26 mars 1898

Sauvetage du vapeur hollandais BUSSUM

13 hommes sauvés

 

Patron du canot :

Jacques François Jannekeyn

Sous-patron :

Charles Lauwick

Armement nouveau Dunkerque:

Joseph Bateman - Elie Brandt - Emile Corion

Louis Denes - Everard - Narcisse Guyader -

Alphonse Hivin - Joseph Houbert -Jules Laconte

Léon Lecat - Arthur Lejeune - Joseph Loyer

Auguste Masson - Louis Maes - Louis Maréchal

François Sioen - Joseph Taylor

Patron remorqueur :

Louis Vanpouille

Armement remorqueur Dunkerquois

Patron  remorqueur  :

Bommelaer

Armement remorqueur Progrès

 

Dunkerque

 

Je soussigné, Jacques Jannekeyn, patron du canot de sauvetage, déclare avoir été avisé par le service du port, vers 5 heures et demie du matin, qu’un navire, avec uen forte gite sur tribord,  se trouvait en danger.

Sur l’ordre donné par M. Debacker, je fis armer le canot de sauvetage dont je pris le commandement, ayant sous mes ordre le sieur Lauwick comme brigadier. Quittant le port à 6 heures 40 à la remorque du PROGRES, nous sommes arrivés vers 7 heures à proximité du navire en détresse qui était échoué à environ un millier de mètres dans le large de l’extrémité de la jetée Ouest.

C’était le vapeur hollandais BUSSUM chargé de bois, commandant Wettre,  qui, après avoir cassé ses chaînes, était venu s’échouer à cet endroit. Me trouvant à la portée de ce vapeur, je fis larguer la remorque afin de pouvoir l’atteindre à l’aviron. En ce moment, la tempête faisait rage de la partie nord-est et la mer était démontée.

Malgré toute l’énergie déployée par les hommes qui faisaient force de rames, il nous fut impossible d’atteindre ce vapeur par la violence des éléments qui étaient déchaînés.

Après une demi-heure de vains efforts et dans la crainte d’être poussé à la côte, il fallut me décider à mouiller par le travers à tribord du BUSSUM.

Un peu plus tard, profitant d’une courte accalmie, je fis lever l’ancre pour nager dans le large afin d’atteindre le remorqueur PROGRES qui venait à notre rencontre. A la traîne de ce remorqueur, je recommençai pareille opération ; malheureusement, cette fois encore, le mauvais temps qui avait repris de plus belle, la mer qui était toujours démontée et le courant qui portait dans l’ouest, ne permirent pas d’atteindre le vapeur échoué.

Il me fallut laisser tomber l’ancre à environ mille mètres dans l’Ouest-Sud-Ouest du BUSSUM. Cette fois, ce fut le remorqueur DUNKERQUEOIS qui me passa la remorque et m ayant conduit directement sur l’arrière du vapeur, continua ensuite sa route afin d’atteindre la partie avant. Appréciant que j’allais réussir à accoster le navire en danger, je m’apprêtais à faire larguer la remorque lorsqu’un violent coup de mer qui nous prit par l’avant, engagea l’ancre sur ce grelin qu’il fut impossible de larguer, ce qui rendit cette troisième tentative également infructueuse.

A deux nouvelles reprises, je fis recommencer celte opération et, en passant sur l’avant du BUSSUM fis larguer la remorque. Malgré tous les efforts de l’équipage qui déploya la plus grande énergie en forçant sur les avirons, il fut encore une fois impossible d’atteindre ce vapeur.

La mer déferlant avec rage contre le BUSSUM qui avait une pontée de bois exagérée, rendait l’accostage extrêmement périlleux pour le canot menacé à tout instant par la projection des madriers arrachés de la pontée par la mer et le vent déchaînés. La plus grande prudence s’imposait.

Pendant ces tentatives d’accostage, le remorqueur, plus haut sur l’eau, et pouvant évoluer plus facilement, grâce à ses roues indépendantes, réussit à accoster le BUSSUM par l’avant. Cette manœuvre habile, effectuée avec bonheur, permit au remorqueur de recueillir directement l’équipage naufragé. Il n’était que temps !

Je déclare que pendant les quatre heures qu’a duré cette sortie avec le canot de sauvetage, tout l’équipage a fait preuve de la plus grande énergie et qu’il y a lieu de féliciter tous les hommes qui le montaient pour l’endurance et le courage qu’ils ont déployé par cette violente tempête.

Rapport du capitaine Louis Vanpouille
commandant le remorqueur PROGRES de la Chambre de commerce.

Le 26 mars 1898, il ventait tempête du nord-est, mer très grosse ; A 5h45 du matin, je fus informé par M. Charet, directeur du service, qu’un vapeur était à la côte, à l’Ouest du port.

Aussitôt, je fis disposer les machines, et partis à la mer pour me rendre compte de ce qu’il y avait à faire. Arrivé en dehors du port, j’aperçus le vapeur Hollandais le BUSSUM à la côte, ayant le cap au Sud-Est à environ 500 mètres dans le nord-ouest du port.

