25 août 1968

Naufrage du CHARLOT
33 personnes sauvées, 2 disparus

 

Patron du canot
Louis Bossu
Mécanicien
Richard Renault
Canotiers
Jean Vandycke et Fernand Vandecasteele
Crs de surveillance de plage de Dunkerque
Crs de surveillance de plage de Malo-les-Bains
Sapeurs-pompiers de Dunkerque
Sapeurs-pompiers de Malo-les-Bains
Des passagers ou témoins du drame

Yacht club de la mer du Nord



Dunkerque
 

16H35 L’AMIRAL RONARC'H appareille pour se rendre sur la plage de Malo-les-Bains où le bateau de promenade en mer baptisé CHARLOT vient de se renverser avec ses passagers.

Vent de nord-est force 6, mer houleuse, bonne visibilité.

Le canot rentre à la station à 19H40



Les faits

A quelques dizaines de mètres de la plage noire de monde, un véhicule amphibie* transportant trente-cinq personnes se retourne. Deux passagères ont péri : une femme de Raillencourt, mère de cinq enfants et une fillette de 3 ans, de Mons-en-Barœul

Un véhicule amphibie, baptisé CHARLOT, pour les promenades mer, s'est retourné quelques minutes après avoir quitté la plage de Malo-les-Bains. Deux des passagers sont morts noyés. Cet accident aurait pu être une catastrophe, car il y avait plus de trente-cinq personnes à bord. Il a eu pour témoins les innombrables estivants qui se trouvaient sur les deux plages de Dunkerque et Malo-les-Bains.

Ils avaient pu voir, vers seize heures, le CHARLOT ancienne barge de débarquement G.M.C, carrossée en bateau d'excursion, la coque rouge et jaune aux couleurs de Malo-les-Bains s'engager dans la mer mouvementée. Le vent soufflait du nord 45 kmh. Les vagues formaient des rouleaux sur l'eau. Sur les postes des plages de Dunkerque et Malo-les-Bains avait été hissé le pavillon jaune orangé signifiant baignades dangereuses, mais surveillées.

Le grand cri de détresse des passagers fut entendu sur toute la plage. Les CRS bientôt rejoints par ceux de Malo-les-Bains par des témoins puis par les sapeurs-pompiers des deux localités dont les hommes grenouilles de Dunkerque, recueillirent les passagers qui se trouvaient dans l'eau, notamment les enfants. Les adultes avaient de l’eau jusqu’au cou, mais des vagues les submergeaient. Certains regagnèrent le sable par leurs propres moyens et même prêtèrent main forte aux sauveteurs.

Tous les rescapés furent transportés par les ambulances à travers les rues de Dunkerque, Malo et Rosendaël à l’hôpital où malgré la période des vacances le directeur avait rapidement rassemblé en temps utile les médecins spécialistes et le personnel nécessaire pour donner des soins à 35 personnes. La plupart des personnes hospitalisées allaient quitter le soir même ou le lendemain l’établissement après avoir reçu le les soins nécessaires. Leur état était totalement satisfaisant.

Deux personnes seulement, sur la trentaine admise dimanche étaient encore hospitalisées le lundi après-midi : Mlle Claude Tribout de Roost-Warendin atteinte d'un traumatisme un genou et Mme Suzanne Defossé de Mouvaux souffrant de deux fractures à la côte sans déplacement et de contusions à une jambe.

Deux personnes noyées

Malheureusement, deux passagères étaient restées dans le véhicule, une enfant de 3 ans Emmanuelle Bayart d’Amiens, fille de M et Mme Alain Bayart Gouart de Mons -en Bareul et une mère de famille Mme Josiane Zielinski de Raillencourt St Odile

Les parents de la petite Emmanuelle l’avait emmenée dimanche avec sa sœur jumelle. Tous les 4 étaient montés à bord du CHARLOT. Mme Josiane Zielinski accompagnait son mari et ses cinq enfants. Le père réussit à prendre ses 5 enfants mais perdit de vue son épouse dont le corps devait être dégagé plus tard. En effet, le nombre exact des passagers n'était pas connu et les sauveteurs continuaient les recherches autour de l’amphibie renversé dont les roues émergeaient de la surface de l'eau. Plusieurs Zodiacs patrouillaient et deux de ces embarcations se retournèrent même à un quart d'heure d'intervalle, tant la mer était mauvaise.

Les sapeurs-pompiers défonçaient à la hache la coque de contreplaqué et de polyester du Charlot . Trente-cinq minutes après l'accident, le corps de la fillette et quelques minutes plus tard, celui de Mme Zelinski étaient retrouvés prisonniers à l’intérieur de l'amphibie.

