27 janvier 1927

Sauvetage de la MADELON

Equipage sauvé

 

Rapport de mer

je soussigné Charles Louis Lavallée, Charles, Louis, Patron du Bateau à moteur cordier PIERRETTE DGN 889, déclare être sorti du port de Gravelines, le 27 Janvier 1927, vers 3 heures du matin, pour me livrer à la pêche du merlan. Vers 5 heures du matin, me trouvant à environ trois milles dans l'ouest du Bateau-Feu RUYTINGHNEN, je fis tendre les cordes. Le vent qui était de la partie sud-ouest allait toujours en fraîchissant.

Vers sept heures du matin, je donnais l'ordre de ramener les cordes à bord, opération qui fut faite avec beaucoup de difficultés en raison de l’état de la mer qui était devenue très mauvaise. Ce n'est que vers midi que nous eûmes des bouts à bord. A ce moment-là , nous subissions une forte tempête, le vent était toujours sud-ouest et par rafales. Je mis en route, pour revenir au port de Gravelines . Au bout d'un quart d'heure, alors que nous nous trouvions à un demi milles dans l’ouest du RUYTINGHNEN, j’aperçus un bateau, qui venait de venait de mettre son pavillon en berne. Je fis changer immédiatement la direction et m’approchai du bateau. Je reconnus alors que c'était la MADELON DG 886.

Le patron me cria que son moteur était en avarie et me demanda de lui porter secours. La mer était démontée. Avec des difficultés inouïes, je réussis à lui faire passer une remorque.

Vu la violence de la tempête, il a rallié le port de Gravelines. Je le maintenais debout à la lame, en attendant que la mer soit montée assez, pour nous permettre de passer au-dessus des bancs afin de rejoindre le port de Dunkerque. Au bout d’une demi-heure, sous la violence du vent, la remorque vint à manquer. Tous nos efforts furent à recommencer et on parvint à lui envoyer une autre remorque.

Cette opération fut à recommencer trois fois, car rien ne pouvait résister.

Pendant ce temps, l’équipage de la MADELON avait pu mater et hisser ses voiles de fortune, mais à peine celles ci établies, le point d'écoute de sa grande voile céda. Dès ce moment la MADELON était complètement désemparée et commençait à dériver vers les bancs. Devant sa position très critique, il me vint alors l’idée de le prendre à la remorque avec les chaînes de mouillage.

Vu l’état de la mer de plus en plus mauvais, cette opération ne se fit qu'au prix de grands efforts et de grands risques pour les deux bateaux qui menaçaient à chaque instant de s’écraser l’un contre l’autre.

Ces manœuvres demandèrent beaucoup de temps. Il était deux heures de l’après-midi et nous nous trouvions à ce moment entre le banc du Ruythinghen et le banc du Dyck oriental.

Remorquant tout doucement la MADELON, je fis route sur Dunkerque où nous sommes rentrés vers 6 heures du soir.

La pêche du PIERRETTE ne put être expédiée dans les temps. Revenu à Gravelines, le garde maritime vint constater les pertes matérielles subies par le PIERRETTE

 

 

Source

Nord Maritime du 11 février 1927