13 décembre 1933

*Sauvetage du Dyck*

3 personnes sauvées - 4 morts

 

Patron du canot 

Edouard Brunet

Armement du Amicia

Patron du canot de Calais

Pierre LEVAVASSEUR,

Sous patron du canot

Avron et Perard

Armement du Maréchal Foch

 Pie mécanicien; Laidez, aide-mécanicien; Brasse

 Eugène Deuez, équipiers; Gouubelle volontaire.

Armements  du Hercule et du Trapu

Commandant Trapu Thomas Salomont

 

 

 

Vers 14 h. 15, mercredi, le vent soufflant en bourrasque, le DYCK brisa une de ses deux chaînes d'ancrage. Quelques minutes plus tard, la seconde chaîne ne résistant pas à la tempête, se rompait à son tour et le bateau, dont la haute tourelle était affreusement ballottée par les flots en furie, partait à la dérive, vers l'ouest. A 17 heures, le préposé des douanes Questre, du poste des Hemmes-Oye, qui se trouvait de service sur la côte, entendait des cris désespérés semblant venir de la mer. Il prêta aussitôt attention et aperçut non loin de la grève les lueurs d'une torche que l'on venait d'allumer et qu'une main agitait violemment. Les éclats rougeâtres et intermittents de ce flambeau de fortune permirent au douanier de reconnaître la silhouette d'un bateau-feu qui, sans aucun doute, était en perdition Il prévint aussitôt ses chefs et les ports de Dunkerque et de Calais étaient bientôt alertés.

Les sémaphores avaient aussi aperçu les signaux de détresse et avaient donné l'alarme.

A 9 heures du soir, le remorqueur TRAPU, commandé par le capitaine Salomont, sortait de Dunkerque, malgré la tempête. La mer était déchaînée et le bateau n'ayant pu découvrir le DYCK  devait, non sans difficultés, rallier le port.

A Calais, on avait de même prévenu les services de secours et le remorqueur HERCULE  et le canot de sauvetage MARECHAL FOCH, prenaient la mer, mais devaient rentrer sans avoir obtenu de meilleurs résultats : le DYCK n'avait pas été aperçu, son équipage n'ayant plus sans doute les moyens matériels de faire des signaux lumineux.

Le canot de sauvetage de Gravelines  était également parti au secours du  DYCK  : il fut jeté à la côte et les courageux marins qui le montaient purent heureusement gagner le rivage.

Hier matin, les recherches étaient reprises. Le DYCK  était cette fois découvert, échoué entre les Hemmes et Oye, à 4 milles à l'ouest de Gravelines. Le bateau était en partie immergé, sa tourelle se dressant au-dessus des flots ; mais la marée, en descendant, allait faire apparaître la cabine du pont.

Le canot de sauvetage de Calais se trouvait dans les parages ; vingt fois il essaya de s'approcher du bâtiment naufragé et toujours les vagues repoussaient le fragile esquif. Sur la plage, on avait trouvé un cadavre, mélangé aux glaçons : c'était celui du Capitaine du bateau feu, M. Huysmans.

Il y avait, pourtant encore des vies à sauver  car, lorsque le temps se fut éclairci, on apercevait des mains qui, dans la lanterne du DYCK , s'agitaient désespérément.

Sur la plage, se trouvaient quelques personnes, parmi lesquelles le docteur Blanckaert, d'Oye. ; le capitaine des douanes Sannier, de Calais, et M. l'abbé Courquin, curé d'Oye. Devant la mer en furie, devant cette épave où des hommes luttaient contre la mort, le prêtre leva la main et dessina dans l'air un large signe de croix. N'était-ce point pour les marins la bénédiction suprême, celle de l'absolution ?

Durant toute la matinée, les efforts des sauveteurs avaient été inutiles. La marée étant basse, vers 14 h. 30, des marins d'Oye-Plage, chaussés de hautes bottes, s'avancèrent dans la mer glacée et réussirent à jeter sur le DYCK un solide filin.

La porte de la lanterne s'ouvrit au sommet du mât et un homme, péniblement, descendit sur le pont. Il s'enroula la corde autour des reins et se jeta à l'eau ; il était bientôt halé sur la plage : c'était le marin Alfred Vanhille Il avait deux doigts coupés.

Son camarade, Alfred Dubois, était bientôt ramené dans les mêmes conditions, et, après lui, le matelot André Genel.

