21 octobre 1839

-Sauvetage du SAINT JAMES-

16 personnes sauvées

 

 

Brick goélette DORADE

Hippolyte Vanhoutte

 

 

 

 

Détroit de Gibraltar

 

Le brick goélette LA DORADE, de Dunkerque, entré hier en notre port, a recueilli à  bord et amené ici seize naufragés composant I’équipage du navire américain SAINT JAMES de Castine, sombré   à la mer vers l’embouchure du détroit de Gibraltar. On ne saurait trop louer la conduite humaine et courageuse du capitaine Hippolyte Vanhoutte de Dunkerque que nous allons laisser lui-même raconter sa généreuse action :

Le 21 octobre, à trois heures du soir, étant, par estime, à douze lieues dans le S. 1/4 S.-E. du cap Saint-Vincent, avec bonne brise de N.-N.-O., la mer très houleuse j’aperçus tant soit peu sous le vent, dans le lointain, une embarcation qui faisait des signaux. Je pensai tout de suite que c'était quelque naufragé en détresse, et fis route sur lui. Lorsque je l’eus atteint, je vis effectivement que c’était le canot (un  navire avec six hommes) ; je les pris à mon bord, et ils me dirent que leur chaloupe était encore plus loin avec neuf hommes et la femme du capitaine ; que lorsqu’ils m'avaient aperçu ils avaient pris l’avance, afin de ne point me perdre de vue. Je pris tout de suite le canot à la remorque, et fis route à toutes voiles dans la direction qu’ils m’indiquèrent, et, une demi-heure après, j’aperçus la chaloupe qui ne pouvait faire route, par le manque d’avirons et de gouvernail. Enfin j’eus le bonheur d’atteindre ces malheureux, et, les ayant pris à mon bord, j’embarquai aussi leur canot, que j’avais à la remorque, et mis la chaloupe à sa place.

Malgré le vent et l’agitation de la mer, cette manœuvre se fit assez promptement et sans blesser personne. Mon premier soin fut, après avoir mis en route, de prodiguer à ces malheureux naufragés tous les secours qui étaient en mon pouvoir, et que réclamait leur position. Heureux d'avoir réussi à sauver du péril quinze hommes et une femme qui luttaient depuis deux jours et demi contre les éléments, dans deux frêles embarcations. Ces hommes formaient tout l’équipage du trois-mâts américain le SAINT-JAMES, de Castine, capitaine David Howe, parti de Cadix le 15 octobre au matin, chargé de sel, allant à Castines (Nord-Amérique), et coulé le 19 octobre au matin, par suite d'une voie d’eau que, malgré tous leurs efforts, ils n'ont pu parvenir à franchir. Deux jours après que ces hommes furent à mon bord, je fus forcé de mettre à la ration ; car j’étais alors à soixante lieues de terre, encalminé avec des vents toujours contraires. Le 26 octobre, à onze heures du matin, je parlai au capitaine d’un navire anglais qui se rendait de Londres à Rio-Janeiro, lequel me donna quelques provisions en pain et viande, mais point d'eau ; et c’était ce dont j’avais le plus besoin, car, quoique je fusse assez bien approvisionné pour mon équipage de huit hommes, je devais en manquer en partageant entre vingt-quatre. Le 28 octobre, à huit heures du matin, toujours entraîné par les vents, j’eus le bonheur de rencontrer le brick de guerre français la TACTIQUE, commandé par M. le comte  Pongis, lieutenant de vaisseau, parti de Rochefort le 23 octobre, allant à Rio-Janeiro. Ce brave officier, auquel je fis mon rapport, me donna environ 12 kilos de divers légumes, et 53 kilos de bons biscuits  pour le compte de mon armateur, quelques petits rafraichissements pour la femme  du capitaine, et deux fortes pièces d’eau, que j’avais déjà vidées depuis mon départ de Madagascar. Il me félicita d’avoir  bien agi envers ces naufragés et me recommanda de continuer à les bien traiter, pour mon honneur et celui du pavillon français.  Enfin, le 3  octobre, le vent ayant changé et m’étant devenu favorable, j'ai continué ma route jusqu’au 8 novembre que j’ai donné dans le port du Havre, et mis ces seize personnes à la disposition du commissaire de marine du port et du consul américain, les ayant eues à mon bord pendant dix-neuf jours, et ayant fait un trajet de quatre cents lieues. »

La Société Centrale de naufragés lui attribue une médaille  le 20 novembre

Source

Le Moniteur Universel 12 novembre 1839