21 aout 1963

*Sauvetage du BELIER*

4 marins sauvés 3 noyés
 

 

Patron du Canot

Roger Verbanck

 

Armement du CANODALA

Emile Haegaert

 

Le pêcheur d'anguilles
Falenga
 

Les plongeurs

Gilbert Fasquel, Battez, Fournier

Dunkerque

le TWICKENHAM FERRY s'apprête  à entrer dans le port. C'est une manœuvre classique et un habitué des lieux. Deux remorqueurs se mettent en place pour l'assister dans ses opérations d'accostage. En approche de l'écluse Wattier, le remorqueur ROBUSTE est en flèche et le BELIER ( construit en 1931) se place à l'arrière. Les remorques sont fixées et les manœuvres commencent.

Soudain alors que le ferry s'engage dans l'écluse, le croc de remorquage qui le relie au BELIER se tend, nous sommes en 1963 et le remorqueur, un des plus anciens en service, n'a aucune possibilité de défaire rapidement la remorque.

Le BELIER est alors pris dans les remous des hélices du ferry, il est ballotté en tous sens et soudain, c'est le drame, le BELIER chavire brutalement et coule instantanément.

Trois matelots et le capitaine sont secourus par le CANODALA et transportés à l’hôpital. Mais trois hommes, qui se trouvaient à l’intérieur du remorqueur, surpris dans leurs activités par la soudaineté de l'incident ont sombré avec lui. Dans les heures qui suivent, deux des trois corps sont remontés à la surface par des plongeurs. Il y a le corps du mousse, âgé de 17 ans, qui était en train de nettoyer les cabines. Le corps du chef mécanicien est lui aussi remonté à la surface par un scaphandrier. Détail horrible, celui-ci reconnaît alors son propre père qui travaillait ce jour dans le remorqueur.

L'accident vu par les sauveteurs :

Le canot s'était placé au vent du ferry, donc sur tribord et se laissait glisser à l'arrière, tandis que le TWICKENHAM entrait dans le sas..

MM. Verbanck et Deturck virent alors, à quelques mètres d'eux, le BELIER s'enfoncer et chavirer. Acceptant tous les risques, dans une mer soulevée par de violents remous, ils se portèrent sur les lieux du naufrage, sachant que la chaudière risquait d'exploser.

Le premier rescapé que nous avons repéré sur l'eau, nous confia Verbanck, était le matelot Wadoux. Nous l'avons hissé  à bord. Puis ce fut au tour de Lobbedey qui nous criait : Je n'en peux plus !!. Nous avons continué à faire des ronds dans l'eau et avons vu la tête du capitaine Massemin émergeant. Il avait pu passer au dernier moment une bouée couronne.

Quant au quatrième homme, le matelot Salenbier c'est miracle s'il a pu en réchapper. Un pied-noir, M Falenga, rapatrié d'Algérie posait au même moment ses lignes pour la pêche aux anguilles. Il repéra le matelot Salenbier et, avec son canot, arriva sur lui. Il lui maintint la tête hors de l'eau jusqu'au moment où nous avons pu le rejoindre et le hisser à son tour à bord, Vous savez le reste. Nous avons transféré par la suite les quatre rescapés à bord du remorqueur HARDI.

Il s'en fallut de quelques secondes que le matelot Jean Pierre Salenbier  ne s'ajoutât aux nombre des victimes. La face bleue, la bave aux lèvres il était à bout de forces et inconscient quand il fut tiré de l'eau.Il devait être réanimé et recevoir des soins particulièrement énergiques des pompiers et à l'hôpital qu'il sera le dernier à quitter

Ce court récit avait la sécheresse d'un rapport. Car, pour les hommes du  CANODALA, c'était une simple question de solidarité humaine, une mission que leur assignait leur conscience de marins. Pourtant, pour sauver ces quatre vies, les deux canotiers ont risqué la leur, en agissant avec un admirable sang-froid.

Cette somme de courage n'apparaît pas dans le tragique bilan d'une catastrophe. A peine apparaît-elle dans cette phrase laconique des dépêches d'agence : « Il y a quatre rescapés ».

Equipage MAURICE MARGUERITE

Le CANODALA

 

Ce (petit) Saint-Bernard est  le canot de l'A.L.A. (CANODALA), chargé d'assister les ferry-boats dans leurs opérations d'amarrage. Combien d'hommes lui doivent la vie ? Il est difficile de faire le compte de ses activités de sauveteur. Il y eut ce groupe de dockers de l'A.L.A, qui, voici quelques années, furent précipités à l'eau par une amarre. Le « Canodala » était là pour les repêcher. Il y eut aussi le naufrage du remorqueur AUDACIEUX dans des circonstances identiques à celles du drame de mercredi dernier. C'est encore lui, avec la bordée Ingouf, qui recueillit les rescapés. Plus récemment, ce fut l'accident de trois enfants qui se noyaient sur la plage de Saint-Pol et qui furent recueillis in extremis par les canotiers du ferry. Le 15 août dernier, la bordée composée de M. Roger Verbanck patron et de M. Maurice Dett était avertie par le capitaine du ferry, qu'un bateau du Yacht Club chavirait dans le chenal. Le CANODALA arriva sur les lieux et recueillit les deux yachtmen, redressa le voilier et ramena occupants et bateau à bon port ; moins d'une semaine plus tard c'était le drame du BELIER dans lequel les mêmes hommes allaient jouer un rôle capital.

