23 décembre 1852

Sauvetage du brick espagnol SAN GINES

7 hommes sauvés

 

 

Patron du Jeune Alphonse : Gabriel Huré

 

Armement du Jeune Alphonse : Adrien Antoine Clou

Pierre François Jonneckin - Jacques François Cordier

André Henri Spinnewin - Cornil François Rogier

Charles Henri Keller - Matthieu Désiré Truck

Jean François Pannequin

 

Patron de l'Abondance : François Delpierre

 

Armement de l'Abondance :

Jean Auguste Bourdel - Jacques Louis Marchal

Charles Auguste Damman - Pierre Louis Ancel

Jean Everaert - Victor Lacomte - Auguste Léon Grenet
 

Dunkerque :

Le brick espagnol SAN GINES de Bilbao capitaine José Ascensio de Uribes est au nombre des navires qui ont été victimes de la tempête de ces derniers jours. Voici les détails que le Commerce de Dunkerque, publie sur ce naufrage, qui a été signalé par les péripéties les plus émouvantes.

Ce navire, qui avait pris à Hambourg un chargement de blé en destination de Liverpool, a, dans la nuit du 23 de ce mois, vers deux heures du matin, touché sur le Tartel, banc qui se trouve à environ quatorze ou seize miles dans le Nord-Est du port de Dunkerque. Afin de relever le navire, le capitaine dut aussitôt jeter à la mer une partie de son chargement. Voyant que cette manœuvre ne l’allégeait pas suffisamment, il fit monter sa chaloupe par trois hommes pour la tenir prête à sauver l’équipage du péril qui devenait à chaque instant plus imminent, et la fit amarrer au navire au moyen de deux bosses.

Les mats et les haubans de bâbord ayant ensuite été coupés sur l’ordre du capitaine, les mâtures tombèrent à tribord, et firent, par leur poids et la violence de leur chute, incliner complètement le navire de ce côté. Chacun dut songer alors à son propre salut, malheureusement, le canot, qu’un affreux coup de mer avait enlevé du navire, ne put, malgré les efforts des trois hommes qui le montaient, atteindre le bâtiment chaviré.

Le navire se trouvant presque entièrement submergé, le capitaine, homme courageux et énergique, s’empara d’une main de son jeune frère et du petit mousse, et de l’autre se tint cramponné aux débris flottants du navire. Il eut la force de les tenir dans cette position pendant près d’une heure, en essayant de les soulever chaque fois qu’une vague venait s’abattre sur eux. Mais les infortunés jeunes gens ne pouvant plus se maintenir et ayant d’ailleurs perdu tout sentiment, le capitaine dut, dans cet instant suprême, forcément lâcher prise, car une lame plus furieuse que les autres vint s’abattre sur eux et les séparer pour toujours.

Les naufragés restèrent ainsi suspendus sur l’abîme jusque vers sept heures du matin, lorsqu’ après cinq heures de mortelles angoisses, ils furent aperçus par le bateau pécheur ABONDANCE de Dunkerque, patron Delpierre, qui parvint, non sans danger, car la mer continuait d’être furieuse, et le vent soufflait toujours avec violence, à accoster le navire coulé.
Le patron Delpierre rapporte que durant le sauvetage, le capitaine a été admirable de courage et de sang-froid. Le bateau pêcheur est entré dans le port à onze heure du matin, et bientôt après les naufragés eurent l’inexprimable bonheur d’embrasser leurs trois camarades qui avaient été enlevés du navire dans la chaloupe ; non moins providentiellement sauvés, ces derniers avaient été recueillis en mer par le patron Gabriel Hure, du bateau JEUNE ALPHONSE, qui est entré au port ayant l’heureuse chaloupe à sa remorque.

Ce terrible naufrage fera d’autant plus époque dans la vie du brave capitaine Ascensio de Uribes, que non seulement il a perdu son jeune frère, ainsi que nous l’avons dit, mais qu’il a encore eu la douleur de voir périr son beau-frère sans pouvoir lui porter aucun secours.

