10 juin 1882

Sauvetage du lougre ADOLPHE AUGUSTINE

4 personnes sauvées

 

 

Patron de canot :

Charles Pierre Lavie

Sous-patron :
Amand Antoine Schabanel

Armement du Suzan Gray : Jean Jacques Edouard Clayessen

Conqoeur - Henri Étienne Louis Dechesne - Jérome Deuwel -
Eckman -Lotti Guido -Hendrickxen - Frédéric Joseph Honoré -
Emile Jacques LouisHostens - Hurt - Louis Charles Kempe -
Louis Fredéric Kindt -Eugène Hippolyte Jules Legrand

Albert Louwagie - Jules Adrien Loyer - Pierre Emile Marquette
Joseph Emile Noedts - Auguste François Xavier Pillaert

Adrien Joseph Ricquer - Jules Charles Rivet -

Louis François Roussel - Joseph Wadoux – Weus - Bayet

 

Patron du remorqueur :

Eugène Jules Pierre Charet

 

Armement du remorqueur Dunkerquois

 

Patron du remorqueur : Noedts

 

Armement du remorqueur Progrès

 

Dunkerque

 

Le patron Lavie, du canot de sauvetage SUZAN GRAY, est sorti à 7 heures du soir, à la remorque du vapeur le PROGRES pour se porter au secours du lougre de 66 tonneaux ADOLPHE AUGUSTINE, qui était mouillé dans les hauts fonds situés à l’est des jetées, et qui, par suite de la violence du vent de nord-nord-ouest et d’une très grosse mer, était en danger de se perdre soit par la rupture de ses chaînes, soit par la violence du ressac au moment de la baisse de la mer.

Ce fut après bien des difficultés que le canot et son remorqueur parvinrent à 8 heures du soir à élonger le lougre et à lui faire passer une amarre du remorqueur le DUNKERQUOIS, qui était venu également prêter son concours au navire en détresse, et qui le remorqua jusque dans le port.

 

Les rapports ci-après des capitaines Noedts du PROGRES, et Charet du DUNKERQUOIS font connaître les circonstances du sauvetage de l’ADOLPHE AUGUSTINE. Voici comment s’exprime le capitaine Noedts :

 

Le 10 juin 1882, vers 7 heures et demie du soir, je reçus l’ordre de M. Rooryck, chef du service du Remorquage, de sortir le canot de sauvetage « SUZAN GRAY » pour aller assister un lougre français, l’ADOLPHE AUGUSTINE qui, se trouvant mouillé dans les brisants de la côte, à l’est du port, avait hissé son pavillon en berne et demandait du secours.

 

Je sortis du port à sept heures quarante-cinq minutes, ayant à la remorque le canot de sauvetage patron Lavie. Arrivé hors des jetées, il ventait en tempête du nord-nord-ouest. Je fus assailli par de violents coups de mer qui emplirent le coffre du remorqueur.

 

Le canot de sauvetage disparaissant à chaque instant dans les lames, je dus faire ralentir l’allure de la machine, dans la crainte de perdre le canot et ses hommes. Fait route au nord-nord-ouest pour franchir la barre en prenant la mer debout. Arrivé dans le creux de la rade, je mis le cap à l’Est.

 

Étant par le travers du lougre en détresse, je manœuvrai à le ranger le plus près possible pour permettre au canot de sauvetage de l’accoster par bâbord ; il eût été impossible de mettre le canot à tribord. Cette tentative d’accostage ne réussit pas, et il fallut reprendre le large avec le SUZAN GRAY pour recommencer la manœuvre, laquelle présentait de réels dangers tant la mer était affreuse.

 

La seconde fois je fus plus heureux, et le canot de sauvetage put se tenir assez longtemps le long du navire en détresse pour y transborder quelques hommes. Je me tins à petite distance, tout paré à recueillir le canot et les hommes, au cas où le vapeur DUNKERQUOIS, qui était sorti du port quelques minutes avant moi, n’eût pu réussir à passer une remorque à bord de l’Adolphe-Augustine.

 

Cette remorque établie, le DUNKERQUOIS fit en avant, et j’escortai l’ADOLPHE AUGUSTINE jusqu’à l’entrée du port, où la mer, qui avait beaucoup baissé, était encore plus mauvaise qu’au moment de ma sortie.

 

A dix heures quarante minutes, j’amarrai le PROGRES à sa station ordinaire. Je n’ai qu’à me louer de l’empressement et du dévouement dont a fait preuve tout mon équipage pendant cette pénible sortie.


De son côté, le capitaine Charet écrit :

 

Le samedi 10 juin 1882, il ventait en tempête de la partie du Nord-Nord-Ouest mer grosse. Je reçus l’ordre du chef du service du remorquage de me disposer à porter secours au vapeur anglais TANA, qui, en entrant au port, venait de tomber en travers par la grosse mer, un peu en dedans des musoirs des jetées, et barrait complètement le port par sa grande longueur.

