8 aout 1937

-Sauvetage de la malle PRINCESSE MARIE JOSE-

750 personnes sauvées, 4 blessées

 

 

 

 

 

 

 

 

Patron du Trapu

Thomas Salomont

Armement des remorqueurs Trapu,  Dogue, Bélier et Costaud

 

 

DUNKERQUE

Il était minuit 30. La malle PRINCESSE MARIE JOSE, venant de Douvres et se rendant à Ostende, où elle devait arriver à deux heures, passait devant Dunkerque à environ trois milles. A ce moment, un vapeur anglais, le CLAN MAC NEIL, se disposait à entrer au port. Alors qu'il effectuait son mouvement près de la bouée 12, il aborda par le travers babord, un peu en arrière de la passerelle, le paquebot sur  le pont duquel se tenaient presque tous les passagers.

Ceux-ci, au nombre de sept cent cinquante, des jeunes filles pour la plupart, faisaient partie d'un voyage organisé dont le but était Lucerne et Bâle. Et trois trains spéciaux  les attendaient en gare d'Ostende.

Le capitaine Timmermans, qui commandait la malle PRINCESSE MARIE JOSE, se rendant compte du danger que courait son navire, n'hésita pas une seconde à le diriger vers le port. Il put ainsi l'amener dans le nouvel avant-port, à une centaine de mètres du quai d'embecquetage de l'écluse maritime où il l'échoua. Des « S.O.S. » avaient été lancés et les officiers du port, alertés, prévinrent la Société de remorquage. Pendant que le lieutenant Berquin se rendait à bord de la malle, le commandant Ledru prenait la direction des secours. Quatre remorqueurs rallièrent la malle, où ne régnait pas la moindre panique et procédèrent à une série de transbordements pour débarquer les passagers à l'écluse Guillain.

 

Remerciements et analyses

Avant de reprendre la mer, le capitaine Timmermans, commandant le paquebot, était allé remercier de leur zèle et de leurs attentions l'ingénieur en chef des Ponts-et-Chaussées et le commandant du port. Le temps lui manquait pour poursuivre le cours de ses démarches reconnaissantes, car il désirait, comme il était juste, exprimer aussi sa gratitude aux représentants de toutes les administrations dont la collaboration avait réduit à leur minimum les risques du danger et les tourments des passagers.

 

N'est-ce point, en effet, grâce à l'empressement pratique et à la sollicitude compréhensive de tous les services chargés de résoudre sur-le-champ de multiples problèmes que les sept cent cinquante voyageurs furent sauvés de la mort, que tous se trouvaient à terre moins de deux heures après l'abordage et que, deux heures plus tard, ils avaient tous quitté Dunkerque à destination d'Ostende, d'où ils purent continuer leur voyage ?

Autorités administratives et communales, direction des Ponts-et-Chaussées et bureaux du port, remorquage, police, chemin de fer, douane, tous ces organismes complexes fonctionnèrent en parfaite harmonie et, à mesure que les événements se déroulaient, s'aplanissaient les obstacles soulevés par une situation aussi grave qu'imprévue.

A mesure que les six remorqueurs amenaient successivement à l'écluse Guillain les sept cent cinquante passagers, ceux-ci étaient accueillis au « British Memorial Institute » ; et pendant que le commandant du port dirigeait toute cette manœuvre qu'il avait organisée en quelques minutes, le chef principal des gares s'occupait des moyens d'évacuation des touristes et le lieutenant de Douanes faisait convoyer bagages enregistrés et colis précieux, évitant ainsi à leurs propriétaires  les inutiles formalités d'un transit occasionnel.

Il est deux hommes qu'il faut féliciter, deux marins de classe qui, l'un et l'autre armés du plus magnifique sang-froid, se sont remarquablement entendus au cours des instants tragiques qui ont suivi la collision.

Le commandant Timmermans, qui, sur la passerelle de PRINCESSE MARIE JOSE, se rendant compte du danger, décida résolument de mettre son navire « au plein », de l'échouer sur la côte et d'éviter ainsi un terrible naufrage.

Le capitaine Salomont, du remorqueur  TRAPU , qui comprit aussitôt les intentions du commandant Timmermans, se mit à sa disposition, le guida par la sirène et le projecteur et, doucement, l'amena dans le nouvel avant-port, l'empêchant de se briser sur les jetées...