Le CANODALA est en passe de devenir le coéquipier de l'AMIRAL RONARCH, ce grand saint-Bernard du port et l'A.L.A. une annexe de la station de sauvetage.

Témoignage des rescapés

A l'hôpital, atterrés, les quatre rescapés n'ont pu, bien entendu donner de  renseignements sur les circonstances exactes du sinistre. Le capitaine Massemin, qui jouit d'une excellente réputation de manœuvrier venait d'apprendre la mort du chef mécanicien Fasquel, cousin germain de sa femme. Mais ils ont fait un récit du drame qui s'est joué à bord.

J'étais à mon poste sur la passerelle a précisé le capitaine. Julien Wadoux, Eugène Lobbedey et Jean Pierre Salenbier travaillaient sur le pont. En bas dans la machine, il y avait mon cousin Fasquel et le chauffeur Livoury. Le mousse Robert Cousin était à l'arrière dans le logement du chef mécanicien qu'il était chargé de nettoyer. Tout s'est passé très vite. Nous avons crié "Nous coulons" mais ni le mousse ni nos deux camarades de la machine n'ont pu remonter à temps. Le bateau s'est d'abord enfoncé de l'arrière. L'eau est arrivée à la hauteur de la passerelle. Combien de temps suis-je resté dans l'eau ? Je n'en sais rien. J'ai été repêché, comme mes trois compagnons par le canot du ferry.

Le matelot Lobbedey racontait de son coté

Quand le bateau a coulé nous avons tenté de nous tenir en équilibre sur la quille. Puis le BELIER a coulé, j ai été pris dans les remous. J'ai coulé plusieurs fois avant d’être hissé à bord du canot.

 La tragique journée de Gilbert Fasquel  sauveteur et homme grenouille

15 heures 40, Le BELIER vient de couler devant l'écluse Watier. Tous les hommes-grenouilles sont sur les lieux immédiatement pour entreprendre les recherches. Attention. Il y a trois hommes au fond.

Parmi les techniciens de l'atelier. l'équipe de M. Lefebvre, chef d'armement, un homme blêmit, Gilbert Fasquel. Dans l'équipage du BELIER -- sept hommes -- il y avait le mécanicien Joseph Fasquel, son propre père.

A l'écluse Wattier, à une encablure de l'entrée du sas, une tache de mazout s'étendait sur le lieu du sinistre. On mobilisa le remorqueur Goéland de la E.G.T.M, affectée à la construction de la jetée est. Puis, les opérations de plongée s'organisèrent aussitôt. sous la direction de M. Lefebvre.

L'équipe à pied d’œuvre avait appris que quatre marins venaient d'être repêchés et étaient en route pour l'hôpital.

Gilbert Fasquel, vêtu de sa combinaison d'homme-grenouille, ignorait-il que son père n'était pas parmi ces rescapés ? Il disparut dans les flots noircis par le mazout et dix longues minutes s'écoulèrent devant une foule déjà nombreuse de personnalités maritimes, de marins silencieux, bouleversés par le drame qui se jouait à 100 mètres de Ià, au fond de l'eau. Enfin le câble se tendit : la tête de l'homme-grenouille émergea et avec lui, un corps sans vie, couvert de vase, le père du sauveteur….
Une heure après le drame, un autre homme-grenouille du remorquage M. Battez ramenait à la surface le corps du mousse Robert Cousin mais il n'a pas encore été possible de dégager celui de M Livoury qui se trouvait dans la chaufferie.

Travaux de renflouement

 

Au prix  d'un travail exténuant, l'épave du remorqueur BELIER a été relevée et dégagée de l'entrée du port

 

Après le naufrage, l'urgence des services du port de Dunkerque était de dégager, dans les plus courts délais, l'entrée de l'écluse Watier, obstruée par l'épave.  Certes, l'écluse Trystram pouvait étaler  tout le trafic des cargos, mais au prix d'une surexploitation intensive et de légers retards dans les mouvements. En outre, il fallait libérer au plus vite le petrolier Purfina France  et le minéralier Tarfala qui ne pouvaient sortir du port que par cette voie.

Dès mercredi soir, tous les moyens nécessaires furent mobilisés pour cette tâche. Le Remorquage du Nord affectait plusieurs bâtiments à ces travaux et toute son équipe de scaphandriers. Toute la nuit et durant la journée d'hier, ces onze spécialistes des travaux sous-marins, parmi lesquels MM. Fournier et Battez, ayant déjà plongé pour l'enlèvement de deux corps, devaient se relayer sans arrêt au fond des eaux, travailler sans désemparer dans des conditions extrémement pénibles et jusqu'à l'épuisement pour libérer la grande entrée du port de Dunkerque. - Le pavillon à mi-drisse sert de signe de deuil.

 

Le remorquage, dont les opérations étaient dirigées par M. Lefebvre, chef d'armement, travaillait en étroite collaboration avec les services techniques de la chambre de commerce et de la capitainerie. On utilisait, pour la première fois pour ce genre d'opération la nouvelle bigue de 250 tonnes. Le personnel de la bigue et des services maritimes oeuvra également d'arrache-pied durant plus de 24 heures, au relevage de l'épave.

 

L'opération d'élingage commença dans la nuit. Travail très minutieux et difficile, il se poursuivit jusqu'à 15 heures. Le crachin et la brume noyaient l'avant-port mais heureusement les vents se maintenaient, au secteur ouest-sud-ouest dominant, assurant un plan d'eau assez calme. Les remorqueurs, TRIOMPHANT COMPLAISANT ET SUPERBE arboraient le pavillon à mi-drisse signe de deuil.

 

On sait qu'un corps, celui du chauffeur Livoury, se trouvait toujours dans l'épave. Les scaphandriers parvinrent à passer leurs élingues par les écubiers et sous tube étarnbot. Une foule considérable, que la police locale devait canaliser, suivait du quai et des terrasses de l'écluse chaque phase des opération supervisées par MM. Guitonneat directeur du port,  Mallegarie, chef d'exploitation,  Fève, ingénieur d'arrondissement, Couinandre, adjoint au commandant de port, ainsi que pour le remorquage, par MM. Achile Dekeyser, directeur de la S.R.S.N et de Saboulin Bollena, secrétaire général.
Vers 16 heures, la bigue commença à relever lentement l'épave.

La première opération consistait à riper le remorqueur en dehors de la passe de l'écluse. Assisté du TRIOMPHANT, du GLORIEUX et du SUPERBE, le puissant engin de levage s'écarta de l'entrée du sas supportant l'épave toujours invisible. Vers 16 h. 30, le sommet d'un mat émergea, puis un tube noir et enfin toutes les superstructures. 

La bigue pouvait alors s'approcher du terre-plein ouest de l'écluse Watier pour déposer son chargement de 21 tonnes sur les hauts fonds en bordure du quai. On tenta d'abord de renflouer entièrement le bateau, mais sa position avec une gite sensible ne le permit pas.

Finalement on devait échouer le BELIER un peu plus loin, vers l'est où il sera vidé par les pompes des remorqueurs. On dégagea, peu après, le corps du malheureux chauffeur, M. Livoury. Le trafic par l'écluse Watier pu reprendre dans la soirée.

Le BELIER

C'est un des plus anciens remorqueurs de la société

Bâtiment de 700 chevaux

24 m 60 de long.

Construit à Dunkerque, aux chantiers Ziegler en 1931.

Remorquer BELIER de 1936

De la sécurité des mouvements de remorquage, le 23 août 1963

Le TWICKENAM commençait à embouquer le sas en battant avant et s'y engageait déjà quand, sur l'arrière, le BELIER commandé par M. Massemin fut brusquement pris dans les remous. Désemparé, traîné par le ferry, il prit de l'eau. Son arrière s'enfonça et chavirant sur babord, coula en un instant.

Cet accident repose un problème qui s'est déjà, hélas plusieurs fois présenté dans les mêmes circonstances, le déclenchement du croc pour larguer la remorque et libérer le remorqueur en cas de péril immédiat. Déjà, deux bâtiments ont disparu, entraînés par la remorque arrière qui ne peut être larguée à temps l' AUDACIEUX et le COURAGEUX . Un mort sur le premier, deux sur le second. La terrible tension de la remorque a une fois de plus empêché le declenchement du croc. On sait qu'un système de croc automatique a été mis au point. Souhaitons que les études soient poursuivies dans ce sens pour éviter d'autres pertes humaines. Car, cette fois, le bilan est plus tragique encore.

Les victimes

Les rescapés

 

Alphonse Massemin Commandant du Belier

 

Julien Wadoux Matelot

 

Eugène  Lobbedey Matelot

 

Jean Pierre Salenbier Matelot

Le Belier en opération de remorquage

Sources

Centre de la Mémoire Urbaine La Voix du Nord

Archives personnelles Jean-Pierre Salenbier

 

 

Joseph Fasquel  43 ans Chef mécanicien

Coudekerque- Branche

Marié 2 enfants

 

Robert Cousin 17 ans Novice

Petite-Synthe

 

Raymond Livoury  52 ans Matelot chauffeur

Loon-Plage

Marié 4 enfants