Des autres hommes du bord, on n'avait aucune nouvelle. On apprit seulement que le capitaine Huysmans avait essayé lui aussi de se réfugier dans la tourelle, mais la porte lui avait coupé quatre doigts et il devait peu après, ayant perdu beaucoup de sang, succomber à une congestion. Son corps allait être roulé parmi les blocs de glace, sur la grève.

On sut aussi que le jeune Hars était devenu fou, à bord, avant de disparaître et cette affreuse nouvelle fut apportée sur la plage même, au père de la victime, M. Constant Hars, employé des Ponts et Chaussées à Dunkerque, venu à Oye en motocyclette dans l'espoir de retrouver son fils.

 

 

Canot de sauvetage de Gravelines

Le 13 décembre 1933, vers 18 heures, j'étais prévenu par le sémaphore de Petit-Fort-Philippe que le bateau-feu DYCK, mouillé à 3 milles environ dans le N-N-E de Gravelines, partait à la dérive et que sa situation pouvait devenir dangereuse. Il faisait une grosse tempête de vent E-N-E avec une mer déchaînée et les vagues à la côte atteignaient parfois quatre et cinq mètres de hauteur, avec un froid glacial allant jusquà  -15°.

Je fis alerter les hommes avec le signal d'alarme et tout disposer pour la sortie du canot de sauvetage, il était 18 h. 30, le Dyck. brûlait toujours des feux de costons rouges indiquant sa position, il se trouvait, à ce moment là, à environ 3 milles dans l'O-N-O du feu de Gravelines.

Quand tous les hommes furent ralliés, avec l'assistance de nombreux marins, je fis mettre le canot de sauvetage AMICIA à la mer. Plusieurs vieux marins, vieux sauveteurs eux-mêmes, me conseillèrent de ne pas sortir, car la mer déferlait dans les jetées avec une violence inouïe et, dans la nuit noire, la sortie semblait presque impossible. Mais, voyant encore le bateau feu Dyck envoyer une autre fusée rouge et faire des signes plus pressants, surtout qu'entraîné par le courant, il dérivait vers la terre, je répondis :

« On est sauveteur ou on ne l'est pas, il faut y aller! »

Le canot fut lancé vers 19 heures, il gagne le gros de la mer où nous avons commencé à souffrir. Il était 19 heures 1/4, le DYCK était encore visible, nous avons doublé les jetées, comblés d'eau plus de cinq fois. Avant de franchir la barre, nous étions déjà trempés jusqu'aux os, je fis brûler deux feux costons rouges pour indiquer aux naufragés que je me dirigeais vers eux.A ce moment, vers 19 heures, le sémaphore de Petit-Fort-Philippe ne voyant plus de réponse du bateau-feu lança son projecteur dans la direction, pour nous aider à la recherche des naufragés. Je continuai ma route vers l'Ouest, toujours en recherchant où j'avais vu le dernier coston rouge, pour trouver ceux que la mer venait d'engloutir.

Je fis à peu près trois milles et demi, à ce moment, nos vêtements commençaient à geler sur nous et bientôt nous rendirent incapables de manoeuvrer, je me suis décidé à faire côte sachant que mon canot avait bonne qualité à la mer, je fis amener le taillevent et me dirigeai sur ma misaine avec la cape au S-O, tout s'est bien passé jusqu'au feu des jetées en ligne, mais, à ce moment, pour accoster, on ne vit plus rien d'autre que les lames passer par-dessus nous. Nous avons été, à mon estime, vingt minutes complètement entre deux eaux, ne voyant que la pointe de misaine, jusqu'au premier coup de talon qui nous a donné une lueur d'espoir de revenir, il était environ 21 heures, notre canot se releva soutenu par les bons coffres à air et vidé par le bon fonctionnement des soupapes. Nous échouâmes à peu près à trois milles et demi dans l'ouest de Gravelines. Nous nous sommes dirigés vers Grand-Fort-Philippe longeant la côte et dirigé par le projecteur de Petit-Fort-Philippe qui continuait à nous éclairer pour activer nos recherches au large comme à terre.

Nous sommes arrivés chez nous vers 22 h. 1/4, tous comme des blocs de glace ; il a fallu couper nos vêtements de dessus pour les avoir, tellement ils étaient gelés. Au matin, vers 9 heures, nous sommes repartis sur les lieux pour ramener notre canot avec des chevaux par la voie de terre et le remettre à son abri. J'ai à signaler particulièrement la bonne tenue à la mer, et la stabilité de mon canot, la bonne tenue de mes hommes, leur bravoure et leur sang-froid.