Ainsi, tout le monde avait fait son devoir. Il importait de réserver une mention à ces deux marins : l'un belge, l'autre français, qui, par leur connaissance et leur entente, ont réduit à ses moindres proportions un sinistre qui eût pu être la plus épouvantable des catastrophes.

Les passagers

Des voitures d'ambulance de l'Hospice et de la Chambre de Commerce étaient requises également, car quatre passagères étaient blessées et M. le docteur Merveille les faisait transporter à l'hôpital.

Miss D. Holmes, 16, Southway Wagertree, à Liverpool, qui a des fractures compliquées de la jambe droite, du bras et du pied gauches.

Les passagères qui ont subi l'amputation d'une jambe sont

Miss Annie Zoli, 40 ans, demeurant à Londres, St Camden Town, 58,

Miss M.A. Richarson, domiciliée à Hammersmith, 78, Breckenburg Road.

Miss Smith, de Breaston, près de Nottingham également. 
Miss E.V. Zoli, sœur de la précédente, est atteinte de contusions multiples, mais sans gravité exceptionnelle.

Les conséquences de cette collision qui aurait pu être une catastrophe se réduiront aux blessures de quatre passagers, sur plus de 700 personnes à bord, et à des dommages matériels dont l'importance a été circonscrite grâce aux mesures efficaces prises immédiatement.

Il convient de féliciter les services du port, de police et du chemin de fer pour la diligence qu'ils ont déployée pour acheminer le plus rapidement possible, vers Ostende, les nombreux passagers de la malle. Quatre cent vingt-cinq d'entre eux ont pu, en effet, prendre place dans le train régulier quittant Dunkerque à 4 h. 45 pour la Belgique. Les autres ont eu à leur disposition les autobus de la Compagnie des tramways qui sont aussitôt partis pour Ostende.

 

L'enquête  

A Dunkerque, M. Cojan, administrateur en chef de l'Inscription maritime, assisté de MM. Six, inspecteur de la navigation, et Vanrenterghem, pilote, poursuit son enquête.

Il a notamment entendu le pilote dunkerquois M. Herrou, qui se trouvait à bord du vapeur, le capitaine, M. Scott-Smith , le second capitaine, M. Coultas, le troisième officier, M. William Thomas, et un marin hindou, de quart lors de l'abordage.

Le commandant, M. Scott-Smith, a déclaré que la visibilité n'était pas mauvaise. Il manœuvrait pour entrer au port lorsqu'il vit, arrivant du sud-ouest, un navire qu'il prit pour un cargo demandant l'entrée au port. Ce bâtiment, dès lors, devail normalement stopper pour attendre l'autorisation.

Le bateau se présentant de côté, la ligne de hublots éclairés le fit reconnaître : il s'agissait d'un paquebot dont l'allure, au demeurant, restait rapide. Le commandant du vapeur anglais ordonna « machine arrière », mais il était trop tard : la collision ne pouvait plus être évitée.

Où sont les torts ? Les avis changent suivant qu'on interroge les unes ou les autres des personnes compétentes.

La question des responsabilités devra être plaidée devant les tribunaux dunkerquois très vraisemblablement. Me Dubuisson a été chargé de défendre les intérêts du gouvernement belge, qui exploite le service des malles Ostende-Douvres ; quant à la Compagnie d'assurances de la Société d'Armement britannique, à laquelle appartient le « Clan Macneil », elle a choisi Me Adam.

Réparations et retour  à Anvers

 

Des tôles avaient été disposées à l'endroit de la brèche et, au cours de la nuit de lundi à mardi, le bâtiment avait flotté. Alors qu'un remorqueur l'avait maintenu vers la mer pour éviter qu'il s'avançât davantage dans l'avant-port, il fallut dès lors mettre à la disposition du navire un deuxième remorqueur pour l'empêcher d'être trop vite entraîné par le reflux vers la mer.