 

Réanimation d’une fillette

Une fillette, la petite Marielle de Hersin-Coupigny, avait pourtant inquiété ses sauveteurs. Le C.R.S. parti le premier au-devant des naufragés l’avait recueillie, inanimée. II entreprit le bouche bouche dans l'eau, mais à bout de forces lui-même, car il avait déjà reconduit des rescapés sur terre ferme, il dut abandonner et il passa Marielle au brigadier qui était à côté de lui. Celui-ci continua le bouche à bouche et comme il atteignait la plage, la fillette eut un hoquet qui rétablit sa respiration. Elle était sauvée. Dans l'ambulance, elle fut l’objet d’inhalations et à l’hôpital où elle entra avec ses parents, M et Mme Derisbourg, et elle fut placé sous la tente à oxygène. Elle a pu rentrer chez elle ensuite.

Garde à vue du conducteur

Le conducteur propriétaire du CHARLOT fut mis en garde à vue puis remis en liberté.

En même temps que s’organisaient les secours, une enquête judiciaire commençait, menée par le commissaire de police, Duran. Le propriétaire et conducteur du Charlot M. Roland Verhaege, 40 ans, commerçant en électro-ménager de Rosendaël, fut interrogé et gardé à vue, avant d’être déféré au parquet de Dunkerque le lundi matin puis remis en liberté. Le Parquet s'est d'ailleurs dessaisi de l'affaire au profit de l’Inscription Maritime, compétente dans un tel accident de navigation. C'est donc cette administration qui aura à estimer si M. Verhaege a commis une faute et peut être tenu pour responsable de la mort de deux de ses passagers.

Le véhicule amphibie parfaitement assuré était régulièrement examiné par l'Inspection de Navigation et M. Verhaege est titulaire d'une autorisation de naviguer en transportant 40 adultes et 7 enfants. Il connaît bien la plage, puisqu'il en est à sa 18e saison et affirme que c‘est une lame de fond qui a renversé le Charlot

Témoignages :

Le conducteur

Je partais tout droit, nous a-t-il déclaré, et une lame m 'a mis de travers. J’ai essayé alors de revenir vers la plage mais les vagues m'en empêchaient. Alors, le bateau s'est soulevé et tout le monde s'est mis du mauvais côté puis il s'est mis sur le flanc et il est resté un moment comme cela.
Tous les gens ont pu s'en aller et moi je suis parti après et je croyais qu'il n’y avait plus personne qui restait. Ensuite le CHARLOT s’est retourné complètement. Les deux victimes étaient probablement restées coincées dans les banquettes qui ne sont pas fixées sur le pont car cela est interdit.

Une question reste à apprécier : Celle des conditions climatiques.
Était-il prudent de partir en mer alors que les vagues menaçaient et compte tenu que l'autorisation livrée M. Verhaege précise : Pour promenade par beau temps.

L'interprétation des termes pèsera lourd dans ce dossier,

Un maître-nageur sauveteur de Dunkerque

Le CHARLOT est parti tout droit et il a essuyé plusieurs fortes vagues. Je le suivais à la jumelle. Après avoir roulé sur le sable, il atteint une profondeur d'eau suffisante et il s'est mis à flotter. Une forte vague est passée par-dessus parallèlement au rivage, l'avant tourné vers la Belgique. J'ai vu de la fumée noire sortir du tube d’échappement. Sans doute, le conducteur excitait-il son moteur. Mais les vagues faisaient rapprocher l’amphibie de la côte et ses roues ont touché le sable. Alors j’ai compris qu'il allait se renverser.

Mes camarades sont partis sur le Zodiac. et moi je me suis approché du CHARLOT à la nage. Il se soulevait d'un côté et des passagers se jetaient l'eau ou bien y étaient précipités. Puis l’amphibie s'est retourné

Un rescapé à sa sortie de l’hôpital :

Le visage encore marqué par la tragédie rapide à laquelle il avait été mêlé, grelottant dans son léger polo échancré sous la morsure du vent trop frais de cette soirée, un habitant de Mouvaux, qui se trouvait à bord de la voiture amphibie en compagnie de sa jeune épouse a relaté dimanche soir les circonstances du drame.

Je suis arrivé ce matin sur la plage pour y passer la journée et, ma femme et moi avons remarqué le bateau amphibie qui roulait sur le sable, il ne faisait pas très beau et l'après-midi. pour passer le temps, nous avons eu l’idée de faire un tour en mer. J 'avais pris avec moi mon appareil photo : je voulais prendre une photo de la plage depuis la mer.

