30 octobre 1887

Sauvetage du sloop hollandais HELENA 

2 hommes sauvés -3 morts

 

 

Patrons du canot : Louis Noedts puis Charles Gossin

 

Sous-patron : Pierre Emile Marquette

 

Armement du Susan Gray : Jean Agneray - Arsène Bossu - Louis Brandt

Oscar Delille - Delugny - Adolphe Eggrickx - Pierre Eggrickx - Pierre Florack

Henri Germonpré - Georges Gasceux - Alphonse Hivin - Louis Kindt

Charles Lauwick - Désiré Loyer -  Michel Mauris -William Murray

Léon Otten - François Pépin - Désiré Plovier - Achille Theret

François Vanhille - Henri Versaelle -

 

Patron du remorqueur Rapide : Lacroix

 

Armement du Rapide

 

Armement du Dunkerquois

 

Dunkerque 

 

Le 30 octobre, une violente tempête d’Ouest-Sud-Ouest se déchaîna sur la côte vers quatre heures du matin et un navire, le sloop hollandais, HELENA, chargé de brai et  commandé par le capitaine Pluckthie, fut bientôt signalé en détresse à quatre milles dans l’Est du port de Dunkerque devant la batterie de Leffrinckoucke.

 

Sur l’ordre d’un des membres du Comité, le canot fut lancé à la mer une première fois à huit heures et demie du matin et se rendit sur le lieu du sinistre à la remorque du vapeur de la chambre de commerce le RAPIDE, et revint au port peu de temps après, n’ayant vu à ce moment aucun être vivant à bord, mais sur la déclaration d’un courrier venu de Ghyvelde, déclarant que les naufragés étaient réfugiés dans la mâture, le canot de sauvetage reprit la mer à une heure du soir, à la remorque cette fois du DUNKERQUOIS, et ayant abordé l’HELENA, put recueillir deux naufragés, le pilote Fiquet de la station de Dunkerque et un matelot hollandais du navire, le capitaine, sa femme et ses deux enfants, ainsi qu’un matelot avaient été enlevés par la mer avant l’arrivée des secours.

 

Voici les deux rapports que le pilote Louis Noedts qui dirigeait la première sortie, et du pilote Charles Gossin, patron, pendant la deuxième sortie :

 

Rapport du pilote Noedts, patron des canots de sauvetage de la station de Dunkerque.

 

Le 30 octobre, à huit heures et demie, on signale un navire en détresse J’arme le canot de sauvetage aussitôt les ordres donnés. Le remorqueur RAPIDE, capitaine Lacroix, nous prit (SUSAN GRAY) à la remorque et nous conduisit sur les lieux du sinistre. En passant sur la barre, reçu plusieurs coups de mer. Le remorqueur nous conduisit à cinq cents mètres environ au large du navire en détresse.

N’apercevant âme qui vive à bord du haut de la passerelle, le capitaine Lacroix fit route pour le port où il nous ramena. Le brigadier Marquette ou sous-patron, fut blessé à la tête en revenant au port ; il fut débarqué ainsi que le marin Pierre Eggrickx qui était transi de froid et incapable de continuer.

L’ordre nous fut donné d’accoster près des remorqueurs de la chambre de commerce, et, à peine là, l’ingénieur de la chambre de commerce, M. Max Dorian, nous prévient que l’équipage du navire en détresse est cramponné dans la mâture.

La remorque fut passée à bord du DUNKERQUOIS, capitaine Morel, puis nous fîmes route de nouveau vers la côte. M. Dorian, qui s’était embarqué sur le DUNKERQUOIS, nous héla pour dire qu’il apercevait le monde dans la mâture. Peu après, nous fûmes rendus à quelque distance ; là, la remorque fut larguée et nous cherchâmes à élonger le navire, la mer, qui déferlait à ce moment avec fureur, nous couvrait sans cesse, ainsi que le navire, et les débris menaçaient à chaque instant de défoncer le canot.

J’aperçus distinctement les deux hommes amarrés dans les haubans, mais en reconnaissant mon beau-frère, le pilote Ficquet, qui semblait à bout de forces, chaque lame le couvrant sans cesse, je n’eus plus connaissance qu’au moment où nous fîmes côte sous le commandement du pilote Gossin, qui a déployé une énergie et un sang-froid peu communs.

Je me plais à louer la conduite de tous ceux qui montaient le canot de sauvetage, dont le courage a été au-dessus de tous éloges.

 

Rapport du pilote Gossin, patron des canots de sauvetage de la station de Dunkerque.

 

Le 30 octobre, à une heure du soir, et lors de notre deuxième sortie pour sauver l’équipage du navire en détresse au fort de Leffrinckouke, depuis le matin, lorsque le pilote Noedts, patron du canot, fut hors de connaissance au lieu du sinistre, et comme le brigadier Marquette avait dû être débarqué à notre première entrée, étant blessé, je pris le commandement du SUSAN GRAY. La mer, qui était toujours plus furieuse, nous entravait beaucoup pour élonger le navire que nous reconnûmes pour être le sloop hollandais HELENA qui venait de Portsmouth avec brai minéral.

Il était continuellement couvert par les lames et les débris jaillissant de toutes parts, il nous fut impossible de l’accoster, de crainte que le canot ne sombrât parmi les épaves et alors risquer de nous noyer tous.

