6 janvier 1868

Sauvetage du bateau pêcheur LA JEUNE LEONORE

3 personnes sauvées

 

Participants au sauvetage:

bateau pêcheur de Calais et Dunkerque

 

Dunkerque :

A six heures du matin, le bateau-pêcheur LA JEUNE LEONORE, de Calais, se trouvait à la cape, dans la mer du Nord, par une forte brise de sud-ouest. Lorsque les hommes du bord aperçurent, à un mille de distance environ dans le ouest-nord-ouest un navire courant sur eux tribord-amures. Le bateau-pécheur avait son feu réglementaire, toutefois, le navire continue à se diriger sur lui, une torche fut allumée mais sans obtenir le résultat espéré, aucune manœuvre ne fut faite à bord, de ce navire pour éviter le bateau pêcheur et il se trouva bientôt à une faible distance de celui-ci, et afin de se faire entendre, puisque les feux n’avaient point été vus, les hommes de l’équipage se mirent à crier tous ensemble. Sourd et aveugle, le navire, au lieu de mettre sa barre à tribord, loffa et au contraire vint se jeter sur LA JEUNE LEONORE.

Le choc fut si violent qu’avec son étrave il lui enfonça les pavois de tribord, et que son beaupré lui brisa en trois morceaux le grand mât et lui enleva le mât d’artimon. Persuadés que leur bateau allait couler, trois des marins pêcheurs s’élancèrent à bord du navire cause de ce désastre, où ils furent recueillis, ils apprirent plus tard que c’était la barge russe LE BORIS, du port de Libau (Courlande).

A peine remis de l’épreuve qu’ils venaient de subir, ils adjurèrent le capitaine de virer de bord, afin de porter secours à leurs compagnons. Malgré leurs supplications, celui-ci se refusa à diriger son navire sur le lieu du sinistre, et, sans se préoccuper autrement des malheureux marins qu’il abandonnait ainsi dans une situation désespérée, il poursuivit sa route.

Cependant les autres marins de l’équipage du bateau-pêcheur avaient également essayé à s’élancer sur le BORIS, moins heureux que-leurs trois camarades, ils échouèrent dans leur tentative. Trois d’entre eux, parmi lesquels se trouvait le mousse, tombèrent à la mer, un quatrième resta engagé sur le pont dans une manœuvre.

Le mousse fut immédiatement englouti, il disparut dans les flots en appelant son père, qui, affaibli par le froid, maîtrisé par le vent et la vague, s’épuisa en vains efforts, et ne put être que le désolé spectateur de la perte de son enfant. Lui-même, ainsi que l’autre marin, après une demi-heure de lutte, ne parvinrent à échapper à la mort qu’en s’accrochant aux débris flottants du grand mât, et grâce à l’aide que s’empressa de leur prêter le marin resté providentiellement à bord du bateau-pêcheur. Le BORIS avait fait route pour Yarmouth, où, cinq jours après l’événement, il débarquait les trois marins pêcheurs qui s’étaient réfugiés à son bord.

Quant à la JEUNE LEONORE, sur laquelle se trouvaient les trois autres marins, sans moyens de se gouverner, jouet du vent et des flots, elle se laissait aller à la dérive, multipliant ses signaux de détresse, qui heureusement furent aperçus, vers neuf heures du matin, par deux bateaux-pêcheurs de Dunkerque et de Calais, qui se hâtèrent de lui porter secours.

 

 

Source

BNF Gallica Annales de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés