24 octobre 1882

Sauvetage du trois-mâts italien IRENE

11 personnes sauvées

 

Patron du canot : Lavie

 

Sous patron : Joseph Emile Noedts

 

Armement du Nouveau Dunkerque : Jean Dekeyser

Jean Dekeyser -Delporte - Degrave - Pierre Devos

 Adolphe Eggrickx - Holtzer - Kempe -Lelostec - Jules Leroy

Albert Louwagie - Manceau - Mauris - Mosses- Nassel

Rabeau - Ricquer - Roorych - Roose - Louis Roussel - Louis Taylor

Vanille - Edouard Weus

 

Patron du remorqueur : Eugène Jules Pierre Charet

 

Armement du  Dunkerquois 

 

Dunkerque

Le trois-mâts italien de sept-cents tonneaux, IRENE s’échouait, vers deux heures de l’après-midi, à un mille et demi à l’Ouest de la jetée.

Averti à une heure vingt, le patron Lavie montrant comme toujours beaucoup d’entrain et d’initiative pour réunir son équipage, fit lancer le canot le DUNKERQUE, qui partit à deux heures, au plus fort de l’ouragan.

 

Grâce à son habileté, secondée par le précieux concours du remorqueur le DUNKERQUOIS, capitaine Charet, il a eu le bonheur de recueillir l’équipage entier de l’IRENE composé de onze hommes.

 

M. Noedts, capitaine de remorqueur, qui s’était embarqué sur le canot comme sous-patron, a été blessé à la main, et le canot a reçu d’assez graves avaries. Voici le rapport du patron Lavie, qui rend compte de cette sortie, nous le faisons suivre du rapport du capitaine Charet, du remorqueur le DUNKERQUOIS.

 

Le 24 octobre 1882, à une heure vingt minutes de l’après-midi, un officier du port m’a prévenu d’avoir à armer immédiatement mon canot, pour me porter au secours d’un navire en détresse.

 

Aussitôt j’ai réuni mon équipage, composé de treize hommes, je me suis mis à disposition du remorqueur DUNKERQUOIS, capitaine Charet pour me diriger vers le Polder, endroit signalé par le sémaphore. Le canot a beaucoup souffert, car la mer embarquait d’une manière continuelle.

 

Arrivé près du navire italien IRENE, nous avons dû prendre toutes les précautions nécessaires pour sauver les naufragés, car, au moment de les recueillir, un coup de mer cassa l’étrave de notre canot.

Nous avons perdu deux avirons, et M. Noedts, capitaine du remorqueur PROGRES, a été assez grièvement blessé à la main droite. Après avoir paré de notre mieux le coup de mer, nous n’avons pas mis moins de trois-quarts d’heure pour pouvoir recueillir l’équipage de l’IRENE, qui était échoué sur le Polder, ce qui a nécessité de notre part des efforts surhumains.

 

Après quoi, nous avons fait route vers le port. Vu la situation dangereuse qui nous était faite, d’un côté, par la mer, de l’autre, par le grand nombre d’hommes que nous avions dans le canot, d’un commun accord, j’ai décidé avec le capitaine Noedts, remplissant les fonctions de brigadier, qu’il nous était impossible de rallier le remorqueur DUNKERQUOIS.

 

Grâce au courage héroïque qu’ont déployé mes hommes en cette circonstance, nous avons eu le bonheur d’atteindre la jetée de l’Est, où nous avons débarqué sains et saufs les naufragés, pour ressortir aussitôt et nous porter au secours d’une drague, signalée en détresse sur le Hills Bank.

Mais vu la grande fatigue de mes hommes et l’état épouvantable d’une mer furieuse, qui faillit nous faire sombrer nous-mêmes sur le plateau situé à l’Est du port, je me suis vu obligé de renoncer à pousser plus loin notre œuvre de sauvetage, attendu qu’un autre canot, le SUSAN GRAY, avait déjà pris les devants.

