19 janvier 1868

Naufrage du trois-mâts dunkerquois NOE

11 personnes sauvées - Décès d'un pilote

 

 

 

 

Armement du Commerce

Wynnaert

Armement de l'Industrie

Breynaert

 

 

Dunkerque :

Le trois-mâts dunkerquois NOE, venant de Marseille sous le commandement du capitaine Camus, chargé de 400 tonnes de blé, se mit en dérive en arrivant devant le port de Dunkerque. A 8h00 du matin il s’échouait devant le Braek Bank.

2 remorqueurs à roues le COMMERCE et l’INDUSTRIE se dépêchent sur les lieux du sinistre.

Avant qu'ils aient pu l'atteindre le navire talonne violemment sur le Braeck Bank et se défonce. 6 membres de l’équipage qui s’étaient sauvés dans une chaloupe sont recueillis par l’INDUSTRIE.

Un second canot monté par sept survivants chavire sous le coup d’une déferlante. Le COMMERCE recueille 5 de ces malheureux. Le pilote Louis Verhaeghe,* père de plusieurs enfants, ayant été tué par un fort coup de roulis.

Les rescapés sont ramenés au port à 23h30.

Rapport de mer du capitaine Wynnaert commandant le remorqueur Commerce 


Le dimanche 19 janvier, 
Etant en train de faire le plein de ma chaudière par une tempête de vent d'ouest, plusieurs navires se trouvant mouillés sur notre rade en attendant les grandes marées pour entrer, je me tenais en observation sur le rempart avec le capitaine du remorqueur INDUSTRIE, quand, vers huit heures du matin, nous avons vu le trois-mâts NOE chasser sur ses ancres et mettre son pavillon en berne. Le capitaine Breynaert se trouvant en pression rentra ses allures et fit route à toute vapeur vers le navire en détresse. Je fis immédiatement allumer et pousser les feux avec la plus grande rapidité. Quarante minutes après, je quittai le port et nous nous dirigeâmes à toute vapeur vers le navire en détresse. Nous n'étions pas à la mer de 10 minutes, que je vis le navire NOE s'échouer sur le Braeck-Banc où il tomba en travers, la mer déferlant et le couvrant  de l’avant à l’arrière.  Je continuai ma route vers le navire à toute vitesse, passant sur le banc il ne restait plus que 9 à 10 pieds de haut. La mer était très grosse.  Je gouvernais ainsi afin de pouvoir ranger le navire le plus près possible et tâcher de sauver tout ou partie de l'équipage. Arrivé à 60 mètres environ, je vis 2 canots dont le porte manteau monté par 7 hommes d'équipage,  l'autre, la chaloupe était montée de 5 hommes.
Quand tout à coup un coup de mer déferlant dans le porte manteau le fit chavirer. Les 7 malheureux se retrouvèrent à la nage. Je fis manœuvre à la machine et gouverner de manière à rejoindre les hommes qui étaient à la mer. Moi et mon équipage avons jeté des lignes des aussières et tout ce que nous avions sous la main sur les naufragés qui se débattaient dans l'eau. Nous sommes parvenus, avec tous les efforts possibles, à sauver 6 de ces malheureux. Mais nous avons eu la douleur d'avoir à déplorer la perte du pilote Louis Verhaegue qui était, dans ce moment, le pilote dudit navire. Ce dernier s'était cramponné dans la roue tribord quand dans un fort coup de roulis, il reçut un coup de palette sur la tête qui fit jaillir le sang sur l'eau. La force lui manqua et l'homme coula au fond de la mer. Les 5 hommes qui montaient la chaloupe furent sauvés et ramenés au port par le capitaine Breynaert. Sitôt le sauvetage terminé, nous avons prodigué aux naufragés tous les soins possibles puis avons fait route vers le port où nous les avons débarqués vers 11h30.

Signé Wynnaert 

Rapport du capitaine Breynaert

Dimanche , 19/1/68 vers 8h du matin, j’aperçus le 3 mâts NOE de Dunkerque mouiller sur la rade en dérive. Je partis aussitôt avec le remorqueur INDUSTRIE. Arrivé en dehors des jetées, j'ai vu que ce navire talonnait sur le Breack bank . Je gouvernai sur lui à toute vapeur et chemin faisant, je fis disposer pour lui envoyer la remorque. À 8h30 je me trouvais le long du bord du navire en détresse mais il n'était pas encore débarrassé d'une grande masse de chênes ou chaînes ?  qui le tenait debout au vent et au courant. Il talonnait tellement que ses mâts tremblaient. Je dis au capitaine de démailler ses chaînes ou de les filer par le bout mais il m'a répondu qu'il ne pouvait faire aucune de ces manœuvres et que son navire faisait beaucoup d'eau. La marée baissant toujours et le vent fraîchissant encore, la mer devenant de plus en plus grosse sur le banc, le navire talonnait de plus en plus fort.  J’engageai alors monsieur Camus à mettre sa chaloupe à la mer et à venir à mon bord le plus tôt possible avec son équipage. Sur ce il m'a répondu qu'il devait observer son navire. Je lui dis qu'il pourrait l’observer à bord du vapeur et qu'on ne retournera au port que quand le navire sera totalement échoué, et qu'il était inutile de rester à bord plus longtemps puisque son navire faisait de l'eau et qu'il ne pouvait se débarrasser de ses chaînes et par conséquent être remorqué. La chaloupe fut aussitôt mise à l'eau ainsi que le canot porte manteau qui était amarré à l'arrière . On commença à embarquer les effets dans la chaloupe. Cette opération dura très longtemps et voyant que le navire approchait de la bouée 6, endroit le plus sec du break et par conséquent où la mer brise le plus,  j’ étais à quelques mètres du navire. Je leur dis qu’ils allaient tous se perdre. Je jetai la sonde un peu à l'est de lui et trouvai 3 mètres d’eau. L’INDUSTRIE calant deux mètres, la levée à cet endroit étant à peu près d'un mètre,  je me retirai un peu en dedans du navire à une centaine de mètres environ.  Un instant après le NOE s’échoua tout à fait en présentant son côté tribord à la lame qui déferlait par-dessus lui. Enfin la chaloupe et le canot abandonnèrent le navire. Je fis tout de suite route sur eux malgré le peu d'eau qui restait sur le banc. Arrivé à une petite distance des embarcations qui fuyaient devant la lame,  un coup de mer déferla  par-dessus le porte manteau et le coula . Je fis stopper de suite et je leur jetai   des bouts, des  amarres  mais aucun d'eux ne put les attraper. Heureusement le remorqueur COMMERCE qui était sorti du port pour venir à mon aide se trouvant quelques mètres derrière moi,  put sauver les hommes sauf le pilote qui a été tué dans un fort coup de roulis. Pendant ce temps-là la chaloupe qui était montée du reste de l'équipage et  chargée de tous les effets s'était engagé dans mes roues et menaçait de sombrer.  Nous en  retirâmes avec peine les 5 hommes ainsi que les effets. Après l’avoir débarrassée et vidée de l’eau  qu'elle contenait, je le pris à la remorque et je fis route pour le port où je suis arrivé à 11h30

* Son corps sera retrouvé le 27 juin 1869 à la côte

 

Sources

Archives municipales de Dunkerque – Michel Dahaene « Drames en mer »

Archives municipales de Dunkerque –Fortune de mer sur les bancs de Flandre – Jean-Luc Porhel

L'Autorité du 20 janvier 1868

Archives du pilotage de Dunkerque

 

 

 

Durée

de la sortie

15H00