Canot de sauvetage de CALAIS (Pas-de-Calais).

J'ai l'honneur de vous rendre compte de deux sorties effectuées par notre canot MARECHAL FOCH dans des conditions particulièrement périlleuses. Notre valeureux équipage a manifesté, une fois de plus, son insouciance du danger et sa parfaite abnégation.

Le mercredi 13 décembre dernier, à 20 heures, le patron Pierre LEVAVASSEUR fut alerté par le lieutenant de port de service, qui l'avisait que le bateau-feu Dyck, après avoir été, par une tempête d'une violence inouïe, éloigné de son poste au large de Gravelines, s'en trouvait à quatre milles à l'Ouest et, chassant sur ses ancres, continuait toujours à dériver.

La mer était démontée, le vent E-N-E. soufflait en bourrasque. Craignant que le bateau aille se jeter à la côte, le patron fut invité à se tenir prêt à toute éventualité.

Les mécaniciens furent immédiatement prévenus et se rendirent, sans plus tarder, à l'abri. En raison du grand froid, certaines difficultés furent tout d'abord rencontrées dans le démarrage des moteurs.

Entre temps, les autorités du port étaient averties de la sortie du canot de sauvetage de Gravelines qui pouvait courir quelques risques par ce temps aussi affreux.

Le patron fit alors sonner l'alarme et, à 21 h. 30, le canot doublait les jetées en proie à une mer furieuse dont les assauts recouvraient le canot d'une couche de glace.

Après avoir fouillé en vain la côte pendant plus d'une heure, l'équipage aperçut le remorqueur Hercule, du port de Calais, auquel il fit appel par feux costons et dont il se rapprocha pour se renseigner; rien n'avait été aperçu.

Le canot revint au port pour attendre les ordres et l'on apprit alors que le canot de sauvetage de Gravelines était échoué.

La mer étant basse, le canot MARECHAL FOCH s'embossa auprès de son abri pour répondre au premier signal.

Dans la matinée de jeudi, vers 9 h. 45, les autorités du port avisèrent le patron Lavavasseur que le Dyck était échoué à quatre milles dans l'ouest de Gravelines. De suite, l'alerte fut donnée et l'équipage était présent à son poste dans les quelques minutes qui suivirent. Le vent soufflait toujours E-N-E en tempête, la mer demeurait déchaînée et la température extraordinairement glaciale.

A 10 h. 10 environ, le canot doublait de nouveau les jetées, balayé par les rafales et sautant sur les cimes des vagues ou plongeant dans les profondeurs de leurs précipices. Après avoir couru lui-même de grands risques, le MARECHAL FOCH arriva sur les lieux du sinistre vers 11 h. 20. Le bateau-feu était non seulement échoué, mais coulé ; seul, son phare émergeait de l'eau. Le patron fit approcher son canot au risque de talonner et en sondant parfois 3/4 de brasse.

Le sous-patron Avron crut distinguer un mouchoir qui s'agitait par la porte de la lanterne. Le canot contourna alors plusieurs fois l'épave et trois hommes furent aperçus dans la lanterne, se signalant en jetant à la mer couvertures, matelas, en un mot tout ce qui pouvait attirer l'attention. La mer demeurait très dure et le vent continuait à souffler avec une violence inouïe.

Le canot s'étant rapproché le plus près possible, le patron fit mouiller à une encablure parallèlement au DYCK et dans le nord de celui-ci ; le courant aidant et le vent portant, il arriva à une vingtaine de mètres de l'épave. Mais, à chaque coup de tangage, le canot détalonnait et était complètement submergé par les paquets de mer. A l'aide du porte-voix, l'équipage réussit à converser avec les naufragés et à les inviter à établir un va-et-vient.

Des dispositions furent prises en conséquence, mais cette opération était des plus difficultueuses.

Enfin, après maintes péripéties, le sous-patron Avron réussit à lancer avec l'appareil Reibel deux flèches flottantes, réalisant ainsi le fruit des sorties d'expériences précédentes, et qui tombèrent à portée de la main des naufragés. Malheureusement; le courant très violent contrecarrait la manoeuvre du cartahu et de la poulie à fouet ; une ligne, d'abord se rompit et l'autre était sur le point de servir. Mais, les forces des naufragés, transis de froid et souffrant de la faim, s'épuisaient au cours de ce travail pénible et que rendaient encore plus difficile le courant et l'état de la mer.