Ayant vu la situation de ce vapeur, aussitôt je sifflai pour avertir que je rentrais au port chercher le canot de sauvetage que je rencontrai dans le chenal du port, en face du poste de Douanes, à La Cayenne, je lui fis passer ma remorque et sortis du port vers 6 h30, en me dirigeant sur le vapeur en détresse.

Arrivé à environ 50 mètres, étant dans la bonne direction pour pouvoir atteindre ce vapeur, le patron Jannekeyn, qui montait le canot de sauvetage, fit couper la remorque pour se diriger sur le vapeur. Mais la force du vent, le courant et la grosse mer l’empêcha d’atteindre le vapeur ; le canot prit alors le large par le moyen de ses avirons, tout en faisant l’ouest, après plusieurs manœuvres je réussis à le reprendre à la remorque pour le reconduire près du vapeur pour tenter une seconde fois d’accoster toujours par tribord, mais qui ne réussit pas mieux que la première fois.

Le canot étant alors en dérive mouilla son ancre pour ne pas aller à la côte ; le remorqueur DUNKERQUOIS qui se trouvait derrière nous, étant plus près alors du canot le prit à la remorque et le canot fit encore deux tentatives sans plus de succès ; croyant alors le moment propice et la situation de l’équipage devenant de plus en plus critique, car la marée commençait à monter, et voyant tout l’équipage faire des signes d’appel désespérés, que le canot de sauvetage ne pouvait arriver à leur porter secours, et la mer déferlant avec rage sur le vapeur, je résolus de tenter le sauvetage par mes propres moyens.

J’informai mon mécanicien M. Bommelaer de la manœuvre délicate que j’allais faire pour tenter de sauver l’équipage, car il fallait découpler les machines, et il était certain que par l’état de la mer elles fatigueraient beaucoup.

Je dirigeai alors mon remorqueur pour passer par tribord du vapeur, comme le canot de sauvetage était mouillé à environ 80 mètres. du vapeur, je lui fis passer ma remorque, et l’ayant à la traîne, je manœuvrai pour approcher l’avant de mon remorqueur près de l’avant du BUSSUM, étant arrivé tout près, je demandai que l’on me fasse passer une forte aussière que j’amarrai à mon bord et, étant amarrée à bord du vapeur, je manœuvrai pour me tenir le plus près possible pour profiter, entre les lames, de pouvoir embarquer les naufragés, mes hommes étaient sur l’avant de mon remorqueur pour les recevoir, les prenant par leurs vêtements pour les embarquer à mon bord.

Je réussis dans cette manœuvre, aussi périlleuse que délicate, qui dura environ une demi-heure, à approcher 15 ou 20 fois, profitant, pour embarquer un homme ou deux, du moment où le remorqueur s’élevait, avec certaines lames à trois mètres au-dessus du gaillard d’avant, le seul endroit où les hommes pouvaient tenter d’embarquer à mon bord.

Néanmoins, après avoir manœuvré avec toutes les précautions possibles qu’exigeait le cas, je parvins à sauver les 13 hommes qui composaient l’équipage du vapeur BUSSUM plus le pilote Everard qui se trouvait à bord.

Le sauvetage terminé, et m’étant assuré que tout l’équipage était bien à mon bord, je fis route pour le port, amenant avec moi le canot de sauvetage ; nous sommes arrivés vers 11 heures du matin, ayant la satisfaction du devoir accompli avec succès. J’ai débarqué l’équipage naufragé à onze heures au quai dit le Bouillon.

Dans cette manœuvre assez difficile une mauvaise lame de mer enleva le remorqueur et le fit heurter contre le BUSSUM ce qui occasionna le déplacement de la partie supérieure de l’étrave de mon remorqueur.

 

Rapport du président du comité local Charles Collet

Comme toujours nos vaillants sauveteurs ont montré un courage au-dessus de tout éloge, mais avec la mer démontée qui brisait sur le navire, il leur fut impossible d’accoster. Le remorqueur « Progrès » par une manœuvre très habile, mais non sans danger, réussit à embarquer directement les 18 hommes composant l’équipage. Le capitaine Louis Vanpouille, commandant le PROGRES a fait preuve d’une grande intrépidité et d’une habilité professionnelle des plus remarquables.

 

Le BUSSUM a talonné sur les bancs de la passe oeust et s’est sans doute échoué sur les débris de la coque de l’EMMANUEL, La cargaison doit être sauvée.  source Archives municipales de Dunkerque Le Nord Maritime

 

 

2 mois plus tard l'épave du BUSSUM sera le théatre d'un sauvetage du à l'intemporalité de la bétise humaine

Source

BNF Gallica Annales de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés

La belle époque à Dunkerque tome 2 par Jean Denise

 

 

 

Durée de la sortie

4H20

gallery/horloge

Charles Lauwick se voit décerner

une médaille d'Or par

la Reine Wihlemine des Pays-Bas