18 octobre 1890

-Sauvetage de la goélette la VICTOIRE-

6 hommes sauvés

 

Patron du Marie Bouteneff

Pierre Hars

Patron du canot de Dunkerque

Jacques Bommelaere

Armement du canot de Mardyck

Armement du canot de Dunkerque

Lethiesse

Commandant du Progrès

Morel

 

Dunkerque

Le patron Pierre Hars et le canot de Fort-Mardyck ont sauvé l'équipage de la goélette la VICTOIRE de nationalité danoise. Accoster l'épave n'était pas facile, déposer les naufragés sur la plage ne semblait guère moins périlleux. Quand on est du pays de Jean Bart, on ne bat en retraite ni devant l'ennemi, ni devant la tempête. Le canot de Mardyck a jusqu'au bout accompli sa lâche.

En même temps que le canot de Mardyck, sortait du port de Dunkerque une autre embarcation de sauvetage. Cette embarcation, en passant sur le banc du Polder, est chavirée par une lame de fond. Elle fait un tour complet sur elle-même. Heureusement ces embarcations sont construites en vue de pareils accidents. Elles se redressent et se vident sans que les canotiers aient besoin de s'en mêler. Le canot de Dunkerque n'a pas failli à son devoir. Il s'est redressé et s'est vidé instantanément. Tous les canotiers, munis de leur ceinture de sauvetage, étaient à la mer; le patron Bommelaer se trouvait à dix mètres environ du bord, tenant encore en main le gouvernail démonté. L'un après l'autre, s'aidant mutuellement, les canotiers parviennent à se rembarquer. Vers quatre heures du soir, par une mer démontée, ils rentrent au port.

La VICTOIRE est complètement perdue.

Il n'y a aucune victime à déplorer.

Compte-rendu de Jacques Bommelaer

 Le 18 octobre, vers midi et demi, le canon du sémaphore annonçait un navire en détresse. Informé de la situation, je me rendis immédiatement au canot pour l'armer et former l'équipage. Dès que tout fut prêt, le remorqueur Progrès, capitaine MOREL, qui nous attendait, nous fit passer sa remorque et nous prîmes la mer.

Il ventait en tempête du nord-ouest. La mer était affreuse et déferlait avec la plus grande force. En faisant route à l'ouest, et une fois au large, nous vîmes une goélette échouée par le travers de Mardyck, et qui évidemment ne pourrait pas résister plus longtemps au choc des lames. Nous avions à refouler le courant, et nous recevions la vague par la hanche de tribord, ce qui était très désavantageux; cependant le canot se comporta très bien et ne fut jamais compromis.

Arrivé par le travers du navire naufragé, le remorqueur fit sa manoeuvre pour rapprocher le canot de la goélette. Chacun de nous était à son poste, prêt à tout événement, lorsqu'en passant sur le banc du golder, une lame de fond s'éleva tout à coup près de nous, nous bouscula violemment et nous précipita tous à la mer, en faisant faire à l'embarcation un tour complet sur elle-même.

« L'embarcation se redressa et se vida instantanément, mais elle ne portait plus aucun de nous. Quand je me rendis compte de la situation, je vis que j'avais instinctivement gardé le gouvernail à la main, et que je me trouvais à une dizaine de mètres du bord; gêné par mes vêlements, paralysé aussi par le froid, je ne pouvais faire aucun mouvement el craignais bien de périr ; mais par bonheur, quelques marins se trouvaient presque à toucher le canot : ils parvinrent à y remonter les uns et les autres, et réussirent à nous recueillir tous. Moi, j'étais blessé d'un coup reçu dans les reins, et le matelot Lethiesse , qui se trouvait à l'avant au moment où le canot fut chaviré, a reçu dans cet endroit une grave blessure à la main et une autre au menton.

Après nous être remis tant bien que mal, nous nous hâtâmes de nous diriger vers la goélette naufragée dont nous étions à environ 400 mètres, mais le canot de sauvetage de Forl-Mardyck était parvenu pendant tout ce temps à l'accoster et à sauver son équipage.  Nous n'avions dès lors plus rien à faire et rentrâmes à Dunkerque. 

 

 

Source

BNF Gallica Presse La Justice du 20 octobre 1890

Société Centrale de Sauvetage des Naufragés 1er janvier 1891

 


 

 

La Société Centrale de Sauvetage des Naufragés décerne

Le prix Lupin

Au canot de Fort Mardyck

Au canot de Dunkerque