3 janvier 1899

Sauvetage du trois-mâts barque FRIEDE

17 personnes sauvées


Patron du canot  :

Jacques Jannekeyn

Sous-patron :

Charles Lauwick

Armement du Nouveau Dunkerque : 

Lucien Jean Bernaert - Victor Boone-rsène Jules Bossu -

Elie Brandt - François Bewaert - Michel Charlemain

Jean Baptiste Decanter - Charles louis Cornil Decoutter

Jacques Antoine Delpierre -Louis Étienne Henri Deschene

Ernest Dias - Auguste Everrard - Edouard Louis Hedel

Gabriel Huret - Maurice Jean Jouin - Charles Adolphe Lameich

Joseph Marie Le Minoux - Emile Leroy - Libert Louwagie

Georges Joseph Pierre Marquette - Auguste Masson

Gustave Pierens - Georges Auguste Rosebeke - Pierre Smagghe

Joseph Alexandre Taylor - Emile Tourret - Georges Paul Truck

Patron du remorqueur :

Auguste Lavallée

Armement du remorqueur Dunkerquois

 

 

 

 

J’ai été avisé le 2 courant vers 11h30 soir qu’un navire se trouvait en danger. Je me suis rendu aussitôt au bureau des officiers du port où M. Robyn me déclara qu’un navire faisait des signaux de détresse, dans l’est du port. Peu après, MM. Hamelin Commandant du port, et Debaecker, conducteur principal des ponts et chaussées, arrivèrent et me donnèrent l’ordre d’armer le canot de sauvetage.

Je me suis empressé de former l’équipage et d’armer le canot NOUVEAU DUNKERQUE que le remorqueur DUNKERQUOIS prit sous remorque vers 1h15.

Vers deux heures, nous étions sur les lieux du sinistre à environ un mille au large du Casino. Les vents faisaient rage de la partie nord-nord-ouest et la mer était démontée le navire était constamment couvert par les lames qui déferlaient avec une violence extrême.

Après avoir largué la remorque, j’essayai d’accoster le navire, mais n’ayant pu y parvenir, je fis force de rames afin de gagner le large, ce qui fut impossible en raison de la violence du vent et l’état de la mer qui nous désempara de plusieurs avirons, ce qui me décida à laisser tomber l’ancre. Je fis ensuite des signaux pour appeler le remorqueur qui vint aussitôt nous chercher.

Pour parvenir à passer la remorque le DUNKERQUOIS ayant dû conserver une certaine vitesse, il fallut abandonner le câble et le grappin. Jusqu’à 4h30 malgré tous les efforts de mon équipage et du remorqueur DUNKERQUOIS il fut impossible d’accoster le navire échoué. À sept reprises différentes, je manœuvrai pour essayer de l’approcher le plus possible. Le remorqueur opéra également de toutes les façons praticables, mais l’état de la mer nous empêcha.

Nous avions alors à lutter contre la tempête et toute la force du flot. Désemparé d’une partie de l’armement et l’équipage étant exténué je résolus de retourner au port pour renouveler le personnel et compléter l’armement.

Le remorqueur nous rentra dans le port vers 5 h15 et, une demi-heure plus tard, je fis route à nouveau avec un autre équipage et l’armement complété. La tempête soufflait avec encore plus d’intensité et la mer avait redoublé de violence. Vers 6 h30, le remorqueur nous ayant conduits à proximité du navire en danger, tout l’équipage manœuvra d’une façon telle que nous eûmes le bonheur d’accoster à la première tentative.

Il était temps car la mer qui couvrait constamment le pont menaçait à chaque, instant d’enlever tout l’équipage. Tout le monde était prêt à sauter dans le canot de sauvetage. D’abord la femme du capitaine, puis l’équipage composé de quatorze hommes, le pilote François Henderiksen et le capitaine, qui quitta le dernier son navire, y prirent place. Par ce dernier, j’appris que le navire à la côte était le trois-mâts allemand FRIEDE capitaine Peil. Il fallut alors, tant nous avions été drossés vers la côte, faire force de rames pour atteindre le remorqueur qui était obligé de se tenir légèrement.dans le large du navire. Enfin nous pûmes y parvenir. Aussitôt la remorque passée, route fut faite pour le port et à 8 heures, les naufragés étaient débarqués à la cale des pêcheurs.

Rapport du capitaine Lavallée, commandant le remorqueur

Etant de veille à bord du remorqueur DUNKERQUOIS j’ai reçu l’ordre, vers 11 h. 30 du soir, de M. Robyn, officier de port, de me rendre sur la rade pour porter secours à un trois-mâts en détresse.

Arrivé près du phare, j’entendis les deux coups du canon d’alarme et virai de bord. Dès que j’eus pris la remorque du canot de sauvetage : NOUVEAU DUNKERQUE je fis route pour la rade et gouvernai sur le trois-mâts aussitôt que je le vis. Ce navire était à la côte à l’est du port, à environ 500 mètres de la jetée est. Je m’approchai du trois-mâts aussi près que possible et le canot de sauvetage largua la remorque.

Il était environ une heure du matin, mais vu le gros temps et la mer démontée, le canot de sauvetage manqua l’accostage du trois-mâts et partit en dérive. Ne le voyant plus, je cherchai après lui et le trouvai à environ un mille dans l’est du trois-mâts et mouillé. Je le pris de nouveau à la remorque et passai entre la côte et le navire pour lui faciliter le sauvetage, mais il ne me largua pas. Je fis une seconde fois le tour du trois-mâts et revins passer entre la côte et lui sans que le canot de sauvetage me largue.