Nous sommes donc montés à bord et nous nous sommes assis sur les sièges du côté droit. Il y avait, m’a-t-il semblé, bien du monde, puisque des personnes étaient restées debout dans l'allée centrale. Des jeunes enfants aussi, une famille de sept enfants, une autre de cinq.

Quand nous sommes rentrés dans l'eau, nous avons été aussitôt secoués par les vagues. Des paquets d'eau sont passés par-dessus le pare-brise du conducteur. Puis il y a eu une plus grosse vague encore qui, elle, est passée au-dessus du toit du bateau et aussitôt nous avons eu de  l’eau à hauteur des genoux. (30 à 40 cm dans le fond de l’amphibie)

J'ai réussi à prendre une photo J’ai refermé mon appareil et l’ai mis dans ma poche C'est alors que le bateau a commencé à se mettre en travers. Je ne saurais dire si le moteur marchait encore.

Une première fois poussés par une grosse vague, nous avons failli chavirer. Immédiatement 2 passagers ont sauté dans l’eau. Une 2e vague est arrivée. Ma femme ne sait pas nager. J’ai eu le temps de lui dire « Tiens moi par le côté » et nous avons basculé avec le bateau dans la mer. Toutes les personnes qui étaient en face de nous ont été précipitées sur nous et nous avons coulé.

Par bonheur l’amphibie qui aurait pu nous écraser a flotté quelques instant, roues en l’air et j'ai réussi à me dégager seul d'abord, ma femme avait lâché prise. Je suis retourné sous le bateau pour aller la chercher. A cet endroit, nous n’avions pas pied. En nageant et soutenant ma femme, j'ai réussi à regagner la plage. Puis nous avons été transportés en ambulance à l’hôpital



Noms des rescapés qui ont reçu des soins à l’hôpital de Dunkerque outre les personnes déjà citées

Alain Darras, Mme Viviane Villain 23 ans de Sinceny par Chauny , Christiane Vannick de Migny Rouy, Roger,Jean-louis et Jeanine Delory et Dominique Prudhomme de Nœux-les-Mines, Eliane Coevoet, Mme Druez , Jean-Marc, Arthur et Maryse de Godewaersvelde, Lydia et Sylvia Campanie de Hénin-Liétard, M et Mme Caramen et Patricia Musette, 6 ans de Lessines

Alerté  le Yacht club de la mer du Nord demande à ses adhérents d'aider les secours

Je soussigné Vanaerde Jean-Francois demeurant à Tourcoing 51 bd Gambetta propriétaire du bateau piscator 2 ( cabin-cruiser sea bird de chez jeanneau) immatriculé à dunkerque dk 1193, déclare par la présente avoir pris la mer le dimanche 25 août 1968 vers 17 heures, sur appel des sapeurs-pompiers de Dunkerque (par l’intermédiaire du yacht club de la mer du nord) réclamant de bons nageurs sur de petites embarcations ayant un faible tirant d’eau, afin de porter secours au bateau amphibie CHARLOT chaviré devant la plage de Malo-les-Bains, face au casino, à environ 200 mètres en mer. L’état de la mer étant « agité » vent de nordet force 5 rafales 6.

A hauteur du Jaguar , entre ce dernier et la jetée est, plusieurs lames rapprochées ont retourné l’embarcation qui, sous l'effet des vagues et du vent fut portée sur les contreforts de la jetée est où le bateau s’est fracassé.

Les personnes à bord ont pu, en s’agrippant pendant 1 heure au bateau retourné, rejoindre la jetée et regagner le yacht club.

Plusieurs bateaux ont tenté de porter secours mais sans résultat étant donné l’état de la mer (j’ai d’ailleurs appris par la suite que l’un d’eux avait été drossé également sur la jetée est.

Les passagers étaient du cabin-cruiser : 

Vanaerde Jean Francois père et fils, Vandamme RogerCastelin Hervé qui s'étaient portés volontaires comme bons nageurs.




 







 




 

Le CHARLOT, dédié aux promenades en mer,  était, à l'origine, un véhicule amphibie GMC DUKW 353 Duck -
Véhicule américain présent au débarquement - 6 juin 1944 à la pointe du Hoc -  et dans les opérations de la seconde guerre mondiale.

Charlot ex GMC
GMC DUKW 353

Très prisé par les touristes et les enfants présents sur les plages de Dunkerque c'était un élément incontournable du tourisme...

Charlot redressé

Sources

Voix du Nord du 26 août

Rapport de sortie de la station de sauvetage SNSM de Dunkerque

Rapport assurance familleVanaerde

Credit photo 

Archives municipales de Dunkerque Voix du Nord

Collection photo Alain Lefol

SIte Loutan.net