18 Octobre 1890

Sauvetage de la goélette norvégienne VESTERVIG

6 hommes sauvés

 

 

Patron du canot de Mardyck : Pierre Hars

 

Sous-patron : Charles Le Cœur

 

Armement du Marie Bouteneff :

Honoré  Admond -Armand Babelaere – Pierre Baras -

Joseph Bénard- Léon Bénard-Joseph Carru

Florimond Cousin -Edouard Gilbert -Joseph Malahieude

 

Patron du canot de Dunkerque : Jacques Bommelaer

 

Sous-patron : Charles Adolphe Lauwick

 

Armement du Nouveau Dunkerque :

Joseph Bateman -Victor Bloquet - Arsène Bossu -

Jean Floriot - Charles Désiré Jacob - Jean Hamers - 

Marcel Lethiesse - Désiré Loyer - Léopold Nesprias

Georges Louis Robert -Louis Roussel - Jules Zoonekindt 

 

Patron remorqueur : Eugène Charet

 

Armement du Dunkerquois

 

Patron remorqueur : Morel

 

Armement du Progrès

 

Fort-Mardyck

 

Le 18 octobre, vers midi, le patron Hars, de la station de Fort-Mardyck, était prévenu par le service (Douanes) qu’une goélette venait de se mettre à la côte. Il ventait en tourmente du nord. Hars appelant à lui son équipage, courut au canot de sauvetage, le fit atteler et amener le plus près possible du lieu du sinistre.

Le chariot entra dans l’eau jusqu’à ce que les chevaux aient refusé d’aller plus loin, mais le canot ne flottait pas encore.

Sans hésiter, tous le poussent à force de bras et luttant de leur mieux contre les vagues furieuses, ils parviennent enfin à opérer le lancement, embarquent, saisissent les avirons, approchent enfin la goélette sur laquelle la mer brisait comme sur une roche, la couvrant, et menaçant à chaque minute d’emporter ceux qui la montaient.

Si l’appareillage avait été difficile, l’accostage le fut encore plus ; deux premières tentatives échouèrent, et les malheureux naufragés étaient livrés à toutes les angoisses, lorsque Hars et ses braves canotiers réussirent enfin à les prendre avec eux.

Le canot de sauvetage s’éloigna aussitôt de l’épave, vint droit à la plage et chacun se jetant à la mer l’entraîna hors de toute atteinte. Le navire perdu était la goélette danoise VESTERVIG de Thisted, capitaine N.P. Andersen, allant de Drammen (Norvège) à Pontrieux avec un chargement de pâte de bois.

 

Sortie du canot de Dunkerque

En même temps que la station de Fort-Mardyck, Dunkerque recevait aussi l’avis de l’échouage du VESTERVIG et faisait aussitôt sortir un canot sous la direction du patron Bommelaer dont voici le rapport.

Le 18 octobre, vers midi et demi, le canon du Sémaphore annonçait un navire en détresse. Informé de la situation, je me rendis immédiatement au canot pour l’armer et former l’équipage.

Dès que tout fut prêt, le remorqueur PROGRES, capitaine Morel qui nous attendait, nous fit passer sa remorque et nous primes la mer.

Il ventait en tempête du nord-ouest. La mer était affreuse et déferlante. Nous fîmes route à l’ouest, nous dirigeant sur une goélette que l’on apercevait échouée par le travers de Mardyck. Le canot, ayant à refouler le courant et recevant la lame par la hanche de tribord, se comporta très bien, n’embarquant que quelques embruns.

En arrivant par le travers du navire naufragé et au moment où le remorqueur faisait son mouvement pour rapprocher le canot de la goélette, en passant sur le banc du Polder, une lame de fond s’éleva près du canot en le prenant par le travers et le fit chavirer, lui faisant faire un tour complet sur lui-même. L’embarcation se redressa et se vida instantanément, mais tous les hommes étaient à la mer. Je me retrouvai tenant le gouvernail à la main à une dizaine de mètres du bord. Les hommes de l’équipage, plus rapprochés, se rembarquèrent en s’aidant les uns les autres et réussirent à me recueillir à mon tour, blessé d’un coup reçu dans les reins.

Charles Lauwick reussit à sauver son patron (épaule démise et 3 côtes cassées) et également le matelot Jean Floriot*

* Selon une autre source Arsène Bossu aurait aidé Lauwick à ramener Bommelaer dans le canot avec une jambe cassée.

 

Malgré de avaries importantes: perte d'ancre , de gouvernail, de la mâture, du cablot et d'avirons et ses nombreux blessés les sauveteurs arrivent à prendre la remorque du PROGRES nous trouvant à 400 mètres environ de la goélette naufragée sur laquelle nous n’aperçûmes aucun signal.

L’équipage du remorqueur PROGRES nous informa qu’il n’avait aperçu personne à bord.

 

Le remorqueur DUNKERQUOIS, capitaine Eugène Charet, qui s’était aussi rendu sur les lieux et avait pu approcher plus près du navire, nous fit la même déclaration.

Dans ces conditions, ce qui nous fit croire que l’équipage était sauvé, et d’ailleurs le canot ayant perdu son gouvernail, son ancre et son câblot, nous revînmes au port.

Le canot se comportant toujours très bien dans une mer démontée, nous fîmes notre rentrée vers 7 heures du soir. Le matelot Lethiesse, qui se trouvait à l’avant au moment où le canot fut chaviré, a reçu dans cet accident une grave blessure à la main et une autre au menton. Tous les autres hommes étaient sains et saufs.

 

Comme le signale le patron Bommelaer, le canot, après avoir chaviré sous la force du coup de mer qui l’avait pris par le travers, tandis qu’il était tenu par sa remorque s’est redressé Instantanément sans qu’il restât une goutte d’eau à bord. C’est bien là une preuve de l’excellence du genre de construction adopté par la Société de Sauvetage.

 

Extrait de l’AG de la Societé Centrale de Sauvetage aux Naufragés de 1891

Quand on est du pays de Jean Bart, on ne bat en retraite ni devant l’ennemi, ni devant la tempête. Le canot de Mardyck a jusqu’au bout accompli sa lâche. En même temps que le canot de Mardyck, sortait du port de Dunkerque une autre embarcation de sauvetage. Cette embarcation, en passant sur le banc du Polder, est chavirée par une lame de fond. Elle fait un tour complet sur elle-même. Heureusement nos embarcations sont construites en vue de pareils accidents. Elles se redressent et se vident sans que les canotiers aient besoin de s’en mêler. Le canot de Dunkerque n’a pas failli à son devoir. Il s’est redressé et s’est vidé instantanément. Tous les canotiers, munis de leur ceinture de sauvetage, étaient à la mer ; le patron Bommelaer se trouvait à dix mètres environ du bord, tenant encore en main le gouvernail démonté. L’un après l’autre, s’aidant mutuellement, les canotiers parviennent à se rembarquer. Vers quatre heures du soir, par une mer démontée, ils rentrent au port

 

 

Sources

BNF Gallica Société centrale de sauvetage des naufragés 1866 – 1939

 

 


 

Les canots de Dunkerque et de Fort-Mardyck 

recevront le prix Auguste Lupin

d'une valeur de 1000 francs pour ce sauvetage