5 hommes de l’équipage du brick SAN GINES ont aussi péri, sans compter un sixième qui, en sortant de l’Elbe, étant tombé à l’eau, s’y est noyé. Immédiatement après leur débarquement, les naufragés ont été conduits chez M. Pierre Chamonin, vice-consul de Sardaigne et d’Espagne, qui leur a procuré aussitôt les secours les plus généreux.

 

La version  rapportée par le vice-consul dans son discours de remise des décorations apporte des compléments interessants:

Dans la nuit du 22 au 23 décembre 1852 pendant que tout le monde se reposait à Dunkerque un drame des plus émouvants se passait dans la rade de ce port.

Le navire espagnol SAN GINES de Bilboa capitaine De Uribe, se rendant de Hambourg à Liverpool avec un chargement de blé, ayant été surpris par la brume et ayant dérivé sous l’effet des courants, vint talonner sur le Cartel où malgré tous les efforts de l’équipage pour alléger le navire il ne tarda pas à sombrer.

Des 12 hommes qui composaient l’équipage sept seulement purent être sauvés dans les circonstances dont nous allons avoir l’honneur de vous entretenir.

Il était 2H00 du matin, le danger augmentait considérablement. On mit la chaloupe à la mer dans laquelle trois hommes s’embarquèrent pour l’empêcher de se briser contre le navire.

Mais une lame plus violente que les autres vint tomber à bord et séparer l’embarcation et malgré les efforts des hommes qui la montaient elle partit en dérive. Ils errèrent alors à l’aventure jusqu’au petit matin.

Ils aperçurent enfin le bateau de pêche Jeune Alphonse de Dunkerque patron Gabriel Huret auquel ils firent des signes de détresse.

Les ayant aperçus ce bateau fit route sur eux afin de les rejoindre, mais ce ne fut qu’avec beaucoup de peine que l’équipage du JEUNE ALPHONSE put recueillir les naufragés.

La chaloupe coulait déjà par l'effet de l’eau qu'elle faisait de toutes parts. Il fallut néanmoins y descendre pour en retirer les 3 hommes qui s’y trouvaient et qui étaient tellement exténués de fatigue et complètement engourdis par le froid.

Une fois ces malheureux à bord du bateau pêcheur les sauveteurs s’empressaient de leur prodiguer tous les soins que nécessitait leur position et ils débarquèrent ensuite à Dunkerque vers 11h30 du matin.

Peu de temps après que la chaloupe ait été séparée du San Gines celui-ci coula. Les 9 hommes restants se cramponnèrent aux débris du navire. Quand vint le jour plusieurs d’entre eux avaient disparus.

Vers 6h00 du matin l’ABONDANCE Patron Delpierre ayant aperçu un débris fit route sur eux et les pêcheurs remarquèrent qu’il s’y trouvait des naufragés et ils ne réussirent qu’en courant eux-mêmes de grands dangers ayant été obligé pour y parvenir de casser les pistolets du navire avec le devant de leur bateau.

Enfin après avoir lutté pendant près de 2 heures contre la grosse mer et avoir abordé les débris à trois reprises différentes ils eurent le bonheur de sauver 4 des hommes qu’y s’y trouvaient encore. Le 5e n’ayant pu être dégagé des cordages avec lequel il s’était amarré.

Lorsque les 4 hommes furent à bord du bateau ils reçurent non seulement tous les secours dont ils avaient besoin mais le patron Delpierre comme ses marins partagèrent aussi leurs vêtements. Puis à demi vêtus les sauveteurs se dirigèrent vers le port de Dunkerque ou ils débarquèrent vers 11h00 du matin.

 

Source

BNF Gallica Journal des débats politiques et littéraires

Archives de Dunkerque - Centre de la Mémoire Urbaine d'Agglomération

 

 

 

 

Sur décision de sa Majesté Catherine

Les patrons des bateaux recevront la

Croix d'argent Diadème Royal

et les membres des équipages la

Croix Simple de Maria Isabel Luise

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