUE UNE SOMME DE 500 FRANCS.

 

A la suite des articles parus dans l'«Echo du Nord » sur la situation lamentable des habitants de Grand-Fort-Philippe, M. Georges Vancauwenberghe, président du Conseil général, a demandé au département un secours d'urgence pour les familles malheureuses de cette commune. Une somme de cinq cents francs a aussitôt été attribuée.

P.-S. — Nous avons reçu d'un généreux anonyme la somme de 50 francs pour la famille du pêcheur Ch. Vérove, péri en mer et dont nous donnions hier le portrait.

 

Pour les marins de Grand-fort-Philippe
L'émotion après nos articles. — Les secours arrivent. — Lettre touchante de  quatre petits enfants de Bruay.

Suite à nos articles,  la situation particulièrement digne de pitié des habitants de Grand-Fort-Philippe ont ému nos concitoyens.

Ainsi que nous l'avons annoncé, sur la proposition de M. Georges Vancauwenberghe, président du Conseil général, un secours d'urgence de 500 francs a été aussitôt attribué par le département.

M. Vancauwenberghe, personnellement, a envoyé 200 francs.

M. Merlin, maire de Grand-Fort, a reçu encore : 200 francs de M. Vancauwenberghe père ; 200 francs de Jean Trystram, sénateur ; 20 francs d'un anonyme de Lille : 20 francs de M. Charles Schmidt, de Lille, et un mandat de cinq francs de Bruay.

La touchante lettre qui suit accompagnait ce dernier envoi :

Bruay (P.-de-C.), le 16 janvier.

 

Monsieur le Maire,

Ayant entendu dire par nos parentes qu'une grande misère régnait à Grand- Fort-Philippe,

nous sommes quatre enfants et nous avons réuni cinq francs de nos étrennes

que nous vous envoyons pour venir en aide aux malheureux marins.

Recevez, Monsieur, nos sincères salutations.

 

Les quatre petits Bruaysiens ont fait  un geste qui révèle de bons petits cœurs . Les pauvres marins leur en seront reconnaissants d’autant que cette  petite somme que les enfants généreux était prélevée sur leurs  étrennes. Car c'est bien ici le cas de rappeler le vers fameux

 

La façon de donner vaut mieux que ce qu'on donne.

 

 

Grand-Fort-Phillippe est de nouveau frappé PAR UN SINISTRE
Un bateau de pêche abordé par un vapeur allemand. L'équipage est sauvé

Le malheur continue à s'abattre sur la laborieuse population de marins de Grand-Fort-Philippe. Un de ses bateaux a été abordé et coulé par un vapeur et l'équipage, composé de six hommes et un mousse, a failli périr.

 

Ce bateau, le sloop « Charles » n* 389, de Grand-Fort-Philippe, patron Brunel, armateur M. Verove-Demazière, qui était parti lundi matin pour la pêche, était sous voiles à quelques milles au large de Ruytinghen, lorsque, mardi, vers trois heures du matin, il fut, par suite de la brume, abordé à tribord, juste au milieu, par le vapeur allemand « Mottlau » qui se rendait de Dantzig à Dunkerque avec une cargaison d'avoine.

 

Le choc fut si violent que l'étrave de l'abordeur pénétra de trois pieds dans le flanc du petit voilier. Les matelots étaient sur le pont, mais les deux mousses dormaient dans le poste. Courageusement, les hommes descendirent et empoignèrent les enfants qu'ils remontèrent sur le pont pendant que le bateau s'enfonçait dans les flots, puis tous parvinrent à grimper sur le steamer abordeur.

 

Il temps, le vapeur allemand avait fait machine en arrière et le CHARLES coula aussitôt à pic. Les naufragés furent débarqués à Dunkerque, vers six heures du matin.

Une enquête est ouverte par l'autorité maritime pour établir les responsabilités de ce sinistre.

 

 

Les pêcheurs malheureux
ILS S'EMBAUCHENT AUX MINES DE LIÉVIN

Une vingtaine de femmes de pêcheurs de Petit-Fort-Philippe, accompagnées de tous leurs enfants, que la faim oblige à quitter cette localité, se sont rendues à Liévin où les avaient précédés leurs maris qui se sont embauchés aux travaux de La fosse.

 

Grand écho du 30 janvier

L'exode des pêcheurs de Grand-Fort-Philippe

 

Mardi, par le train de midi, sont partis pour Liévin, où ils se sont embauchés pour les travaux des mines, une nouvelle équipe de marins, au nombre de 27, venant de Grand-Fort-Philippe

 

Source 

Le Grand Echo du Nord  de la France  période du 17 janvier au 2 février 1911 et 11 février

 

Pour les marins de Grand-Fort-Philippe

 

Ainsi qu'annoncé,l'Association philanthropique du Nord a décidé d'envoyer 1.000 kilos de pain aux pêcheurs malheureux de Grand-Fort-Philippe.

 

Pour ce secours, les membres du Syndicat départemental de la boulangerie du Nord, dont M. Mience est  président et M. Roland, vice- président, ont souscrit 5 à 600 kilos.

 

L'Association philanthropique elle-mème a donné le reste.

 

De son côté, la Compagnie du chemin de fer du Nord a assuré le transport gratuit des pains que la Société fait parvenir régulièrement aux pauvres marins.