17 JANVIER 1940 

Sauvetage du chalutier dragueur de mines  NOTRE DAME DES DUNES*

24 personnes sauvés

* Ce dragueur fera l'objet d'une sortie de sauvetage en mars 1940

Aeronaute à la mer

Commandant canot

Edouard Brunet

Sous-patron

Charles Dollet

Mécaniciens

Jules Brunet, mécanicien ; Charles Dollet

Canotiers

Eugène Lefébure, Auguste Lefébure,
Julien Àgneray et Edouard Whitehead

Allocution de remise des décorations afférentes au naufrage

Dans la nuit du 16 au 17 janvier 1940, vers minuit, au cours d'une violente tempête de N.-E., un petit bâtiment de guerre ayant chassé sur ses ancres, est jeté à la côte en face de Fort-Mardyck. Les vingt-quatre hommes qui l'arment se trouvent en extrême péril. Le canot de sauvetage à moteurs Maurice-Pinel, de la station de Gravelines, est rapidement armé. Dès la sortie du port de Grand-Fort-Philippe, le canot doit affronter une mer très dure. Les bourrasques de neige se succèdent sans interruption. Le froid est tel que le projecteur est recouvert d'une épaisse couche de glace ; voiles et filins raidis par la gelée sont inutilisables. Les projecteurs de la côte guident notre canot qui, après beaucoup de difficultés, réussit à rallier le bateau entouré de brisants. Les vingt-quatre naufragés se jettent tour à tour dans les bras des canotiers en profitant du moment où les coups de roulis les rapprochent du canot de sauvetage. Au bout d'une heure, tous les naufragés sont à bord. Le patron Brunet manœuvre habilement pour se dégager des brisants, puis gagne le large et ramène sains et saufs les marins qu'il a recueillis.

Prix Pierre et Marguerite Engelt (2.000 francs).

Prix Marie-Antoinette Bourgeois" (1.000 francs)

Prix Émile Robin (500 francs) à l'armement du canot de sauvetage à moteurs Maurice-Pinel.  

Médaille d'Or Vice-Amiral de Jonquières au patron Edouard Brunet. 

Médaille d'Or Commandant Jean Pascal au sous-patron Charles Dollet

Médailles de Bronze aux canotiers Jules Brunet,Charles Dollet , Eugène Lefébure, Auguste Lefébure,Julien Àgneray et Edouard Whitehead

LL'Amiral, commandant le Secteur de Défense, a écrit :

Le sauvetage des vingt-quatre hommes du patrouilleur X... est bien l'un des plus beaux actes de dévouement et de courage dont puisse s'enorgueillir l'élite des patrons et des équipages des canots de la Société Centrale

Monsieur le Ministre de la Marine a bien voulu consacrer ce sauvetage en attribuant pour fait de guerre la Croix de Chevalier de la Légion d'honneur au patron Edouard Brunet.
Celui-ci et ses vaillants camarades ont ajouté une belle page aux annales déjà riches de leur station. La Société Centrale est fière de leur valeureux exploit.


Gravelines

A 23H45 le sémaphore de Petit-Fort-Philippe, par le Commandant du Front de Mer de Dunkerque nous faisait demander pour aller au secours de l'équipage du patrouilleur dragueur de mines NOTRE DAME DES DUNES, composé de vingt-quatre hommes, à la côte en face du Fort-Mardyck.
Il faisait gros temps de vent N.-E. avec bourrasques de neige, mer très dure, avec un froid glacial tel qu'il aurait été impossible de mouiller ou de hisser une voile, notre projecteur avait dix centimètres d'épaisseur de glace.
Je fis prévenir aussitôt l'armement et préparer les moteurs avec l'eau chaude du chauffe-eau et mettre bien tout en marche en attendant que l'eau monte pour pouvoir sortir du port. Il était à ce moment là 2 heures du matin. Nous fîmes route sur l'endroit indiqué et guidés par les projecteurs de Dunkerque, nous aperçûmes le patrouilleur à la côte.
Nous nous approchâmes de lui et avec bien des difficultés nous parvînmes à l'accoster à bâbord milieu. Les vingt-quatre naufragés se jetèrent tour à tour dans les bras des canotiers en profitant du roulis, car il était impossible de se servir de filins.
Nous sommes restés près d'une heure pour embarquer les vingt-quatre naufragés. Aussitôt tout le monde à bord, je fis route à 500 tours pour doubler les brisants et gagner le large et ensuite faire route pour Gravelines, où nous sommes rentrés vers 6 heures du matin avec les naufragés et l'équipage sains et saufs. Je les fis bien se réchauffer. Je félicite mon équipage de sa bravoure et de sa bonne tenue à la mer ainsi que mon fils pour sa première sortie en remplacement de mécanicien mobilisé : il fit très bien fonctionner les moteurs

Source

Annales de la Société centrale de sauvetage des naufragés

Interview d'Edouard Brunet, patron du canot de sauvetage de Gravelines, par un journaliste de l'INTRANSIGEANT.( 23 avril 1940)

Il raconte son dernier exploit.

 

C’était en hiver. Je fus réveillé par des coups à la porte. Il était minuit. Je demande :
" Qui est là ?
- Mairie, un appel du sémaphore. "

On est vite vêtu dans ces cas. Je vais ouvrir. L’employé de la mairie était acagnardé dans la porte. Dame, il faisait froid et le vent, chargé de neige, soufflait en bourrasques.

Comme j’allais partir, mon fils me dit : Je vais chauffer mes moteurs et prévenir les gars.