Néanmoins, le but était presque atteint lorsque les hommes de quart sur l'avant constatèrent que le cablot de mouillage venait de se rompre. Alors, livré à la force du courant, à la violence du vent et à la forte mer, le canot complètement submergé fut drossé à la côte. Par une manoeuvre habile, profitant d'une forte lame au moment où le canot était parallèle à la côte, puis faisant mettre en avant à toute vitesse, le patron le fit dégager hors des rouleaux.

Considérant que toute nouvelle tentative serait vaine et privé d'ancre, force fut de faire route sur Calais.

Rentré au port vers 14 h. 30, le patron fit embarquer ancre et câble gracieusement mis à se disposition par le patron-pêcheur Aimable Evrard  et avertit M. le capitaine de Port Crequer que, si quelques douaniers pouvaient établir, de la côte, un système de va-et-vient, les naufragés seraient sauvés. Des ordres furent donnés en conséquence.

La mer étant basse, l'équipage en profita pour se changer afin de se préparer à repartir à la marée montante. Mais, à ce moment, MM. Simon, Ingénieur des Ponts et Chaussées, membre et Crequer, capitaine de port, Secrétaire-Trésorier du Comité local de sauvetage, qui s'étaient rendus sur les lieux du sinistre apprirent à l'équipage que les trois survivants du Dyck étaient sauvés au moyen de la ligne qu'avait lancée le Maréchal-Foch et dont le dérouleur avait dérivé jusqu'à la plage.

Remerciements en AG de la SCSN

 Grâce au sang-froid et à l'habileté du patron, ils ont pu aller à la côte, car ils étaient dans l'impossibilité de rentrer au port. Mais ces miracles-là ne se renouvellent pas tous les jours, et il est certain que, s'ils avaient eu un canot à moteur, non seulement ils auraient couru moins de risques, mais surtout ils seraient peut-être arrivés à temps pour sauver les vies humaines en danger.

Le même jour, au même endroit, se trouvait le canot qui porte le nom du grand Maréchal dont la veuve est ici devant moi, aujourd'hui. Elle a bien voulu venir ici avec ses petits enfants. Je veux remercier du fond de mon coeur, au nom de tous ici, Madame la Maréchale Foch d'avoir tenu à apporter au patron et à l'équipage du canot qui porte un nom si illustre, le témoignage de sa sympathie personnelle et celle de sa famille.

« En leur remettant ce canot à Calais, dont le Député-Président du Comité de Sauvetage est auprès de nous, nous leur avons tous dit qu un canot qui portait un tel nom comportait une lourde charge sur leurs épaules, et que, pour se montrer dignes du Maréchal, il fallait faire très grand, plus encore que jamais ils n'avaient fait. Vous allez entendre tout à l'heure comment ils nous ont répondu.

Le 13 décembre 1933, à la nuit, le sémaphore de Fort-Philippe signale que le bateau-feu Dyck est parti en dérive; les marins de Gravelines ont aussitôt conscience de l'extrême danger auquel sont exposés les sept hommes de service à bord.

La mer est déchaînée, les vagues atteignent à la côte des hauteurs de 5 à 6 mètres, le froid est glacial (—15°).

Le patron Brunet décide immédiatement la sortie du canot de sauvetage Amicia. Plusieurs vieux marins, qui ont eux-mêmes à leur actif, de difficiles sauvetages, donnent des conseils de prudence ; sera-t-il possible de repérer de nuit avec une mer aussi creuse un point aussi peu visible que la lanterne d'un bateau-feu dérivant dans une direction inconnue? Brunet déclare : « On est sauveteur ou on ne l'est pas. Il faut y aller ! ». Tous ses canotiers le suivent avec résolution. Le canot double avec peine les jetées; d'énormes paquets de mer le remplissent et il ne doit son salut qu'au bon fonctionnement de ses soupapes. Pendant plus de deux heures, pendant que les canotiers s'épuisent sur leurs avirons, Brunet  cherche anxieusement les naufragés, mais ses recherches sont vaines. Ne pouvant songer à franchir la barre pour rentrer au port, il doit faire côte et, submergé par des lames déferlantes, ne réussit cette délicate manoeuvre qu'au prix des plus extrêmes périls.

