2 novembre 1867

Sauvetage du brick anglais SPRING

5 hommes sauvés

 

 

 

 

Patron du canot : Pierre Ficquet

 

Sous patron : Pierre Delugny

 

Armement du canot : Joseph Pierre Louis Bommelaer - Benoît Boone - Auguste Cordier--

Antoine Damman - Demaumeret - Everaert -Charles Gossin - Charles Louis Gosselin - Moret

Roose - Eugène Valembroucke--Pierre Versaille

 

Patron remorqueur : Breynaert

 

Armement de l'Industrie

 


Dunkerque :

 

A neuf heures du matin, le sémaphore de Dunkerque ayant signalé le naufrage, à trois lieues au large, d’un navire dont on n’apercevait plus de terre qu’une partie de la mâture, plusieurs hommes dévoués, pilotes, employés des ponts et chaussées, capitaine et équipage du remorqueur, se présentèrent aussitôt pour tenter, s’il était possible, le sauvetage.

 

Immédiatement, un équipage de neuf hommes fut constitué pour le canot de la Société Humaine. Ficquet était désigné comme patron. Le remorqueur INDUSTRIE poussa ses feux et, dès qu’il eut assez d’eau, il sortit, traînant derrière lui le canot de secours dont il avait pris momentanément l’équipage à bord. Sous l’influence d’un vent violent de nord-nord-est la mer était très mauvaise.

 

A peine en dehors des jetées, le navire enfourna à plusieurs reprises, au point que l’on put craindre d’être obligé de rebrousser chemin. La machine, où l’on excédait d’un huitième la pression réglementaire, parce qu’il fallait, à tout prix, aller de l’avant et avancer rapidement, recevait à chaque minute des torrents d’eau de mer que les pompes ne suffisaient pas à épuiser : le mécanicien, dans l’eau jusqu’à mi-jambe, redoutait une explosion.

 

On franchit cependant les hauts-fonds de l’entrée du port et l’on traversa la rade. En arrivant sur le plateau du Breack-Bank, on se trouva au milieu d’une mer démontée et tellement furieuse, que les lames passaient par dessus la passerelle et que la claire-voie du panneau de l’arrière, qui était saisie en dedans et pesait 400 kilos, fut violemment arrachée.

 

On vit alors, sur la vergue du navire coulé, une petite masse noire qui semblait avoir une forme humaine. Quelques instants après, on vit cette masse se déplacer : on apercevait donc réellement un homme. C’était le premier indice sûr que l’on eût de la présence de naufragés sur la mâture. Cette certitude ranima les courages et l’on s’obstina à franchir le Break-Bank, et l’on y parvint.

 

En approchant, l’on se rendit de mieux en mieux compte de la situation. Le navire était coulé sur le récif de l’In-Ruytingen, à dix milles dans le nord-nord-ouest du port. Un seul de ses mâts, qui était un grand mât de brick, était encore debout. La mer arrivait presque jusqu’à la hune, qui était protégée, du côté du nord, par le hunier encore largue. Sur cette hune et derrière la voile que le vent et la mer du large collaient contre le mât, se tenaient blottis quatre hommes presque nus, dont le sauvetage devait être évidemment très difficile, car la mer était fort dure sur le récif et les naufragés semblaient peu capables de seconder les efforts des sauveteurs.

 

Quoi qu’il en soit le capitaine Breynaert, dont je tiens à citer le nom dans cette enceinte, n’hésite pas à stopper à l’ouest et un peu au vent de la mâture, le canot de sauvetage que dirige Ficquet est accosté sous le vent et les neuf pilotes et matelots y embarquent en saisissant le moment des embellies. Il s’approche de la hune, une forte ligne est lancée aux naufragés qui l’amarrent au-dessus d’eux dans les haubans. Le va-et-vient établi, un des naufragés se jette à la mer et se laisse glisser le long de la ligne. Le canot approche en même temps et le recueille.

 

Quelques minutes après, on profite d’une nouvelle embellie pour recueillir un autre homme, et ainsi de suite jusqu’à ce que tous soient dans l’embarcation de la Société humaine. Il était temps.

 

Au moment où le dernier homme embarquait, une lame énorme vint couvrir la mâture et obliger les canotiers à lâcher le va-et-vient. Si quelqu’un s’était encore à ce moment, trouvé dans la hune, il est bien douteux qu’il eût réussi à s’y tenir. La mer montait, d’ailleurs, et un quart d’heure plus tard, elle devait entièrement couvrir l’épave.

 

Tout n’était pas fini. L’équipage du canot sauveteur et les passagers avaient à monter à bord du remorqueur. Cette opération fut longue et difficile. Peu s’en fallut que l’embarcation ne fut chavirée sous le flanc du vapeur. Tout s’acheva cependant heureusement, grâce aux efforts persévérants de chacun, principalement de Ficquet et du capitaine Breynaert, et bientôt on se remettait en route pour le port, non sans danger de perdre eu chemin le canot de sauvetage, dont, les remorques cassèrent deux fois.

Le navire naufragé était le brick anglais SPRING commandé par Georges Peake. Le second avait été tué par la chute du mât de misaine.

Les cinq hommes formant le reste de l’équipage, venaient d’être sauvés, grâce au dévouement des marins conduits par Ficquet, qui, dans cette journée, fut, ainsi que le capitaine Breynaert, remarquable autant par son sang-froid que par son habileté de manœuvre.

 

Source 

BNF Gallica  Annales de la société centrale de sauvetage des naufragés

 

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