17 avril 1895

Sauvetage du PENINSULAR

293 personnes sauvées

 

 

 

Commandant du vapeur : 
Clément Célestin Girou

Armement du Ville de Dunkerque : 
François Louis Bocage - Louis Gustave Thery- 

Désiré Louis Truck - Auguste Théophile Vanhille

Emile Antoine Louis Vincent /..

 

 

 

En mer

 

Un vapeur danois, le NORDVEST passant au large de Sagres le 17 avril 1895, signalait que, par 37°20' de latitude et 9°30‘ de longitude, il avait rencontré un grand transport de guerre faisant des signaux de détresse, abandonné à la, merci d’une mer en furie, triste privilège du Golfe de Gascogne. Le transport, qui battait pavillon portugais, demandait un secours immédiat pour se tirer de sa mauvaise situation, et malheureusement le vapeur danois, ne se sentant pas de force à venir en aide à ce léviathan, dut renoncer à le secourir.

L’assistance si ardemment désirée ne devait cependant pas se faire attendre.

Le vapeur VILLE DE DUNKERQUE, Capitaine Girou, appartenant à la Compagnie des Bateaux à Vapeur du Nord, de Dunkerque, se rendant de Cette à Bordeaux, venait de quitter le détroit de Gilbraltar de vingt-quatre heures, luttant péniblement contre la grosse mer et les vents violents du Nord soufflant dans le golfe, lorsqu’à 16 milles environ au large du Cap Saint Vincent, il aperçût le transport portugais PENINSULAR, désemparé de sa machine et faisant des signaux de détresse et demandant à être secouru sans retard. Une foule énorme encombrait le pont du transport, agitant des mouchoirs et semblant demander grâce aux flots qui maltraitaient d’une façon pitoyable le navire sans défense pour la lutte.

Certes, le Capitaine Girou, comme tout marin français a le cœur bien placé et il ne demandait qu’à secourir ses semblables, mais trouver le moyen de sauver cette maison flottante d’un péril

imminent était une question difficile à résoudre… En effet le PENINSULAR, que rien ne soutenait, roulait abominablement chaque fois que son flanc se présentait à la lame et faisait des embardées qui auraient intimidé les plus audacieux.

Le Capitaine dunkerquois se mit résolument à la besogne et employa, pendant la matinée du 17 avril tous les moyens ingénieux que le marin sait mettre en œuvre dans les moments difficiles, mais sans obtenir aucun résultat. L’équipage de la VILLE DE DUNKERQUE extenué par des efforts assidus, fur consulté, et à l’unanimité il fut décidé qu’on continuerait sans relâche les tentatives de sauvetage, pour ne les abandonner qu’en cas d’impossibilité absolue de réussite.

La Ville de Dunkerque activa les feux de sa machine et fit des prodiges d’évolution autour du navire en péril. Vers six heures du soir, des remorques, lancées pour la centième fois, permirent enfin de réunir les deux navires solidement. La question de remorquage n’offrait pas moins de difficultés et c’est. péniblement avec une lenteur désespérante, après avoir essuyé des dangers sans nombre que la VILLE DE DUNKERQUE entrait à Lisbonne ayant le PENINSULAR à sa traîne, le 19 avril, à dix heures du matin. Les deux navires avaient marché à une vitesse moyenne de deux nœuds et demi à l’heure.

Le PENINSULAR est un transport portugais construit en 1887 d’une jauge brute de 2744 tonneaux et portant en lourd 4 000 tonnes environ. Il était parti de Lisbonne le 14 avril avec des troupes portugaises pour Lorenzo Marques, dans la baie de Delagoa. Son arbre de couche s’était brisé deux jours après son départ de Lisbonne. Il avait à bord 262 officiers et soldats et 29 déportés.

 

 

Source

BNF Gallica Journal Officiel de la République Française

BNF Gallica Le Figaro