Puis, guidés par les éclats du phare, nos braves canotiers doivent parcourir dans le sable les 6 kilomètres qui les séparent du port. Exténués, ils se soutiennent mutuellement, et, à leur arrivée, ils sont transformés en blocs de glace au point qu'on ne peut les dévêtir qu'en coupant leurs cirés et leurs vêtements.

Si le succès n'a pas couronné leurs efforts, le patron Brunet et l'armement du canot de sauvetage de Gravelines ont du moins donné un magnifique exemple de courage et d'énergie.

Dyck
Sauvetage du marin Vanhille

Sauvetage du marin Vanhille qui a encore le filin autour du corps. Un des marins lui tend une gourde de Rhum. Il est admis à l'hopital

Dans le Dyck

Il était 7 heures du soir lorsque le DYCK toucha le sable près d'Oye-Plage. Le bateau   talonna  et une brèche se fit dans la coque, rapidement envahie par l'eau. L'équipage se trouvait rassemblé dans la cabine ; mais le navire s enfonçait peu à peu, en même temps que la marée montait. L'eau s'élevait peu à peu et les hommes, secoués par la mer dans leur étroite chambre de fer, sentaient la nappe froide les prendre par les pieds, puis atteindre leurs genoux, leur corps tout entier, jusqu'au cou. Les plus grands, à chaque ressac, se hissaient sur la pointe des pieds. C'était la mort. la plus affreuse des morts, qui peu à peu les enveloppait comme d'un linceul de glace.

Le capitaine Huysman avait dit: « Je dois me dévouer pour mes marins ». Il voulait se jeter à l'eau et nager jusqu'au rivage. Il ouvrit la porte de la cabine ; le vent la referma avec rage : Huysman avait quatre doigts de la main coupés. Il chancela une seconde. Une lame l'emporta pour le rejeter — un cadavre — parmi les glaçons de la plage.

Les hommes tenaient dans leur cangue humide. Tous n'avaient pas la même énergie, la même force de résistance. La mort affreuse ! ...

François Hars, tout d'un coup, ouvrit de grands yeux. Il grimaça hornolement, poussa des cris fous, se mit à rire et dans un appel désespéré, se laissa aller, dans le vide, dans l'eau, dans la mort. Ses compagnons, presque complètement immergés, ne pouvaient rien. Ils luttaient eux-mêmes contre cette fin atroce à laquelle peut-être, ils n'échapperaient pas. Un autre abandonna, vaincu, épuisé ; c'était Goetghebeur. Et, comme entraîné dans ce vertige du désespoir suprême, Dewaele sombra dans la cabine inondée. Et il n'était que 10 heures du soir !

C'était du moins la pleine mer et l'eau peu à peu allait descendre et lâcher son emprise, laissant inertes, ces corps raidis par le froid et pourtant résolus à lutter encore contre la mort. Dans la tourelle, les quatre survivants, lorsque l'eau . se fut suffisamment retirée, décidèrent de grimper dans la lanterne. Ce ne fut pas chose aisée, car le bateau dansait sous les coups violents de la bourrasque.

Dans l'étroit logis de la colonne, les marins attendirent, à demi-gelés, craignant à chaque minute de voir s'effondrer le bâtiment avant que le jour se levât. Le matin, ils « espéraient » toujours et suivaient — avec quelle angoisse ! — les efforts des sauveteurs.

Et nous avons dit comment, au début de l'après-midi seulement, on sauva les naufragés en leur lançant des filins et en les halant du bateau sur le sable, à travers l'eau et les blocs de glaces

Vanhille hopital
Sauveteurs de Calais

L'armement du MARECHAL FOCH de Calais

Travaux sur le Dyck

Les victimes

L'équipage du DYCK se composait de sept hommes, sur lesquels il n'y a donc que trois survivants :

Alfred Vanhille, né le 27 août 1887, à Bray-Dunes 

André Genel, chauffeur, né le 19 juin 1901, domicilié à Rosendael,

Alfred Dubois, matelot, né le 24 juillet 1904, demeurant à Dunkerque, 11, rue Caumartin.

 

Les quatre victimes sont :

Le capitaine François Huysman, né le 22 janvier 1879, capitaine au cabotage, demeurant à Coudekerque-Branche, 6, rue Jules-Guesde ;

Jérôme Dewaele, maître, né le 28 septembre 1880, domicilié à Bray-Dunes, rue de Ghyvelde ;

Lépold Goetghebeur, né le 15 avril 1883, demeurant à Rosendaël, 99, rue de la Gare

François Hars, né le 31 juillet 1905, domicilié à Fort-Mardyck.