Je fis une troisième fois la même manœuvre sans résultat. Comme il était environ une heure et demie après la pleine mer et craignant de faire courir les plus grands risques à mon remorqueur, je me tins à environ 50 mètres du trois-mâts par le large, debout à la mer et demandai au canot de sauvetage ce qu’il comptait faire ; il me dit de le rentrer au port, n’ayant pas un armement apte à opérer ce sauvetage.

Je suis rentré au port vers 5 heures du matin et l’armement attitré du canot embarqua à bord, en même temps le capitaine Everrard venait me relever. Il était environ 6 heures du matin, mais je restai à bord pour aider au sauvetage de l’équipage de ce navire.

Rapport du pilote Jannekeyn patron du canot de sauvetage :

Le 3 janvier 1899, vers 6 heures du matin, je pris sous remorque le canot de sauvetage pour aller porter secours au trois-mâts allemand FRIEDE en détresse à la côte, à l’Est du port. Le vent souffle en tempête du Nord-Nord-Ouest. par grains, la mer brise furieusement en arrivant au bout des jetées, mon remorqueur est constamment couvert par la mer, qui inonde les logements et la chambre des machines.

Je suis obligé de marcher à demi-vitesse en passant sur le banc du port où la mer est démontée, pour ne pas perdre le canot de sauvetage qui disparaît à tout moment dans les brisants. Arrivé au milieu delà rade, où la mer est moins dure, je m’approche du navire échoué, le cap à l’est. La mer autour du navire est furieuse.

Je m’en approche à environ 50 mètres au large ; le canot largue sa remorque et part à l’aviron. Il disparaît à tout instant dans la mer. Après de périlleux efforts, il finit heureusement par aborder le trois-mâts sous le vent et à recueillir l’équipage. Pendant celle opération, je suis resté tout proche du navire me maintenant très difficilement sur le bord de la côte, le plus souvent en travers à la lame, recevant d’énormes paquets de mer.

Enfin, au bout d’une demi-heure d’attente, le canot ayant terminé son transbordement, parut à l’avant du navire. Je m’en approchai avec une extrême prudence et réussis à lui passer ma remorque et je m’élevai à petite vitesse vers le milieu de la rade, debout à la mer. Ayant demandé alors au patron s’il voulait transborder une partie de son équipage à mon bord, il me fit signe que non. Je me dirigeai donc vers le port, marchant toujours à demi-vitesse.

La mer furieuse au bout des jetées m’obligea encore à ralentir, enfin j’arrivai au fond du port avec le canot et son chargement sain et sauf.

Le sauvetage a duré 8H00

 

Rapport du comité

Dans la nuit du 2 au 3 janvier dernier, on apprit qu’un grand navire faisait des signaux de détresse à un mille au large et Jannekeyn, pilote de service de la Chambre de Commerce, reçut l’ordre d’armer le canot de sauvetage qui sortit des jetées vers 1 heure du malin remorqué par le Dunkerquois. Le vent faisait rage ; la mer était démontée, le navire, échoué était constamment couvert par les lames qui déferlaient sur lui avec une violence extrême. C’était le trois-mâts allemand FRIEDE. Arrivé près du trois-mâts, le canot de sauvetage largue la remorque et fait force de rames ; mais l’équipage n’a pu être complété qu’à 9 hommes au lieu de 12 et plusieurs avirons ont été brisés et enlevés par la mer. Malgré les efforts de ceux qui le montent, le canot de sauvetage tombe en dérive et disparaît dans la nuit. Il va se perdre dans les brisants lorsque Jannekeyn fait mouiller l’ancre qui heureusement tient bon et fait avec des feux de bengale des signaux au remorqueur qui, grâce à l’habileté du capitaine Lavallée, s’approche et réussit à lui jeter une remorque. On revient vers le trois-mâts. A sept reprises différentes on tente de l’accoster ; sept fois ces généreuses tentatives demeurent infructueuses. Les canotiers sont exténués et à bout de forces sinon à bout de courage. Jannekeyn se décide à rentrer au port ; mais pour en sortir une demi-heure après avec un nouvel armement complété à 12 hommes, on a eu besoin de n’en prendre que dix, car Lauwick, le patron que vous avez applaudi tout à l’heure et un canotier nommé Bernard, inaccessibles tous deux à la fatigue quand il s’agit de sauver leurs semblables, réembarquent pour cette deuxième sortie toujours dirigée par Jannekeyn. Cette fois l’énergie admirable des sauveteurs est couronnée de succès. Il était temps car la mer couvrait le pont du trois-mâts et menaçait à chaque instant d’enlever l’équipage qui fut sauvé en entier. Le sauvetage avait duré sept longues heures ; il était huit heures du matin quand Jannekeyn déposa sains et saufs, sur le quai des Pécheurs, les 12 matelots naufragés, le pilote, le capitaine et sa femme.

 

Suite à ce naufrage l’empereur d’Allemagne fera remettre au patron jacques Jannekeyn la croix de l’Aigle Rouge.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sources

BNF Gallica Annales de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés

La belle époque à Dunkerque tome 2 par Jean Denise

 

 

Durée de la sortie

8H30

gallery/horloge
Croix rouge Empereur d'Allemagne

Jacques Jannekeyn

et Charles Lauwick

seront décorés de

  la Croix de l’ordre rouge par

l'Empereur d’Allemagne

pour ce sauvetage

Le comité de la SCSN décerne

le prix du baron de Joest

au canot de Dunkerque