Nous pûmes, après bien des efforts, envoyer une ligne dans les haubans, que le marin hollandais, seul survivant de l’équipage, put saisir et amarrer au mât de tape-cul pour que le pilote Ficquet puisse s’en servir après lui.

Peu après, nous réussîmes à hâler les deux naufragés hors de connaissance dans le canot de sauvetage. Hors d’état pour lutter contre les lames, et tout le monde à bout de fatigue, je résolus de faire côte, ce qui était le moyen le plus sûr de nous sauver tous.

Quand le SUSAN GRAY talonna, je donnai l’ordre de sauter à la mer, tribord et bâbord, montrant l’exemple, je sautai à l’arrière, afin de pouvoir monter le canot aussi haut que possible sur le sable. Des personnes présentes donnèrent la main à cette opération, et nous pûmes enfin mettre pied à terre.

Une charrette vint ensuite, sur laquelle le pilote Ficquet, le marin hollandais et le pilote Noedts, qui n’avaient pas repris leur sens, furent déposés et conduits en toute hâte au premier poste où ils eurent les premiers soins.

Nous revînmes dans l’après-midi à Dunkerque en voiture, trempés, mouillés, mais en bonne santé. Tous les marins montant le canot de sauvetage méritent les plus grands éloges, depuis que je pris le commandement jusqu’à la fin du sauvetage, c’est à qui se serait le plus dévoué. Voilà les faits les plus utiles à relater et qui se produisirent au cours du sauvetage et pour être ajoutés au rapport du patron Noedts, me réservant d’autres détails si besoin est. (13)

 

 

 

Evocation du sauvetage à l’assemblée générale de la société centrale en 1888 (Extrait) :

Mais, malgré mon regret de ne pouvoir adresser à tant de gens de cœur le bravo et le merci qu’ils méritent, je dois me borner, et, parmi tous les brillants sauvetages accomplis depuis notre dernière réunion, je ne m’arrêterai avec quelques détails que sur celui qui a été opéré à Dunkerque, le 30 octobre 1887 ; car il est, à coup sur, le plus dramatique et le plus saisissant de tous.

Une violente tempête s’était déchaîné dans la nuit, et, dès huit heures du matin, un navire, le sloop hollandais HELENA, fut signalé en détresse à quatre milles dans l’Est du port. Remorqué par le vapeur le RAPIDE, le canot de sauvetage sortit, pour la première fois et arriva, avec une peine extrême, à quelque distance du navire naufragé. Mais, n’apercevant personne à bord, le capitaine du RAPIDE, rentra à Dunkerque et y ramena le canot. Cette première sortie avait été très rude. Un homme était blessé à la tète, un autre transi de froid et hors de service. Pourtant il fallut repartir tout de suite. De terre, on avait aperçu du monde dans la mâture de l’HELENA, et un autre remorqueur, le DUNKERQUOIS, ayant à bord le secrétaire même de la chambre de commerce, prit notre canot à la remorque et le conduisit pour la deuxième fois sur le lieu du sinistre. Guidé alors par ses seuls avirons, le canot tenta d’accoster le sloop hollandais ; mais il n’y put parvenir. La mer était affreuse ; chacune de ses lames monstrueuses couvrait à la fois le canot et l’épave. D’ailleurs l’HELENA était absolument en ruines et les coups de mer en faisaient voler les débris qui menaçaient de défoncer notre embarcation. Cependant on ne s’était pas trompé. Sur ce navire perdu, dont le capitaine, sa femme, ses deux enfants, et l’un des matelots avaient déjà péri, enlevés par la mer, deux hommes étaient encore vivants, deux malheureux, que nos canotiers apercevaient à travers les embruns, désespérément cramponnés dans les haubans. Le brave patron de notre canot, Louis Noedts, fit un nouvel effort pour aborder l’épave, mais, en s’approchant, il reconnut, dans l’un des deux naufragés, son parent et son ami, son propre beau-frère, le pilote Ficquet, qui semblait à bout de forces ; et, à cette vue, brisé de fatigue et d’émotion, le patron Noedts tomba évanoui sur la barre de son gouvernail.

Le pilote Gossin, un de nos patrons embarqué, ce jour-là, comme simple canotier, prit alors le commandement. A son tour, il essaya d’accoster l’HELENA. Plus heureux que son chef, qui gisait inanimé au fond de l’embarcation, Gossin put envoyer une ligne aux deux naufragés qui l’amarrèrent à une vergue et furent enfin halés dans le canot, où ils perdirent à leur tour connaissance.

Quelle scène, mesdames et messieurs, ces trois hommes évanouis, tous les autres grelottant de froid, harassés de fatigue, incapables de lutter contre les lames, et la tempête redoublant de fureur ! Il n’y avait qu’un moyen de salut, se jeter à la côte ; c’est ce que fit l’audacieux pilote. Dès que le canot eut touché la terre et talonna, Gossin commanda à tout son monde valide de sauter à la mer, tribord et bâbord. Il donna lui-même l’exemple en sautant à l’arrière ; du monde accourut, donna la main à la manœuvre ; et le canot, l’équipage et les naufragés, tout fut sauvé, grâce à Dieu et à l’énergie de tous ces hommes de cœur.

 

Sources

BNF Gallica Société centrale de sauvetage des naufragés 1866 – 1939

La belle époque à Dunkerque Tome 2 Jean Denise

 

 


 

gallery/horloge

Durée de la sortie

plus de 5H00

Le comité de la SCSN décerne

le prix du VIce-Amiral Roze

au canot de Dunkerque