12 septembre 1905

*Sauvetage du  GARSDALE*

Equipage sauvé,  25 hommes sauvés

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En mer au Cap-Horn

Rapport de M. le capitaine Beaudouard Jean-Marie commandant le voilier BERENGERE de la Société  « Les Voiliers dunkerquois » à Dunkerque

 

MONSIEUR LE PRÉSIDENT,

Permettez-moi de vous adresser par l'intermédiaire de mes armateurs la société anonyme « Les Voiliers dunkerquois », le compte rendu du sauvetage des vingt-cinq hommes composant l'équipage du navire anglais en fer de 1645 Tx GARSDALE commandé par le capitaine King de Liverpool, naufragé dans les mers du Cap Horn.

Le 12 septembre dernier, me trouvant à 180 milles environ dans l'est du Cap Horn, j'ai aperçu vers 6 heures du matin dans le N-N-O du compas à grande distance, un navire démâté paraissant avoir son pavillon national en détresse. J'ai mis le cap aussitôt dans sa direction et quelques instants après, me trouvant par son travers, j'ai constaté que ce navire, de nationalité anglaise et complètement désemparé, avait tout son équipage à bord.

Dans les différents signaux que nous avons échangés, en nous croisant, le capitaine anglais m'a fait savoir qu'il avait besoin de secours immédiats et m'a prié de rester près de lui en me déclarant qu'il était obligé d'abandonner son navire, mais que, pour assurer le sauvetage de son équipage, il ne possédait plus qu'une seule embarcation avariée par la mer.

Animé du désir de secourir ces malheureux abandonnés depuis cinq jours à la fureur des éléments et dans l'attente d'une mort certaine, je m'empressai de virer de bord immédiatement pour me rapprocher le plus près possible sous le vent de l'épave. Dans le même temps, j'assurais au capitaine et à son équipage qu'il pouvait compter sur notre secours et notre dévouement, je faisais disposer la baleinière de sauvetage.

La voilure était déjà réduite, en raison de l'état du temps, sous les huniers et perroquets fixes. Aussitôt la manœuvre et la position de mon navire assurées, je me suis occupé avec mon personnel de la mise à l'eau de la baleinière.

Pendant cette opération, j'ai eu à lutter contre mille difficultés par suite de la grosse mer et du violent roulis du navire. A chaque instant, je m'attendais à voir cette embarcation écrasée le long du bord par les lames malgré toutes les précautions prises en cette circonstance. Mais non ! Le succès a couronné nos efforts et après une heure de travail bien pénible, la baleinière armée par sept hommes forts et courageux, munis de ceintures de sauvetage se dirigeait vers le navire naufragé.

Dans le but de me tenir le plus près possible de l'épave et pour assister la baleinière dans son parcours et ranimer par ce fait le courage de mes hommes luttant avec énergie contre les vagues, j’ai évolué continuellement avec mon navire autour de l'embarcation afin de parer à toute éventualité.

Nos regards, tous dirigés sur les sauveteurs, suivaient avec attention les plus légers mouvements de la baleinière qui s'était approchée du GARSDALE sans pouvoir l'accoster.

Le navire anglais livré au gré des flots et continuellement couvert par la mer donnait des coups de roulis tellement effrayants qu'à chaque instant son remous menaçait d'engloutir la baleinière et les sauveteurs.

Tous les moyens employés par l'officier, tant à l'avant qu'à l'arrière pour recueillir l'équipage étaient restés sans résultat. Ce n'est qu'après deux longues heures de tentatives inutiles que le capitaine anglais réussit enfin dans un coup de roulis à lancer son embarcation à la mer avec une partie de son équipage : sur vingt hommes qui y avaient pris place, douze montèrent dans notre baleinière qui les assistait dans cette manœuvre hasardeuse pendant que les huit autres restaient avec le second sur l'embarcation coulant bas d'eau et escortée par les sauveteurs.

Vers deux heures de l'après-midi, la baleinière étant de retour, le transbordement des naufragés s'est effectué à notre bord avec d'énormes difficultés. Par suite des fortes secousses imprimées à la baleinière par le roulis violent et accentué du navire, j'ai dû prendre de très grandes précautions pour éviter des accidents, et de ce fait, cette opération a été longue.

Informé entre temps par mon 1er lieutenant que le capitaine anglais était resté sur l'épave avec quatre hommes, bien que mon navire eût dérivé et se fût écarté considérablement et malgré la crainte d'être surpris par la nuit dans une opération d'autant plus difficile et périlleuse pour les hommes qui montaient la baleinière que le baromètre déjà à 730 millimètres baissait encore et que la brise déjà forte tendait encore à fraîchir, nous avons néanmoins décidé de ne pas les abandonner.

J'ai tiré une bordée pour me rapprocher de l'épave et dans l'intervalle, après avoir pris la baleinière à la remorque et remplacé les hommes fatigués, j'ai profité de cet instant de répit pour donner aux hommes sans nourriture depuis la veille, un fortifiant bien mérité.

Vers 4 heures du soir, lorsque j'eus constaté être en bonne position pour larguer la baleinière, j'ai mis en panne pendant quelques instants. Aussitôt l'embarcation s'approcha de l'épave et l'officier put établir un va-et-vient pour recueillir les cinq hommes qui restaient à bord. Mais ces derniers durent néanmoins se jeter à la mer, De mon côté, j'ai manœuvré pour aller à sa rencontre.

Enfin, à 8 heures du soir, après douze heures de manœuvres pénibles, de fatigues et d'émotions de toutes sortes, l'équipage anglais en entier était réuni à bord sain et sauf où il a reçu tous les soins que nécessitait son état.

J'ai rencontré dans rembarquement de la baleinière les mêmes difficultés que dans la mise à l'eau, mais fort heureusement, cette manœuvre s'est accomplie sans accident de personne. J'ai repris ensuite ma route vers le nord-est, laissant derrière nous le GARSADALE s'enfoncer dans les flots.

L'équipage naufragé a été débarqué à Greenock le 19 novembre et a partagé pendant soixante-huit jours nos ressources de bord, en vêtements et en vivres.

Je suis d'autant plus heureux, Monsieur le Président, de vous signaler ce fait et d'avoir réussi à mener à bien cette opération difficile et périlleuse que j'ai été conduit à ce dévouement par les actes de mon grand-père maternel dont l'exemple m'est toujours cher et qui a accompli vingt-sept sauvetages au péril de sa vie, dans des circonstances périlleuses qui lui ont valu le titre de brave et la décoration de la Légion d'honneur. *

*  Le commandant de la BERENGERE est d’origine bretonne.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Source

BNF  Gallica Ouest Eclair

collections particulières

 

 

 

 

Commandant de la Bérengère

 

Jean Marie Beaudouard*

 

Armement de la Bérengère 

 

Victor Philibert Argoat - Goulven Balcon - Alexis Louis Joseph Courson

Léon Emmanuel Depays - François Faugeras - Pierre Guibey
Arthur Grusson - Joseph Simon Laillou - Désiré Le Cren -
Michel Marie Le Gal - François Marie Le Merdy - Louis-Marie Penven -

Jacques Poupon - François Joseph Robin -

 

Le 10 mai 1917 ce bateau sera coulé par le sous-marin U.62.

Le 12 mai l'équipage est  recupéré par des marins anglais puis débarqué à Queenstown.

https://forum.pages14-18.com/viewtopic.php?t=44529

Le prix Henri Durand  de Blois d'une valeur de 250 francs

a été  aux membres de l'équipage du Bérengère

Equipage du Bérengère en 1905
Prixx henri Durand de Blois
Bérengère 4 Mâts