Il faut que je vous explique : le mécanicien du canot venait d’être mobilisé ; aussi mon fils, qui a 19 ans, s’offrait à le remplacer. "Va, lui dis-je, je te retrouverai au canot". Il me fallait des renseignements. J’allai à la mairie téléphoner au sémaphore. On me donna la position du bateau.

C’était un petit chalutier équipé en dragueur de mines qui avait mouillé le soir même, dans un abri de la côte. Dans un fort coup de vent, son ancre avait chassé et le bateau, en talonnant sur un banc, avait cassé son hélice ; une voie d’eau s’était déclarée ; il avait dérivé, puis à nouveau, il s’était échoué dangereusement.

On ne m’en dit pas tant tout de suite. Il fallait faire vite. 24 hommes se trouvaient à bord. Je me hâtai vers l’abri. Près de la porte, le thermomètre marquait moins 18 degrés. Les canotiers avaient rallié, au complet. Il étaient sept, déjà bottés et revêtus de leur ciré. Il fallait attendre ! La mer était basse et il n’y avait pas encore assez d’eau sur la cale de lancement.

On s’occupa : on fit tourner les moteurs, on vérifia tout soigneusement ; ce sauvetage promettait d’être difficile. Le vent du nord-ouest, qui soufflait en rafales, est celui qui, ici, fait les mers les plus mauvaises.

Par grosse mer, à 2 heures du matin seulement, on put mettre à l’eau le canot. On trouva dehors une mer très forte. Il fallait faire route contre les lames en les épaulant un peu par bâbord.

Elles accouraient... Le bateau tossait dur. Malgré l’abri des roofs, nous étions trempés. L’eau gelait sur nous et sur tout. Il y eut bientôt dix centimètres de glace sur les bordés.

Il eut été impossible de hisser la voile. Ferlée près du mât, elle était un bloc de glace. Les moteurs tournaient bien...

Aviez-vous une longue route à faire ?

Sept milles environ, entre la côte et le banc de la passe.

Voyiez-vous la côte ?

Nous naviguions dans la nuit au compas, en nous aidant d’abord les bouées de la passe, ensuite du phare de Dunkerque. Par moments, les bourrasques de neige cessaient alors notre visibilité s’améliorait.

Utilisiez-vous votre projecteur, pour découvrir les bouées ?

Couvert d’eau à chaque tangage, notre projecteur était un bloc de glace.

Une minuscule étoile...

Nous avons navigué ainsi deux heures, gagnant contre la mer, et puis, à 200 mètres à peu près, nous avons aperçu une vacillante et minuscule étoile. Ce pouvait être un feu de mât obscurci par la glace. Nous nous sommes approchés plus lentement. A 25 mètres à peine, nous avons distingué une coque de navire couché sur la droite, cap au sud-ouest.

Le canot vint aussitôt cap au nord. A ce moment, le phare de Dunkerque, tout proche, fixa ses puissants projecteurs sur le chalutier en détresse. La vapeur qui s’échappait du bateau devint irradiante, éclairant la nuit d’une grande lueur.

Sur le pont, balayé par les lames, les hommes se tenaient agglomérés en deux blocs, l’un au côté gauche de la passerelle, l’autre sur la claire-voie de la machine. Le navire, soulevé par la mer, retombait toujours sur tribord. Le canot vint à accoster.

Le sauvetage

l était impossible de se servir des filins gelés, dit Edouard Brunet. Et il était difficile de se maintenir au long du vapeur. Il fallut que les naufragés, profitant des bons roulis, sautent un à un. Nous les recevions dans nos bras. Parfois la mer nous écartait. On revenait. Cela dura une heure pour embarquer les 24 hommes.

Aussitôt tout le monde à bord, je fis mettre à 500 tours pour doubler les brisants, gagner le large et ensuite faire route sur Gravelines, où nous sommes rentrés vers 6 heures du matin avec les naufragés et l’équipage sains et saufs. Je les fis bien se réchauffer et je félicitai mon équipage de sa bravoure et de sa bonne tenue à la mer ; je félicitai aussi mon fils qui fit très bien fonctionner les moteurs.

Et les naufragés, que vous ont-ils dit ?

Ils ont dit qu’ils croyaient bien qu’il était presque impossible de venir à leur secours, mais qu’ils ont eu quand même un peu d’espoir quand le commandant du front de mer leur eut fait savoir, par radio, que le canot de Gravelines était sorti. Alors nous, on a répondu :

« On est sauveteurs ou on ne l'est pas ! »

Le commandant du vapeur nous a félicités ; il a aussi félicité ses hommes pour leur endurance, le calme et la discipline dont ils avaient fait preuve... Oui, je crois bien que c’est cela qu’il a dit.

Et le bateau, patron, que devint-il ?

Après la tempête, la marine réussit à le renflouer. Ce fut une belle manœuvre, il est réparé. Ajoutons que les sept hommes d’équipage du canot de sauvetage recevront pour ce sauvetage la médaille de la Marine marchande. Ajoutons aussi que le jeune Jules Brunet s’est, depuis, engagé dans la marine, et encore ce détail que nous confia Mme Brunet :

"Après cette nuit, mon fils a eu une bronchite et mon mari... il ne vous le dira pas, mais il a souffert de l’onglée pendant un mois.

-C’est si peu de chose, dit Edouard Brunet."

 

 

Source

L'iNTRANSIGEANT du 23  AVRIL 1940

 

 

 

 

Portrait Edouard Brunet

Le patron Edouard Brunet 

récipiendaire de la Légion d'Honneur

Durée de la sortie 

6H00