27 octobre 1869

Sauvetage du brick anglais MARY

3 personnes sauvées

 

Patron du canot  :

Pierre Joseph Leprêtre

Armement du canot :

Frédéric Agez - Daubercourt - Dubuis

Jean-Baptiste Evrard -Joseph Evrard -

Théodore Fournier -  Pierre François Lefébure

Baptiste Lemaire -Barthélémy Lemaire

Plachot - P Antoine Pleuvret - Louis Vérove

 

 

Gravelines :

 

Le brick anglais la MARY, monté par cinq hommes d’équipage et un matelot de Dunkerque qui avait embarqué la veille comme pratique, vint mouiller, le 27 octobre vers sept heures du matin, à deux milles dans le nord du port.

 

La tempête de vent de nord-nord-ouest sévissant alors dans toute sa force, et la mer étant extrêmement grosse, il était évident que, pour faire une semblable manœuvre, ce bâtiment devait avoir des avaries qui ne lui permettaient plus de tenir le large. On pouvait néanmoins encore espérer qu’à mer haute, il réussirait à gagner le port.

 

Dès que je fus informé par le sémaphore de sa position critique, j’expédiai un exprès pour faire lancer le canot de sauvetage.

 

Mais le patron Leprêtre, qui suivait tous les mouvements du brick, l’avait déjà fait mettre à l’eau. Vers dix heures et demie, on vit le malheureux navire qui, coulant bas d’eau, avait dû filer ses chaînes, se diriger vers la côte et échouer au moment où le canot de sauvetage sortait du port.

 

La mer commençait à monter et il était à craindre, comme l’événement l’a prouvé, que ce navire, lourdement chargé, ne se démolît vite au milieu des brisants. Nos braves canotiers, comprenant le danger, firent force rames pour l’aborder. Mais c’est alors que la lutte commença. Un des premiers coups de mer qui déferla sur le canot enleva un canotier, le nommé Daubercourt, en brisant son aviron. Grâce à sa ceinture, après cinq minutes d’efforts, il put être recueilli.

 

A partir de ce moment, il a fallu une heure et demie pour parcourir 400 mètres. Le brave canot recevait par instant jusqu’à trois coups de mer consécutifs, qui lui faisaient perdre le terrain qu’il avait fallu plus d’un quart d’heure pour conquérir.

 

Il suffit pour donner une idée de la force et de l’énergie déployées par les canotiers de dire que presque tous les tolets des avirons ont été ployés par leurs efforts.

 

Cinq fois de suite le grappin a été lancé sans résultat. Enfin la sixième fois, il prit dans la toile du grand foc, qui. ne tarda pas à se déchirer, mais pas assez tôt toutefois pour qu’un des naufragés qui, avec les autres, se tenait sur le beaupré, car les deux mâts étaient déjà tombés à la mer, ne pût se jeter dans le canot, qui, du même coup, fut lancé à plus de 30 mètres en arrière. La tentative suivante fut encore couronnée de succès. Le grappin s’accrocha dans une manœuvre, et un second naufragé fut recueilli.

 

Enfin un dernier accostage eut lieu, et le canot, au risque de chavirer, aborda avec son étrave le bout dehors du beaupré. Un troisième naufragé, vieillard de soixante ans, s’élança, manqua le bord, mais put s’accrocher à la filière sur l’avant du canot, où il tint bon, jusqu’à ce qu’on l’eût rattrapé, mais non sans mal.

On nagea de nouveau vers l’épave, sur laquelle restaient encore trois hommes ; mais avant d’être arrivé, l’un d’eux, croyant peut-être pouvoir atteindre le canot à la nage, se lança à la mer et disparut. Une lame monstrueuse vint enlever les deux autres du beaupré, sans qu’il fût possible de les secourir.

Nos braves canotiers, ne voyant plus personne à sauver, se mirent en devoir de rentrer au port avec les trois malheureux arrachés à la mort.

 

Mais ayant à lutter contre le courant de jusant, étant en outre tout trempés et épuisés par cette, lutte gigantesque, ils furent dans la nécessité d’échouer au plein. On s’empressa aussitôt autour des trois malheureux sauvés, et on les conduisit chez le patron Leprêtre, où ils reçurent tous les secours dont ils avaient un urgent besoin.

Ce mémorable sauvetage est, de l’aveu des personnes qui y ont assisté, le plus dangereux et le plus difficile de tous ceux opérés par la station de Gravelines, et j’ose dire qu’il a fallu chez nos marins toute l’énergie, je dirai presque du désespoir, pour triompher des difficultés qu’ils ont rencontrées dans cette circonstance.

Le canot a montré des qualités très remarquables, qui ont fait l’admiration des nombreux spectateurs presque tous compétents pour en juger. Aussi nos marins ont-ils en lui, surtout depuis cette dernière épreuve, une confiance illimitée.

 

 :

Le courage et l’esprit de dévouement sont assurément pour un équipage des qualités essentielles, mais la force matérielle joue aussi un rôle important. Gravelines en est un exemple. Tous les canotiers de cette embarcation sont doués d’une force herculéenne, et nous serions très heureux d’avoir partout des équipages capables de courber en trois heures de nage les tolets de leurs avirons.


Source

BNF Gallica Annales de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés

 

 

 

La Société Centrale de Sauvetage des Naufragés attribue

 

Médaille    Or    

Leprêtre Pierre Joseph

Médaille        Argent    2

 Daubelcourt  - Evrard Jean  Baptiste – Lefébure -  Lemaire B

Médaille    de    Bronze

 Agez Frédéric  - Dubius -   Evrard Joseph -   Fournier Théodore -   Lemaire Baptiste Antoine -   Plachot -   Pleuvret -   Vérove -