 

En cette circonstance, je dois signaler hautement que le capitaine Charet et son équipage ont déployé un courage et une abnégation au-dessus de tout éloge. Arrivé à quatre heures trois-quarts à la station habituelle de mon canot, mon équipage, qui était exténué de fatigue, pu débarquer.

 

Selon le capitaine Charet :

Le 24 octobre 1882, vers deux heures du soir, il faisait un ouragan de la partie Ouest, mer grosse.

 

La tour du grand phare annonçait qu’un navire en détresse demandait un prompt secours. Le canot de sauvetage était tout prêt à prendre ma remorque pour sortir, mais mon remorqueur DUNKERQUOIS était déjà échoué d’un pied environ.

 

C’est après un quart d’heure d’efforts que je pus le déséchouer et partir avec le canot de sauvetage, patron Lavie, à la remorque. Il n’y avait plus que deux mètres d’eau signalée lorsque j’arrivai sur le banc du port. Je craignais à chaque instant de voir talonner mon remorqueur sur le fond, mais je pus heureusement parer et aussitôt faire route sur le trois-mâts autrichien IRENE, échoué sur le banc de Mardyck, à quatre milles à l’Ouest du port, et qui faisait des signaux de détresse.

 

Pendant le trajet, les hommes qui montaient le canot de sauvetage ont dû beaucoup souffrir, car le canot était continuellement couvert par la mer.

 

Le navire IRENE était privé de son gouvernail et se trouvait à chaque instant couvert par les brisants de côte, ce qui m’empêcha par deux fois d’approcher assez près pour larguer le canot de sauvetage. Ce n’est que la troisième fois que je réussis à mettre le canot de sauvetage à bord. A ce moment, mon remorqueur ne gouvernait presque plus par le

manque d’eau.

C’est en rendant les machines indépendantes, opération toujours dangereuse avec grosse mer, que je pus m’éloigner de la côte.

 

Lorsque tous les hommes de l’équipage furent embarqués dans le canot de sauvetage, nous fîmes route vers le port ; le canot de sauvetage, d’un très faible tirant d’eau, entra au port. Etant à l’ouverture des jetées, j’aperçus un navire paraissant échoué sur le Hills Bank. Je demandai au moyen du code international un canot de sauvetage pour le secourir. Le canot de sauvetage SUSAN GRAY, commandé par le patron Ficquet, sortit bientôt du port et vint rejoindre le DUNKERQUOIS.

Je lui passai mes remorques et je fis route à toute vitesse vers le navire en question, lequel était la drague hollandaise MAASMOUND. En arrivant à une petite distance de cette drague qui était coulée par l’arrière sur la sèche du Hills Bank, j’approchai en sondant jusque par deux brasses d’eau de manière qu’en larguant le canot de sauvetage il ne puisse pas manquer.

Le canot de sauvetage Susan Gray était sorti du port et faisait route sur le MAASMOUND.

 

Le capitaine Charet l’aperçut au moment où il venait de hisser son signal d’appel et se dirigea immédiatement vers lui pour le prendre à la remorque. La mer était terrible sur ce banc, et par ce fait, mes machines ne pouvaient plus être rendues indépendantes l’une de l’autre. C’est avec beaucoup de peine que je pus m’en retirer.

 

Le canot de sauvetage qui se trouvait le long du vapeur naufragé courut de réels dangers en sauvant l’équipage du MAASMOUND. Il a failli se briser plusieurs fois.

 

Le canot SUSAN GRAY revint prendre mes remorques et je le conduisis jusqu’à l’Ouest des jetées, où il mit à la voile et put heureusement entrer au port avec les naufragés.

Je fis ensuite route sur un autre vapeur hollandais ADAM 3, qui demandait un remorqueur pour entrer au port, sa machine était insuffisante à cause de la tempête. Entré au port à huit heures du soir avec le vapeur ADAM 3 à la remorque. Je suis très heureux de signaler que, pendant ces pénibles opérations, mon équipage, ainsi que trois personnes n’en faisant pas partie, ont rivalisé de zèle et de courage.

 

 

 

Source

BNF Gallica  Annales de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés