3 décembre 1855

-Sauvetage du CAP COD-

Équipage sauvé

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Commandant du Rubens

Poussier E.

Armement

Petit Frédéric, Mansard, Olivier,

Leloir, Mauger,

 

 

Océan indien

La mer est affreuse, le vent souffle en grains épouvantables de la partie du S.O. Le RUBENS, trois-mâts de l'armement Beck, se trouve alors par 14°31 latitude sud et 76°12 de longitude du méridien de Paris. Vers une heure de la nuit, le capitaine dunkerquois Poussier aperçoit à petite distance de lui, et par bâbord, un navire à trois-mâts sans aucune voilure, son mât de misaine, son beaupré et son gouvernail cassés, son arrière en partie défoncé, le reste de la mâture et tout le gréement dans le plus grand désordre.

« Aussitôt je fis carguer la misaine, border la brigantine, les deux ris, et pris bâbord amures sous mes deux huniers, deux ris et le petit foc, afin de m'approcher assez près sous le vent pour mieux reconnaître sa position ; au même instant, le pavillon du navire américain nommé CAP COD de Boston, capitaine Rouland H., de Crosly, flottait à sa poupe, en signe de détresse ; tout l'équipage de ce navire était à la pompe, et le navire tout à fait à la bande tribord ; quand je fus assez près, je mis en panne et hissais nos couleurs ; au même instant, une embarcation est mise à la mer, et vers deux heures et demie du soir, le maître d'équipage et douze matelots du navire en danger montent à bord sans avoir éprouvé aucun mal. Il renvoie de suite le même canot, monté de son maître équipage, Petit Frédéric, et de quatre matelots, les nommés Mansard, Olivier, Leloir et Mauger, qui, à mon premier commandement, se précipitèrent dans le canot pour aller chercher le reste des naufragés ; je changeai d'amures pour me rapprocher du navire en danger, au même instant nous aperçûmes un navire à trois-mâts par tribord, distance de quatre milles, courant largue, et ne faisant aucune attention à nos manœuvres. Une embarcation du navire américain fut mise à la mer, et vers cinq heures, capitaine, officiers et matelots, au nombre de vingt-trois, montèrent à bord sans accident.

Le temps était précieux pour se rendre jusqu'à nous, car les grains augmentaient en force, et vers cinq heures et demie du soir, tout le côté de tribord dudit navire était submergé, l'eau sur le pont ; vers six heures nous l’avons perdu de vue dans un fort grain qui n'a cessé que dans la nuit.

Le 12 octobre, par 23°02 latitude sud et 61° 24 longitude est, nous avons parlé au trois-mâts SAINT LOUIS de Marseille, venant du dit lieu et allant à Maurice, dont le capitaine a bien voulu me prendre douze matelots naufragés pour être remis au Consul américain aussitôt son arrivée.

Le 16 courant, par 26° 49 lat. sud et 51° 21 long. est, échange avec le trois-mâts americain JOSIAH GUACY , venant de Calcutta et allant à Boston ; le capitaine dudit navire a bien voulu me prendre le reste des naufragés, et à leur demande, pour être débarqués à Boston, port de leur armement.

Aussitôt, le canot débordé du bord, je continuai ma route en la dirigeant pour doubler le cap de Bonne Espérance. Le 4 avril, je rentrai au port de Dunkerque.

Source : 20 novembre 1856 L’Autorité