 

Il fatiguait beaucoup dans cette position. Je me rendis immédiatement près de ce navire.et je lui fis passer ma remorque par son bâbord arrière. Je parvins, non sans peine, à le retirer de cette fâcheuse position, en le remorquant par l’arrière jusqu’à l’entrée du bassin Freycinet.

 

A ce moment, sur la tour du Grand Phare, l’on signalait un navire en détresse à l’Est du port. Je fis aussitôt route à toute vitesse pour me porter au secours de ce navire, qui était le lougre français ADOLPHE AUGUSTINE. Je fis disposer par mon équipage tous les engins de sauvetage de la Société centrale de sauvetage. Je doublai le bout des jetées à sept heures et demie environ du soir.

 

La mer était affreuse sur le banc du port, et le lougre, qui avait son pavillon en berne, se trouvait mouillé sur le haut fond existant à petite distance à l’Est du bout des jetées. Je dus renoncer à faire route directement sur le navire jusqu’à ce que je fusse en dehors des brisants. En passant sur le banc du port, je reçus plusieurs mauvais coups de mer qui remplirent le coffre du navire. Je n’osais ralentir ma vitesse, craignant que le navire en détresse ne se perdît avant mon arrivée le long de son bord.

 

En passant derrière ce navire pour l’élonger, je me trouvais dans les brisants de côte, et c’est à peine si mon remorqueur gouvernait. En l’élongeant par son côté de tribord, un brisant déferla sur mon lof de tribord et me fit abattre avec le cap sur le navire. Craignant une collision, je lis aussitôt renverser la marche à toute vitesse en arrière, et grâce à la promptitude de cette manœuvre, faite par mon mécanicien, l’abordage fut évité.

 

Aussitôt paré du navire (je me trouvais alors sous le vent à lui), je fis marcher en avant et réussis à pousser assez près pour lancer le porte-amarre à bord ; l’équipage du lougre, peu nombreux, eut beaucoup de mal à haler ma grosse remorque à bord à cause des coups de mer qui embarquaient sur l’avant de ce navire ; je parvins cependant à tenir mon remorqueur en bonne direction en attendant que la remorque fut amarrée. A ce moment le canot de sauvetage, remorqué par le remorqueur PROGRES, arrivait, près du navire.

 

En l’accostant pour transborder quelques hommes, il fut maltraité par un coup de mer. Je vis un homme qui en voulant sauter à bord du lougre en détresse tomba à la mer et fut repêché par le patron Lavie.

 

Au même moment, quelques hommes purent monter abord, et le canot put filer derrière le navire. Tout le monde alors se porta à l’avant pour démailler les chaînes. Pendant qu’il avait procédé à cette opération, ma remorque qui était filée jusqu’au bout se cassa, dans un fort coup de tangage, dans la galoche du lougre.

 

Je fis aussitôt entrer ma remorque, et je recommençai ma manœuvre pour élonger de nouveau ADOLPHE AUGUSTINE. Bien que la nuit commençât à se faire, je fus assez heureux de recevoir à mon bord le porte-amarre que j’avais envoyé un moment auparavant à bord du lougre. Je fis frapper ma remorque dessus, et, en peu de temps, avec le secours d’une partie de l’équipage du canot de sauvetage, ma remorque put être halée et amarrée.

 

Les chaînes furent alors démaillées et filées à la mer. Je fis ensuite route pour le port. Il faisait une nuit très obscure et c’est à peine si l’on voyait le navire derrière nous.

 

Craignant la rupture de ma remorque, je fis marcher doucement. Au moment d’entrer au port, mon remorqueur n’ayant pas assez de vitesse pour bien gouverner, un coup de mer me lança sur bâbord avec le cap en dehors des jetées, et, pour revenir sur tribord, mon remorqueur vint en travers à la lame avec le cap vers l’Ouest.

 

Je parai juste le bout de la jetée Est avec mon tambour de bâbord. En faisant route dans le chenal, je m’aperçus que mes fanaux réglementaires avaient été éteints par la grosse mer. Je conduisis le lougre jusque près du bassin du commerce, où je lui fis passer une remorque à l’arrière pour arrêter sa vitesse, le navire n’ayant plus d’ancre à mouiller. Il était alors dix heures et demie du soir.

 

Je suis heureux de signaler que dans cette sortie, périlleuse mon équipage a fait preuve de courage et de dévouement. C’est grâce au zèle et au courage des équipages de ces deux remorqueurs et à celui de nos canotiers qu’est dû le salut de ADOLPHE AUGUSTINE et des quatre hommes qui le montaient. Le patron Lavie du canot a été fort bien secondé par ses hommes.(13)

 

 

 

Source

BNF Gallica  Annales de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés

 

 

gallery/horloge

Durée de la sortie

3H00