 

Les trois survivants ont été ramenés en auto à Dunkerque Ils sont  dans un état physique aussi satisfaisant que possible.Seul Vanhille a dû être admis à l'hôpital de Dunkerque où il subit une opération chirurgicale. On sait que le malheureux a eu deux doigts coupés.

Portraits

Sources

Annales de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés

Le Grand Echo duNord de la France du 8 au 18 décembre 1933

La Voix du Nord 

Archives personnelles famille Salomont Gorisse

Credit Photo 

La voix du Nord

 

 

Temoignage du dernier respacapé du Dyck

Alfred Dubois, age de 83 ans est décédé à la maison de retraite de Gravelines. Ancien officier de Ia Marine marchande, M. Dubois avait reçu la Voix du Nord à son domicile, 44, rue des Pécheurs, en 1983, pour narrer le 13 décembre 1933 avec le naufrage du bateau-feu "Dyck".

II était le dernier survivant de cette tragédie qui avait fait quatre morts


Les 3 rescapés furent sortis du Dyck bloqué sur un banc de sable vingt heures après le début du drame dû à une violente tempête. Le bateau-feu ayant rompu ses amarres et dérivé jusqu'à s’échouer sur la côte en pleine nuit.

Le jour de l'accident, Ia famille de M. Dubois avait, par erreur, été prévenu de son décès. En effet , les sauveteurs avaient  trouvé une enveloppe à  son adresse dans une poche du vêtement d'un corps rejeté par la mer. On s’aperçut ensuite qu'il s’agissait du second capitaine .

Le phare ne fonctionnant plus, François Huysman était monté dans la tourelle et brûlait des torches de papier en passant la main par la porte pour attirer l'attention. A un certain moment M Dubois lui avait passé un morceau de papier . C'était la lettre de son épouse que le second capitaine enflamma après avoir mis l'enveloppe dans sa poche. Il fut, quelques instants plus tard, happé par un paquet de mer.

M. Dubois avait explique, lors de cette rencontre, qu'il avait assisté aux funérailles d'Alfred Vanhille, quatre ans plus tôt à Bray-Dunes, et qu'Andre Genel avait trouvé la mort en 1940, au cours d'un bombardement à Dunkerque.

M Dubois Rescapé du Dyck

Alfred Dubois en 1983

Rapport de mer de Thomas Salomont : " Je soussigné Salomont Thomas, Capitaine du remorqueur TRAPU de Dunkerque, déclare que le 13 Décembre 1933, vers vingt heures quarante " cinq, je reçus ordre de ma direction de me rendre au secours du bateau-feu DYCK signalé en dérive a l'ouest de Gravelines. " Aussitôt je fis route. A hauteur des nouvelles jetées, la mer étant déchainée, je dus mettre ma machine au ralenti, de ce fait mon remorqueur pris par la tempête ne gouvernait plus et je fus obligé d'augmenter de vitesse pour pouvoir doubler les bouées des jetées. A ce moment, mon navire embarqua de très fortes lames. Néanmoins, je continuai et, avec de grandes difficultés, réussis à doubler.

J’espérai voir ensuite mon remorqueur mieux se comporter, mais il n'en fut rien, car la mer déchainée, était tellement hachée, que mon navire roulant bord sur bord embarqua les lames tribord et babord. Mes matelots se trouvèrent bient8t dans l’impossibilité de se tenir sur le pont et durent monter sur la passerelle. La température a ce moment était très basse et les paquets d' eau gelaient au fur et a mesure sur les superstructures ne formant qu'un bloc de glace. Mon navire fatiguant de plus en plus et, craignant pour la sécurité de mon guipage et de mon remorqueur, je fus contraint, a mon grand regret, de faire demi-tour, sans rien avoir d4couvert.Le retour au port se fit avec de très grosses difficultés, mon remorqueur sous la force du vent et de la mer tombant plusieurs fois en travers et ayant beaucoup de mal à le tenir debout à la lame. L' entrée au port se fit sans autre incident.

En foi de quoi, je signe le présent rapport sincère et véritable, me réservant le droit de l'amplifier, si besoin était. "

Dunkerque, le 14 Décembre 1933.