Il convenait dès lors d'envisager l'entrée de la malle au port. L'opération fut prévue pour 14 heures et les remorqueurs TRAPU, DOGUE, BELIER, COSTAUD, se mirent à la disposition du bateau sinistré. Bientôt, PRINCESSE MARIE JOSE sortait de l'avant-port pour doubler l'ancienne jetée ouest, halé par ce même « TRAPU qui l'avait si heureusement guidé vers le chenal, dans la nuit de dimanche. La malle accosta au quai Félix-Faure devant les trois remorqueurs SLEEP BOAT et  ZEULEUW d'Ostende, et GOLIATH  d'Anvers.

PRINCESSE MARIE JOSE ne restera du reste pas longtemps au quai Félix-Faure. A 16 heures, la malle déhalait, conduite par les remorqueurs belges, et, lentement, gagnait l'avant-port, d'où, après avoir « évité », elle partait, proue en avant vers l'est. Le bâtiment, ainsi escorté, passait peu après devant la plage d'où des milliers de curieux suivaient des yeux sa marche prudente...

 

Le paquebot PRINCESSE MARIE JOSE est arrivé ce matin, 12 août,  à Anvers venant de Dunkerque. Il n'a fallu que quelques heures pour mettre le navire en état de continuer son voyage et aveugler la grande brêche faite par le navire abordeur. Ce résultat est remarquable étant donné surtout que l'accident s'est produit un dimanche et dans un port étranger.

Malle Princesse MARIE JOSE
Malle Princesse MARIE JOSE

Le rapport du commandant Salomont

Capitaine du remorqueur TRAPU, il est le premier arrivé sur les lieux de la collision. Dans son rapport il y est dit en particulier que le TRAPU, ayant lâché à l'extrémité des jetées l'amarre du vapeur DUPLEIX , s'était dirigé vers le CLAN MAC NEIL, qui était sur rade et se disposait à entrer au port. Le cargo anglais faisait route très normalement et, arrivé en bonne position, siffla babord pour indiquer sa manœuvre d'entrée au chenal. Soudain apparut la malle d'Ostende qui filait vers  l'est et qui gouvernait pour passer devant le CLAN MAC NEIL. Le capitaine de ce dernier navire, voyant l'imminence de l'abordage, siffla trois coups et battit en arrière, ce qui ne put empêcher l'abordage, qui fut très violent. Le TRAPU se dirigea dès lors vers la malle dont le capitaine, se rendant compte des graves avaries, mettait le cap sur la côte. La nuit était très noire et les feux éblouissants des travaux du port empêchaient sans doute le commandant de la malle de prendre la bonne direction. Le navire allait infailliblement s'échouer à l'endroit des rocailles, au pied de la jetée est, ce qui aurait causé sa perte certaine. Par coups de sifflet, le capitaine du remorqueur signala à la malle d'appuyer à babord, mais elle continuait sa mauvaise direction. Des signaux phoniques et lumineux amenèrent le paquebot à venir d'abord, bien qu'il longeât la plage jusqu'au Casino. La malle, ensuite, mettait de nouveau le cap sur la jetée est, et de nouveaux appels de sifflet, accompagnés de mouvements du projecteur, décidèrent le capitaine à faire tribord, ce qui lui permit d'aller échouer lentement à 200 mètres ouest du môle d'embecquetage de la nouvelle écluse de l'avant-port.

Commandant Thomas Salomont

Le rapport du commandant Timmermans

Le dimanche 8 août, à 0 heure 40, par atmosphère claire, vent assez fort du N-E  légère houle, avec courant de flot, faisant route de Douvres à Ostende par les passes de Dunkerque et relayant la bouée W-16, dans le S-S-O, distance d'environ 50 mètres, le paquebot PRINCESSE MARIE JOSE a été abordé par le CLAN MAC NEIL.

L'abordage se fit à hauteur de l'entrée du salon des dames 1re classe, provoquant une forte brèche se prolongeant jusqu'à deux mètres sous la ligne de flottaison. Le navire faisant eau dans le salon ainsi que dans les tancks de mazout, coula rapidement et nous fûmes dans l'obligation d'échouer le paquebot dans l'intérieur de la baie de Dunkerque

Commandant Timmerman

Sources

Le Grand Echo du Nord de la France 8 au 13 août 1937

Archives familiale Salomont - Gorisse

 

 

Brêche MARIE JOSE
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