8 mars 1881

Sauvetage du trois-mâts DUPUY DE LOME

Equipage sauvé

 

 

Patron du canot :

Charles Lavie

Armement du Susan Gray :

Edouard Clayessens  - François Fister -

Adrien Loyer - François Michelot -Louis Questroy - Rees Alfred -

Rose - Armand Schabanel - Louis Taylor - Joseph Vanraede -

Henri Weus - André Widhen

Patron du remorqueur :

Eugène Charet

Armement du Dunkerquois :

Ricquer  Mécanicien - Kempe  Maitre d'équipage-

Degavre -Romain Manceau -Moses (Chauffeurs)

Jules Alphonse Leroy -Rabeau -Huysmann - Matelots - Naessen Mouse -

 

 

Dunkerque :

Le DUPUY DE LOME, trois-mâts-barque de 600 tonneaux, du port de Bordeaux, venant de Saint-Louis (Sénégal) avec un chargement d’arachides pour Dunkerque, fut aperçu, vers 7 heures du matin, dans une situation très critique sur la plage de Zuydcoote par suite d’une forte voie d’eau et de la perte de son gouvernail.

Ci-après la relation de ce naufrage telle qu’elle a été insérée dans les journaux de Dunkerque :

Mardi dernier, vers 7 heures du matin, le remorqueur le DUNKERQUOIS, en sortant du port, aperçut un navire qui lui parut en danger sur la plage de Zuydcoote.

Le capitaine Eugène Charet, commandant ce remorqueur, se rendit aussitôt vers le bâtiment qui faisait des signaux de détresse, et qu’il reconnut être le trois-mâts français DUPUY DE LOME de Bordeaux, capitaine Aubert. Le vent soufflait en tempête du Ouest au Ouest-Sud-Ouest, la mer était très grosse. En approchant du navire, qui n’était mouillé que sur un grelin et qui talonnait dans les brisants de la côte, par le travers de Ghyvelde, le capitaine Charet fit préparer les engins déposés à son bord par les soins de la Société centrale de Sauvetage des naufragés, en même temps qu’il prenait des dispositions pour élonger le navire en détresse.

Cette dernière opération présentait de grandes difficultés par suite du mauvais état de la mer, mais, grâce aux précautions et qu’il avait prises, le capitaine Charet parvint à passer une remorque à bord du DUPUY DE LOME, après que le capitaine Aubert lui eût appris que son navire avait quinze pieds d’eau dans la cale et que son gouvernail était démonté.

Dès que la remorque fut établie, le DUNKERQUOIS fit route vers Dunkerque avec le DUPUY DE LOME coulant bas d’eau, et dans l’espoir d’entrer le navire au port ou, au moins, de l’échouer sur la côte, à proximité du Casino des bains, en vue de sauver la cargaison entièrement composée d’arachides.

La situation du DUPUY DE LOME avait bientôt été signalée à terre par le sémaphore.

Le canot de sauvetage, dont le patron Charles Lavie avait immédiatement rallié l’équipage, sortit du port, à la voile, à 9 heures 15, et gouverna sur le navire qui, et bien que remorqué, continuait à demander du secours.

A 9 heures 45 le canot de sauvetage aborda le DUPUY DE LOME. Neuf hommes s’embarquèrent sur ce navire pour relayer aux pompes l’équipage fatigué.

Presque en même temps, deux embarcations détachées des bateaux-pilotes qui, mouillés en cette rade, venaient d’appareiller, vinrent apporter un renfort de ce personnel et au capitaine Aubert. Mais l’eau ne diminuant pas dans la cale, et la marée étant presque basse, il fut décidé, vu l’impossibilité d’entrer le navire au port, de le mettre à la côte, et on vint l’échouer près du Casino, à 10 heures 30. (La pleine mer avait eu lieu à 6 heures du matin.)

Le DUNKERQUOIS et le canot de sauvetage n’abandonnèrent pas le navire échoué, car, celui-ci, n’ayant pu être mis assez haut en ce côté, risquait d’être brisé à la marée remontante.

Ils restèrent en observation à petite distance jusque vers 5 heures du soir. Au retour du flot le pont du DUPUY DE LOME fut couvert par la mer et l’existence des hommes pouvait être compromise.

Le capitaine Aubert prit alors le parti d’abandonner son navire.

Le canot de sauvetage transborda sur le DUNKERQUOIS une partie des hommes qui se trouvaient à bord du DUPUY DE LOME, dans un second voyage, il prit les officiers et le capitaine Aubert qui, le dernier, quitta son navire.

Cette opération terminée, le DUNKERQUOIS donna sa remorque au canot de sauvetage et l’entra au port, où les naufragés furent débarqués sains et saufs, à 6 heures du soir.

On ne saurait assez louer le capitaine Charet de l’empressement qu’il a mis à se porter au secours du navire en danger et des mesures intelligentes qu’il a prises pour préserver le navire d’une perte totale. La persévérance dont a fait preuve l’équipage du canot de sauvetage pendant cette sortie qui n’a pas duré moins de neuf heures, mérite également un juste tribut d’éloges.

 

 

Source

BNF Gallica Annales de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés

Journal l'Autorité du 12 mars 1881 

 

Durée de

la sortie

9H00